Élections britanniques - La surprise

Pour la première fois dans l'histoire politique britannique, un débat télévisé réunissant les chefs des principales formations a été organisé. Il s'est tenu la semaine dernière. Au terme de cette joute verbale, le patron des libéraux-démocrates, Nick Clegg, avait tellement séduit ses concitoyens que ces derniers l'ont propulsé en haut de l'affiche. La ribambelle de sondages effectués depuis confirment en effet que Clegg est le chéri de ces messieurs-dames, devant le conservateur David Cameron et le travailliste Gordon Brown.

La surprise est divine. Pour Clegg, il va sans dire, mais également pour le premier ministre sortant Brown, quoique dans une moindre mesure. Autrement dit, la surprise s'est avérée désastreuse pour Cameron qui caracolait en tête des intentions de vote au début de l'année. Mais encore? Lui qui faisait campagne sur le thème du changement, si désiré par les Britanniques, s'est fait doubler sur ce front par Clegg. On insiste, c'est ce dernier qui est perçu comme le symbole du changement, comme le moteur du renouveau auquel aspire tant la majorité des électeurs.

Depuis la montée en puissance des libéraux-démocrates, les états-majors des autres formations s'emploient à remanier, et non simplement retoucher, leurs logiciels politiques en fonction d'une certitude. Laquelle? À moins d'un autre bouleversement d'ici le 6 mai, date du scrutin, les ténors de la scène sont condamnés à négocier un accord de gouvernement, à plancher sur la constitution d'une coalition. Une première depuis des lunes et des lunes.

Du côté des travaillistes, un groupe de mandarins rompus aux discussions qui ont eu cours entre partis se disputant les régionales a été créé afin d'entamer des pourparlers avec Clegg. Consacré faiseur de rois à la faveur des sondages, ce dernier a une obsession, une priorité d'entre les priorités, soit la réforme du système électoral. Sa requête, son exigence, est la suivante: introduire la proportionnelle pour mieux enterrer le bipartisme qui a fait la fortune des conservateurs et des travaillistes tout en réduisant les libéraux-démocrates à de la figuration. Car si...

Car si Clegg est numéro un au championnat des sondages, il ne peut espérer être premier ministre. En fait, si la répartition des intentions de vote se confirme en mai prochain, alors les travaillistes devraient disposer du plus grand nombre de sièges, mais pas assez pour composer seuls le prochain cabinet. Il faut savoir que l'un des vices du paysage électoral du Royaume-Uni a trait à la géographie. Les soutiens aux travaillistes sont mieux répartis ou beaucoup moins concentrés que ceux des conservateurs. Pour espérer s'installer au 10, Downing Street, ceux-ci doivent récolter 7 % de bulletins de plus que les travaillistes.

Si Clegg parvient à maintenir le cap, on assistera alors à une révolution: l'injection de la proportionnelle, chère aux républiques du continent.
5 commentaires
  • Patrick Vanasse - Abonné 22 avril 2010 06 h 17

    La proportionnelle est source d'instabilité politique

    Dans un pays comme la grande-Bretagne (la Canada aussi., sauf à quelques reprises dont depuis 2004), les gouvernements sont majoritaires et les partis n'ont pas adopté le réflexe de travailler en coalition. L'introduction d'une dose de proportionnalité pourrait mettre fin au régime des gouvernements majoritaires et provoquer de l'instabilité politique chronique, étant donné que les gouvernements seraient minoritaires, les coalitions étant dans l'ensemble non viables dans un État dont la coalition ne fait pas partie de la culture politique.

    De plus, un régime parlementaire à la britannique, où la confiance du Parlement envers le gouvernement étant une base principale de ce système politique, l'absence de majorité détenue par un seul parti aura pour effet de paralyser le gouvernement et le Parlement, où la menace de renversement du gouvernement perpétuelle mènera à l'immobilisme politique ou à l'instabilité. Donc, il serait souhaitable qu'à l'instar du Québec et du Canada, le prochain gouvernement britannique s'abstienne d'ouvrir la boîte de Pandore qu'est l'ouverture au scrutin proportionnel, qui même modéré (par un scrutin mixte ou une proportionnelle approchée), est incompatible avec un régime où la tradition est celle d'un gouvernement majoritaire à un seul parti.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 22 avril 2010 06 h 58

    La carte électorale

    Tiens, la mère-patrie a aussi un problème de carte électorale

  • François LeBlanc - Inscrit 22 avril 2010 09 h 11

    La proportionnelle

    La proportionnelle est en vigueur (sous différentes formes) dans plusieurs pays d'Europe, et ils ne s'en portent pas plus mal. Les opposants à la proportionnelle pensent à l'Italie et à la Belgique (en ce moment), mais jamais ils ne mentionnent l'Allemagne et les pays scandinaves. Dans de nombreux cas, ces pays ont plus que deux partis politiques influents : plus de gens peuvent s'exprimer et exercer de l'influence, pas seulement ceux de droite et de centre-droite, (et la pseudo-gauche).

    Les défenseurs du statu quo n'aiment pas qu'il y ait trop de joueurs. Pour eux, on choisit seulement entre l'eau ou le feu. Un système binaire, quoi.

    Il y a moyen de contrer l'« instabilité » des coalitions : des mandats fixes (comme aux É.-U.), car il faudrait bien que les gouvernements minoritaires (ou même majoritaires) cessent de menacer l'opposition de déclencher des élections quand ça fait leur affaire.

  • Simon Beaudoin - Inscrit 22 avril 2010 09 h 49

    Réplique à Patrick Vanasse

    Je suis un fervent supporter de réformes démocratiques au Québec et au Canada, et n’avale pas ces accusations d’instabilité. Le mode de scrutin uninominal à un tour ne garanti absolument pas un gouvernement stable, encore moins un gouvernement pouvant donner des comptes et représentatif des idéaux de la population. Nous le voyons à Ottawa et à Québec depuis des lustres, les anglais comprennent à leur tour que leur système pluricentenaire est au bout du rouleau devant la montée des tiers partis.

    L’élection actuelle en Grande-Bretagne me fait un peu penser à celle du Québec en 2007, qui avait donné une quasi-égalité aux trois partis. Si ça n’a pas fonctionné par la suite, c’est certes à cause de la culture de la majorité, selon laquelle on doit obtenir une majorité à tout prix (et donc dès que les sondages sont positifs, on veut une élection), mais aussi et surtout à cause de nos institutions. Si, comme en Allemagne, renverser le gouvernement n’équivalait pas à des élections ou à un crime de lèse-majesté, et qu’on pouvait prendre le pouvoir à sa place en formant une coalition, il n’y aurait pas plus d’instabilité qu’actuellement. Je crois même que l’éclatement des partis traditionnels serait bénéfique au sens où elle permettrait aux gens de voter pour des partis représentant mieux leurs intérêts et leurs idéaux. Ces partis s’associeraient ensuite pour former des coalitions stables mettant un peu des idées de chaque parti dans le programme du gouvernement.

    Ce qu’il faut savoir, à mon avis, c’est que les coalitions qui seraient faites à visage découvert existent déjà au sein des partis politiques. Dans tout parti, il y a des lignes de fracture sur différents points, notre système rend seulement ces luttes obscures, de sorte que l’on peut voter pour un parti dans l’espoir qu’il prenne une direction et, au gré des événements, que ce parti change de position parce qu’un autre « clan » aurait pris le pouvoir. Je ne trouve absolument pas d’avantage dans ce système et, bien pilotée, une réforme du mode de scrutin serait bénéfique et permettrait une meilleure représentation de la population. Je ne vois pas comment m’opposer à cela.

    Simon Beaudoin

  • Sylvain Auclair - Abonné 22 avril 2010 12 h 25

    Les États-Unis ne sont pas un bon exemple

    Parce que le gouvernement n'y est pas responsable devant l'assemblée.
    À ma connaissance, c'est le seul pays démocratique au monde qui fonctionne avec ce système archaïque et assez peu fonctionnel, vu la difficulté qu'on y constate d'accomplir quelque réforme que ce soit.

    Je crois me rappeler qu'il existe un pays scandinave, la Norvège, je crois, où l'assemblée ne peut pas simplement renverser le gouvernement; en cas d'insatisfaction, elle doit proposer le nouveau gouvernement qu'elle appuiera.