MBA à McGill - Classe affaires

L'affrontement que se livrent le ministère de l'Éducation et l'Université McGill autour d'un MBA hors de prix repose sur des questions de principe. Chacun de son côté de la clôture du financement universitaire, ils invoquent exactement les mêmes principes — accessibilité, équité, qualité — pour tirer des conclusions contraires.

McGill a joué la carte de l'irrévérence en décidant de lancer un MBA autofinancé de 29 500 $ à l'automne, et ce, en totale contradiction avec le système de droits de scolarité en vigueur au Québec. La principale, Heather Munroe-Blum, de passage hier au Devoir, défend le caractère indispensable de ce nouveau modèle. À ses yeux, s'agit-il du modèle de l'avenir? Il s'agit à tout le moins d'un gage de prestige.

En se libérant du carcan de la subvention gouvernementale, McGill affirme vouloir s'extirper d'un cercle déficitaire. Le coût réel de la maîtrise en administration des affaires est estimé à 22 000 $ par étudiant; or, la subvention et les droits de scolarité autorisés n'équivalent qu'à 12 000 $, donc un écart de 10 000 $, puisés à même des fonds destinés aux étudiants de premier cycle. «Est-ce vraiment équitable?» demande Mme Munroe-Blum. Au nom de l'équité pour l'ensemble des étudiants, de la qualité de son MBA et de l'accessibilité aux études, McGill semble décidée à faire bande à part. Elle invoque une situation financière intenable. Mais il y a aussi de cela: dans la cour des «réputées», un MBA de 30 000 $ a bien meilleure allure qu'une formation à 1700 $, qu'on reluque avec un quasi-dédain...

Les principes défendus par McGill sont louables. Mais nous croyons toujours cependant qu'ils ne justifient ni la manière ni le moyen choisis par l'Université pour rétablir sa position parmi les meilleurs. Le gouvernement, qui réprimandera l'Université en retirant la quasi-totalité des sommes, a raison de ne pas laisser passer cette offense.

C'est d'ailleurs aussi au nom de principes louables que la ministre Michelle Courchesne promet une sanction à McGill. Pour l'équité, la qualité et l'accessibilité d'un système universitaire entier, pas question de laisser une université sortir des rangs. Québec a laissé entendre que serait imposée à McGill une pénalité de 28 000 $ par étudiant invité à payer 30 000 $.

Il s'appuie sur une règle budgétaire qui enjoint aux établissements de respecter la politique relative aux droits de scolarité, à défaut de quoi le gouvernement peut «ajuster la subvention». La rédaction du règlement n'interdit pas à proprement parler les programmes dits «autofinancés» — il existe des formations privées de MBA pour cadres en exercice qui coûtent 70 000 $ par année —, mais il précise que le ministère doit leur donner son autorisation.

À ce chapitre, McGill est fautive. Elle admet n'avoir pas «officiellement sollicité une permission», quoiqu'elle ait «informé» le gouvernement de son intention. Affaire de détail. Si McGill est recalée, c'est qu'elle est installée au Québec — pas aux États-Unis! — et que celui-ci a fait le choix d'un financement universitaire équitable. Si impatiente soit-elle, l'Université ne peut pas jouer sur deux systèmes — public et privé — en marge de toutes les autres.

Le Québec peut s'enorgueillir de facultés d'administration de qualité. Le discours invoqué par McGill — manque de financement, qualité en péril, besoin de rehausser la formation — est celui de tous les recteurs, sans exception. Pourquoi McGill voguerait-elle en classe affaires alors que les autres échoueraient en classe économique?

machouinard@ledevoir.com
3 commentaires
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 22 avril 2010 11 h 21

    Scandale dans les subventions gouvernementales

    Il existe au Québec un scandale systémique et récurrent : alors que la population anglophone du Québec est de moins de 10 % de la population totale, les collèges et universités anglophones du Québec reçoivent 26 % des subventions gouvernementales du Québec. Ce qui revient à dire que les universités francophones ne reçoivent pas la juste part qu'elles devraient avoir. Le Québec finance lui-même son assimilation à l'anglais.


    Pour une question de justice envers la majorité, il est grand temps que le réseau d'enseignement anglophone au Québec ne soit subventionné qu'au prorata de la proportion de véritables anglophones au Québec, et ce à tous les niveaux : primaire, secondaire, et surtout aux niveaux collégial et universitaire.

  • France Marcotte - Inscrite 22 avril 2010 13 h 40

    Se démarquer

    On croirait entendre McGill s'adresser à ses futurs étudiants à travers le monde: Ce n'est pas parce que nous sommes situés au Québec que votre formation n'aura pas de prestige. Notre situation a permis historiquement que les grands gestionnaires que nous avons formés puisent à proximité dans une main d'oeuvre docile et bon marché. Et nous avons maintenant l'avantage supplémentaire de ne plus être assujettis à des règles qui nous semblaient par trop égalitaires pour pouvoir vraiment se démarquer des autres universités et nous nous en sommes affranchis. Vous serez chez nous comme à mille lieux des préoccupations ambiantes.

  • Denyse Fyfe - Abonnée 22 avril 2010 15 h 46

    "Eux" sont forts...mais "Nous", faibles !

    Bonjour,

    @Raymond Saint-Arnaud

    Excellent commentaire!

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    D'autant plus, qu'au même moment, le canada-anglais, via le PC et le PLC "bloquent" - contre l'avis unanime de l'assemblée nationale - la représentativité de la "NATION québécoise" : pour qu'elle soit banalisée comme le voulait "feu" Pierre Trudeau !

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    Voyons M. Saint-Arnaud, la surreprésentation cela ne marche que dans un sens : en général, celui du plus fort.
    "Eux" sont forts...mais "Nous", faibles !

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    Honte encore une fois à ces député(e)s du Québec!


    Voilà...

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    Qui avait dit : "pauvre Québec" !


    Bonne journée,