Retraites - Le REER insuffisant

Dans une étude rendue publique la semaine dernière, le Centre Info-retraite de la BMO s'inquiète du fait qu'un grand nombre de Canadiens qui prendront leur retraite prochainement n'auront pas les revenus suffisants pour maintenir leur niveau de vie. En 2008, seulement 32 % des Canadiens ont participé à un régime agréé offert par l'entreprise et seulement 34 % ont cotisé à un REER personnel.

Il y a quelques mois, Ottawa a lancé une vaste consultation au sujet de l'avenir du système canadien des retraites, mais, compte tenu de l'idéologie conservatrice, il ne faut pas s'attendre à des changements importants. Sur un continent où les financiers, les entreprises et les gouvernements considèrent que la retraite est d'abord une affaire personnelle, au mieux un objet de négociation privée, la moindre des choses serait certainement d'obliger toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, à offrir un régime de retraite complémentaire à leurs employés, et pour tous les autres, professionnels, travailleurs autonomes, etc., d'améliorer le Régime enregistré d'épargne retraite (REER).

Dans certains cercles de gauche où l'on connaît mal les fondements du REER, il est de bon ton d'affirmer que voilà un abri fiscal pour les riches. Ce qui est ridicule puisqu'il s'agit tout au plus d'un report de revenus et d'impôts comme le sont les cotisations versées par les employés et les employeurs de n'importe quel régime complémentaire revendiqué par les syndicats. Des milliers d'employés de grandes entreprises, de gouvernements ou de sociétés d'État reçoivent plus de 50 000 $ par année à la retraite, soit l'équivalent d'un REER de plus de trois quarts de million de dollars: qui peut prétendre pouvoir accumuler autant d'argent dans son REER personnel?

En fait, la quasi-totalité des individus ne sont pas capables de verser le montant annuel maximum autorisé que pendant quelques années à la fin de leur vie active, et il est alors trop tard pour accumuler l'argent nécessaire pour s'assurer d'une rente équivalant à celles des régimes agréés.

Ce retard à épargner et l'énorme défi que représente la gestion efficace de ses épargnes pendant des décennies ajoutent aux faiblesses du REER et justifient qu'Ottawa s'attarde à des recommandations comme celles de la BMO.

Parmi celles-ci, retenons l'autorisation qui serait faite aux détenteurs de REER de verser des contributions supplémentaires lorsque les réserves sont insuffisantes pour assurer une fraction raisonnable de son revenu de fin de carrière. Lors de la dernière crise financière, par exemple, on a forcé les entreprises à renflouer leur régime de retraite, pourtant, on refuse que les détenteurs de REER en fassent autant.

Autre recommandation, les gens encore actifs qui ont plus de 71 ans devraient pouvoir continuer de contribuer à leur REER et, pour éviter que les retraités n'épuisent leurs épargnes trop rapidement, il faudrait réduire le pourcentage des retraits annuels obligatoires. On propose aussi de ne taxer comme revenus tirés du REER que l'équivalent des cotisations versées pendant sa vie active, l'autre partie constituée de dividendes et de gains de capital étant imposée comme s'il s'agissait d'un compte hors REER.

Bien sûr, ces changements priveraient les gouvernements de recettes à court terme, mais, faute de réformer le système canadien des retraites, ils sont importants pour inciter les millions de travailleurs laissés à eux-mêmes à mieux planifier l'avenir.
4 commentaires
  • Élisabeth Germain - Abonnée 26 avril 2010 07 h 29

    Pour les régimes publics

    Alors que vous vous inquiétez de maintenir le niveau de vie des travailleurs séjà à l'aise, vous semblez accepter sans aucun questionnement que touTEs les retraitéEs sans régime privé survivent péniblement avec les régimes publics si insuffisants. L'État ne devrait-il pas investir justement dans ces régimes publics (RPC, RRQ) au lieu de bonifier les retraites privées?
    Élisabeth Germain

  • Michel Samson - Inscrit 26 avril 2010 10 h 06

    Le filet social se détériore grand V.

    Lorsque je constate l'écart entre les dispositions dont j'ai pu profiter durant mon cheminement professionnel et ce à quoi mes enfants auront droit au plan de la retraite, je me dis que nous avons perdu un terrain précieux à leur égard en laissant les filets sociaux se détériorer comme ils le sont maintenant. Aucun de mes trois enfants n'aura droit à une pension adéquate parce qu'aucun d'entre eux n'a pu, malgré des niveaux d'éducation très corrects, trouver un emploi doublé de contributions statutaires à une caisse de retraite. Ils sont donc laissés à eux-mêmes et leurs maigres contributions à des REER ne pourront sûrement pas assurer leurs besoins au moment de la retraite. Ils sont loin d'être les seuls dans ce cas. C'est par centaines de milliers qu'on les compte aujourd'hui. Il s'agit donc d'une catastrophe en devenir sur laquelle nous glissons joyeusement.

    Au-delà des suggestions très pertinentes que vous faites dans votre éditp, j'en ajoute une qui me semble tout-à-fait réalisable et qui aurait sûrement un effet positif serait de rendre les REER transmissibles par héritage pour que les parents prévoyants puissent aider leurs enfants à compenser ce que la société aura été incapable de préserver pour ces derniers. Cette mesure viendrait en complément à celles que vous préconisez.

  • André Julien - Inscrit 26 avril 2010 12 h 31

    L'abandon des pensions à revenus prédéterminés

    Les fonds de pension ont été obtenus lors de conventions collectives. Les compagnies ont été obligées de les instaurer. Les employés y participent selon un pourcentage de leur salaire. Lorsque les gouvernements ont établi leur fond de pension, le pourcentage alloué au programmes gouvernementaux a abaissé le pourcentage pour le plan des compagnies de façon à ne pas devenir une augmentation de primes pour l'employé. Pendant de nombreuses années les compagnies d'accord avec ou sans l'accord des représentants des employés et retraités ont utilisé ses fonds, accumulés par des taux d'intérêts rentables et des bénéfices importants des investissement pour obtenir des bons rendements. Certaines de ces compagnies ont donc employé ces fonds pour générer des bénéfices pour les compagnies. Les problèmes ont surgi lors des baisses profondes des taux d'intérêt ainsi que des baisses des revenus d'investissements. Cette situation a forcé les compagnies pour maintenir les fonds de pensions à niveau sécuritaire, à cause des normes gouvernemental, d'ajouter des sommes importantes tirées de leurs revenus. Ce qui était une vache à lait est devenue un fardeau énorme. Les autorités gouvernementales ont étendu la période de temps durant laquelle les compagnies devront regarnir leur participation au fond de pension, pour qu'il demeure sécuritaire, passant de 5 ans à 10 ans. Devant cette dette à couvrir au cours des prochaines années, des compagnies ont simplement décrété que les nouveaux employés ne pourront joindre les fonds de pension, ils devront par leurs économies se créer leur propre fond de pension au moyen des REER. Le seul problème que j'anticipe est que le débours que les compagnies devront faire aura une durée beaucoup plus longue dans le temps. Car, les retraités actuels vivent plus longtemps que précédemment, de même que les employés actuels. Après un certain temps, tous les contributeurs au fond pension seront à la retraite et le fardeau devant reposer sur les employés mais comme il ne seront pas contributeurs, le fardeau reposera seulement sur les épaules de la compagnie si les revenus d'intérêts ou de placements ne sont pas au rendez-vous.
    Le seul revenu stable et garanti, jusqu'à un certain point, pour les employés demeure la pension à revenus prédéterminés Tous les autres dépendent d'incidences sur lesquels aucune personne a de contrôle. Autrement dit, à l'avenir certains employés sera de ne pas arrêter de travailler pour maintenir un revenu pour vivre. Les régimes gouvernementaux seront toujours des compléments et non pas la base des revenus de pension.

  • Marie-Josee Marcoux - Abonnée 26 avril 2010 12 h 54

    REER à fond perdu

    Il y a bien sûr un revenu nécessaire à l'épargne. L'autre facteur est que ces fonds offrent un rendement très faible, voire négatif. On a l'impression de payer un train de vie faramineux à ces concepteurs de produits financiers dérivés. On peut aussi se demander si ces revenus ne seront pas déduits des régimes de pension qu'on paie aussi. À mon avis, il y a aussi un problème de confiance en ces régimes p)our les personnes à revenu moyen qui doivent faire des sacrifices pour contribuer aux REER.