Informatique - Des cas de collusion?

Les semaines se suivent et se ressemblent au pays des contrats gouvernementaux. La semaine dernière, Radio-Canada laissait entendre que la collusion était chose courante entre les firmes d'experts en informatique à la recherche de mandats gouvernementaux.

Depuis plusieurs années, les gouvernements confient la gestion d'une partie de leurs parcs informatiques à des firmes privées qui, dans bien des cas, délèguent même leurs employés sur place pour faire le travail. Ce recours au privé permet d'éviter l'embauche d'équipes permanentes pour des contrats à court terme et il assure l'utilisation d'équipements de dernière génération. En théorie, du moins, car en pratique, il serait intéressant de savoir si nous ne payons pas deux fois plutôt qu'une ces équipements vite amortis et longtemps utilisés.

L'impartition n'est pas propre aux gouvernements. Elle est aussi très répandue dans l'entreprise privée qui souhaite se concentrer sur ses activités de base. La différence, c'est que les firmes d'experts-conseils perçoivent les gouvernements comme des vaches à lait qu'on peut traire jusqu'à la dernière goutte. Et s'il faut tricher pour remporter la mise, pourquoi pas, puisque tout le monde y trouve son compte, y compris ceux qui sont censés nous représenter?

Lors d'une interpellation à l'Assemblée nationale au lendemain du reportage de Radio-Canada, le premier ministre Charest n'a pas nié qu'il puisse y avoir des irrégularités dans l'attribution des contrats d'informatique, mais il s'est contenté de rappeler que le Conseil du trésor avait resserré les règles, l'automne dernier. C'est un peu court!

La semaine dernière aussi, La Presse révélait que la CSST avait versé 37 millions à la firme DMR pour des travaux qu'elle n'a jamais complétés, dont sept millions pour résilier cette entente dont les coûts devenaient pharaoniques. Selon le journal, DMR avait décroché ce contrat en 2006 alors que la CSST était présidée par le libéral Gérard Bibeau, dont l'épouse était conseillère senior chez DMR. Dès le départ, cette situation pour le moins anormale avait causé des remous au conseil de la CSST, jusqu'à provoquer, plus tard, la démission d'un de ses membres.

Malgré cela, M. Bibeau a été promu secrétaire général du Comité exécutif du gouvernement et le porteur du dossier, Richard Verreault, président de la Société immobilière du Québec.

Au ministère de la Santé maintenant, le Vérificateur général a blâmé à quelques reprises déjà la gestion du plus important contrat d'informatique jamais confié à une firme externe, celui du dossier individuel informatisé qui accumule retards et dépassements de coûts depuis le début des travaux, en 2006. Malgré l'ampleur du mandat, le ministère a éliminé tous les soumissionnaires sauf un, Bell Xwaves, pour de mystérieuses «raisons techniques». Or, malgré les 300 millions dépensés à ce jour, il n'y a toujours pas de dossier de santé au Québec, et tout indique qu'il n'y en aura pas avant des années et plusieurs centaines de millions supplémentaires. Quelqu'un était-il intervenu en faveur de cette firme privée?

Une enquête publique? Évidemment! Et pas seulement dans la construction!

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11 commentaires
  • jean claude pomerleau - Inscrit 12 avril 2010 07 h 56

    À quand un Wikileaks québécois

    Jean Charest a ouvert la porte à de puissants réseaux d'intérêts qui squattent notre État à leurs profits et au détriment du bien publique. Cette corruption généralisée met l'intégrité de nos institutions étatiques en question. Face à la démission médiatique e de l'opposition devant ce phénomène qui coûte des dizaines de milliards au Québec, il est temps de mettre en place un moyen (citoyen) pour défendre notre État:


    Wikileaks pourrait être un de ses moyens.


    http://en.wikipedia.org/wiki/Wikileaks#History

    Un beau projet pour Le Devoir.

    Autre considération: Ces réseaux libéraux qui contrôlent notre État nous coute des milliards; cela aussi il faut le mettre au compte des profits et pertes du fédéralisme.


    JCPomerleau

  • EmilieMC - Inscrit 12 avril 2010 08 h 39

    Des collusions en informatique

    Octroyer des contrats au privé coûte moins cher du point de vue salarial : on n'a pas besoin d'engager de fonctionnaires. Sauf que... Les firmes qui soumissionnent le font en sachant très bien qu'ils ont le gros bout du bâton. De cette façon, ils proposent une échéance et un prix, puis reviennent à la fin du contrat en disant : Désolé, ce n'est pas fini, on a besoin de plus de temps et ça coûtera plus cher. Notre analyse était erronée. (Et c'est la triste réalité!)
    Certains endroits ont plus de consultants (à long terme), parce que les projets n'aboutissent pas.
    C'est sans parler de la firme Oracle, situé tout près d'un édifice gouvernemental à Québec, qui a obtenu et obtiendra sans doute plusieurs contrats, hautement chiffrés,..

  • Jacques Morissette - Inscrit 12 avril 2010 08 h 55

    Toutes mes excuses monsieur Sansfaçon.

    J'ai écrit un texte précédemment en disant au début que vous étiez monsieur David. Permettez-moi de m'excuser auprès de vous. Encore une autre leçon que je devrais tirer de ma bévue. Monsieur Sansfaçon, votre texte était intéressant, pour faire la correction de ce que j'ai dit plus tôt.

  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 12 avril 2010 09 h 25

    Support gouvernemental à la concurrence?

    Le récent reportage de Radio-Canada sur l’octroi de contrats en informatique par le gouvernement du Québec soulève, comme dans le cas des contrats en PPP et comme dans le cas de nombreux contrats aux entreprises du secteur de la construction, la question du support du gouvernement à des solutions de marché où il y a une véritable concurrence entre les soumissionnaires.

    L’absence de concurrence implique des prix et des profits plus élevés. Les cas, où il y a des entraves à la concurrence et où le gouvernement restreint lui-même le nombre de soumissionnaires devraient être bien clairement expliqués. L’absence de concurrence, si elle n’est pas justifiée, soulève donc de nombreuses questions sur la qualité et l’intégrité de la gestion gouvernementale.

    Est-ce que le gouvernement désire vraiment octroyer ses contrats dans un environnement où il y a véritablement de la concurrence? Certains jours, j’a l’impression que la réponse à cette question est "non" et que nous sommes de retour aux tristes jours du régime de Maurice Duplessis.

  • Pierre Bernier - Abonné 12 avril 2010 09 h 25

    Des limites à ne pas franchir ?

    La fonction publique de l'État (~ 50,000 personnes) occupe le centre de l'administration publique.

    Placée sous l'autorité du gouvernement, son rôle est d'agir en amont et en aval de toutes les décisions de l'autorité constituée par la volonté de la population dans le respect des lois et de l'éthique publique. Sa fonction est de réunir les meilleurs conditions pour que prime, en toute matière et circonstance, l'intérêt général et le bien commun.

    Le Secrétaire général du ministère du Conseil exécutif est le premier fonctionnaire de l'État.

    Sous-ministre du Premier ministre, il est chargé notamment d'assurer la coordination de l'action de l'administration gouvernementale, à commencer par celle des sous-ministres sectoriels qui la dirigent.

    Depuis 1960, aucun titulaire de ce poste névralgique (tous les gouvernements confondus) n'a été mis en cause !