Réforme financière d'Obama - Trop timide!

Au fond, Goldman Sachs, Citigroup et consorts l'ont échappé belle. Les modifications annoncées par le président Obama à l'exercice de leur métier relevant de la réformette, ces établissements financiers vont échapper au démantèlement réclamé à cor et à cri par nombre d'économistes en vue. Décevant!

Certes, une agence de protection du consommateur chapeautée par la Réserve fédérale (Fed) va être fondée. Certes, les banques ne pourront plus spéculer sur les marchés pour leur propre compte en utilisant leurs fonds propres. Certes, plus de transparence sur les produits dérivés et autres véhicules va être exigée. On passe sur les autres gestes, aussi timides les uns que les autres, que la Maison-Blanche envisage de poser pour mieux retenir que celle-ci fait l'impasse sur l'essentiel. Soit le too big to fail (TBTF), le «trop gros pour tomber».

Reprenons, ou plutôt retournons en arrière. Au plus fort de la pire crise financière depuis 1929, l'administration Bush a laissé tomber Lehman Brothers mais s'est porté au secours, à la vitesse de l'éclair, des mastodontes de Wall Street en arguant que si l'un d'entre eux sombrait, tout l'édifice bancaire s'écroulerait parce que chacun d'entre eux présentait un risque systémique à cause justement de sa taille. Dit autrement, cet ébranlement fit la fortune de l'expression «too big to fail».

Par un de ces accès surréalistes dont l'économie a le secret, la chaîne des TBTF est aujourd'hui plus grosse, plus concentrée qu'antérieurement à la crise. Et ce, faut-il le rappeler, grâce aux mille milliards que l'État des contribuables a accordé à petit prix à la petite enclave, géographiquement causant, située dans le sud de Manhattan. À elle seule, l'absorption de Merrill Lynch par Bank of America au plus fort de la tempête symbolise avec force combien les établissements ayant une charte fédérale ont gagné en obésité.

Depuis lors, et avant que le président Obama expose les grandes lignes de sa réforme que lui et ses collaborateurs qualifient de «priorité des priorités», des personnages influents ont multiplié les mises en garde. Paul Krugman et Joseph Stiglitz, deux Prix Nobel d'économie, Paul Volcker et même Alan Greenspan, deux anciens présidents de la Fed, ainsi que Simon Johnson, ex-économiste en chef du Fonds monétaire international (FMI), sans oublier le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mervyn King, ont prié à plusieurs reprises Obama pour qu'il propose, qu'il élabore, un mécanisme de démantèlement des TBTF. Peine perdue!

Dans cette histoire, il faut savoir, voire souligner que la part des profits enregistrés par les banques américaines égale le tiers des profits réalisés par toutes les entreprises américaines. Soit deux fois plus qu'il y a 20 ans alors que le décloisonnement des institutions financières — en langue claire, la déréglementation — en était à ses balbutiements. Or, quand et pourquoi les autorités ont imposé le cloisonnement des métiers comme des établissements? Dans les années 1930, afin que les ravages de 1929 ne se reproduisent plus. Il est remarquable de constater qu'autrefois, on a tiré des leçons qu'aujourd'hui on se refuse d'observer.

De fait, les principaux ingrédients de la crise de 2008 sont toujours là, dont parmi eux le cynisme le plus outrancier qui soit, ainsi qu'en témoigne le fameux courriel de Fabrice Tourre, ce Français au coeur de la tourmente Goldman Sachs qui se vantait ainsi: «L'édifice tout entier peut maintenant s'effondrer», dont il sera le seul survivant, «debout au centre de toutes ces opérations exotiques, complexes [...] qu'il créa sans nécessairement saisir toutes les implications de ces monstruosités.» Il aurait été apprécié qu'Obama capitalise sur ce dernier mot.
2 commentaires
  • Serge Manzhos - Inscrit 24 avril 2010 02 h 28

    TBTF

    le paysage financier canadien est lui aussi dominé par 5 banques TBTF, alors pourquoi ne pas démanteler RBC par exemple? Le problème n'est pas dans la taille. L'auteur a soigneusement omis de citer plusieurs économistes qui soutiennent que l'idée de démantèlement est une distraction. C'est une combinaison du gauchisme avec l'anti-américanisme qui parle ici, pas une connaissance de cause ou un désir honnête d'améliorer les choses.

  • Mario Jodoin - Inscrit 24 avril 2010 12 h 24

    TBTF (bis)

    M. Manzhos soulève un bon point.

    «L'auteur a soigneusement omis de citer plusieurs économistes qui soutiennent que l'idée de démantèlement est une distraction.»

    Il est en plus inexact de dire que Paul Krugman a «prié à plusieurs reprises Obama pour qu'il propose, qu'il élabore, un mécanisme de démantèlement des TBTF». Il a au contraire écrit plusieurs billets et chroniques allant dans le sens du commentaire de M. Manzhos et à l'enconttre de l'affirmation de m. Truffault.

    Voir par exemple http://www.nytimes.com/2010/04/12/opinion/12krugma