Haïti - Salle d'attente

C'est une double tragédie que nos ministères de l'Immigration font subir aux Haïtiens qui espéraient trouver chez nous un peu de calme après la tempête. Il est indécent d'avoir fait miroiter la commodité d'exceptionnels programmes de réunification et de parrainage alors que l'on constate, trois mois plus tard, que presque rien n'a bougé. L'urgence. Le désastre.

La détresse. Le danger. Ce sont là les facteurs particuliers sur lesquels le Québec et le Canada se sont appuyés pour décider d'«accélérer» le traitement des demandes de réfugiés en provenance d'Haïti. La rapidité est apparemment relative. Le Québec n'a célébré encore aucune arrivée officielle. Le Canada dit «traiter» nombre de dossiers, mais n'arrive pas à les fermer.

Hier, la ministre de l'Immigration du Québec, Yolande James, a indiqué que 708 demandes sont «sous analyse», derrière lesquelles se trouvent 1734 personnes en chair et en os rêvant d'immigrer au Québec. L'entrée demeure verrouillée, en dépit du fait que le principal critère d'admission soit le «degré de détresse» des candidats... À partir de quel degré de misère entrebâille-t-on la porte?

Peu nous importe lequel des ordres de gouvernement éprouve du mal à passer de la parole au geste. On n'a que faire des querelles politiques dans un dossier où les victimes d'un séisme sont sans abri, sans ressources, et attendent un laissez-passer pour une certaine accalmie. La responsabilité politique de Mme James et de son homologue fédéral, Jason Kenney, est la même. Ils doivent faire équipe pour dénouer l'impasse administrative dans laquelle ils s'enfoncent.

En temps normal, les méandres administratifs de l'Immigration sont déjà de nature infernale. Le ministre Kenney vient de proposer une réforme du système d'octroi du statut de réfugié pour en améliorer l'efficacité. Objectif: faire chuter de quatre ans et demi à 19 mois la durée de traitement d'une demande. 60 000 personnes croupissent actuellement dans la «salle d'attente».

Il fallait être naïfs pour croire cette monstrueuse machine capable d'assouplir ses règles le temps d'un drame. Sur le site d'Immigration Canada, on s'excuse de «délais» un brin longuets. Il semblerait que les examens médicaux et la vérification d'antécédents ne soient pas opérations aisées en zone dévastée, ce qui — évidemment! — complique les choses.

Concoctés dans le but précis de venir rapidement en aide aux victimes du séisme, les programmes de traitement accéléré seraient eux-mêmes paralysés par les conditions inhérentes à la tragédie (bâtiments effondrés, manque de ressources, dossiers disparus, etc.)? La souplesse, dans l'urgence, appelait précisément à modérer les exigences et à composer avec la — triste — réalité des victimes.