Échangeur Turcot - Heureuse tentative!

Si le gouvernement du Québec cessait de considérer Montréal comme un gros village, on n'en serait pas à confronter deux projets opposés pour le réaménagement de l'échangeur Turcot. Et l'expertise de la Ville serait enfin reconnue pour ce qu'elle est: incontournable. À combien de voix faut-il s'y mettre pour le faire comprendre?

Elle a beau avoir été balayée du revers de la main, c'est une juste leçon que la Ville de Montréal a servie mercredi au gouvernement du Québec au sujet de l'échangeur Turcot. Et c'est avec encore plus de justesse que le maire de Montréal Gérald Tremblay, l'opposition municipale et le maire de Westmount, dans une rare harmonie, ont dénoncé ensemble hier la désinvolture avec laquelle la ministre des Transports, Julie Boulet, a rejeté leur projet.

La ministre peut bien chiffrer à 6 milliards le projet montréalais (la Ville en attend toujours la démonstration!), nul n'est assuré du coût final de son propre plan. Rappelons que l'été dernier, la présidente du Conseil du trésor, Monique Gagnon-Tremblay, évoquait des coûts de 3 milliards pour l'échangeur, soit le double de ce qui avait été indiqué lors de l'annonce du réaménagement à l'été 2007... Et tout est encore sur papier! En fait, on attend toujours de voir la nouvelle version du projet du ministère des Transports (MTQ), dont le plan initial a été critiqué d'aplomb par le BAPE il y a six mois.

Mme Boulet s'est aussi retranchée derrière la date-butoir de 2017, devenue sacro-sainte, pour terminer le chantier. Suivre le projet montréalais causerait du retard, a-t-elle indiqué. On n'en serait pas là si le MTQ avait d'abord écouté Montréal! Dès 2007, la Ville avait officiellement fait connaître ses exigences, qualifiées d'«incontournables», dans une lettre envoyée au sous-ministre de l'époque. Il y était question d'amélioration des déplacements par transport collectif, d'amélioration du paysage urbain, de mise en valeur de la falaise Saint-Jacques, de respect de l'environnement...

Ces objectifs de l'administration municipale, que le MTQ a continuellement ignorés, n'ont donc rien à voir avec l'arrivée de Richard Bergeron au comité exécutif de la Ville, comme certains l'ont dit, et n'ont jamais varié. Le projet présenté cette semaine par le maire Tremblay leur a simplement donné forme, puisque le ministère était incapable de le faire.

Et quelle forme! Tous ceux qui ont à coeur le développement de cette ville, si souvent défigurée, ont bien vu qu'il y avait là, enfin!, une vision d'avenir pour Montréal. Ce n'est pas pour rien qu'il a suscité l'adhésion de l'opposition municipale et de tant d'organismes: on peut donc encore faire preuve de créativité au Québec quand il s'agit de gérer la chose publique, et savoir distinguer dépense, ce qu'est le projet gouvernemental, et investissement, ce qu'est le projet montréalais.

Mais comme c'est Québec qui décide et qui paye, comme l'opinion de Montréal ne compte pas, il faudra se contenter de solutions passéistes, fondées sur la croissance du trafic automobile, et qui sont concoctées par des gens qui ne comprennent rien à la métropole. Ce qui donne des infrastructures comme le rond-point L'Acadie, conçu par le MTQ et régulièrement victime des inondations, alors que la disparition de l'échangeur du Parc-des Pins, sous la supervision de la Ville, s'est faite en douceur et a laissé place à un harmonieux carrefour.

On dira que, dans ce cas, le projet était de taille modeste; nous croyons plutôt que c'est parce qu'il respectait la trame urbaine, et que c'est là la compétence de Montréal. Il serait temps que Québec le comprenne et que le travail en silo cesse.

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