Réformer Montréal - Qui aura le courage?

Le groupe de travail Côté-Séguin sur la gouvernance de Montréal a rendu public un rapport la semaine dernière, dont la conclusion était intitulée «Le courage d'agir». Manquait toutefois un point d'interrogation, car après tout le cafouillage structurel des dernières années dont la métropole porte le poids, il faut se demander si quelqu'un quelque part aura le courage d'amorcer le virage suggéré.

Ce rapport a plusieurs mérites, le principal étant de n'avoir pas cherché à repartir de zéro. S'en tenant à l'essentiel, le groupe de travail a cherché à corriger les principales carences des structures actuelles pour les rendre fonctionnelles. Leur prémisse est que l'amélioration de la gouvernance rendra Montréal plus efficace, et donc plus productive et plus attractive. Elle sera ainsi capable de mieux concurrencer les autres grandes métropoles du continent.

La gouvernance de Montréal a été l'objet ces 10 dernières années d'un double processus d'intégration (les fusions) et de décentralisation dont le résultat aura été de créer une fédération d'arrondissements. Là où on aurait dû retrouver une administration centrale forte propre à une métropole s'est installé un mode de gouvernance typique de la culture politique des banlieues favorable à l'émergence de conflits d'intérêts et de favoritisme dans la prise de décisions.

Le virage proposé est tout simple. Il s'agit d'instituer une ligne d'autorité entre les arrondissements et la ville centre. Celle-ci devrait pouvoir leur imposer un cadre unique d'embauche et d'allocation de contrats forfaitaires avec des lignes directrices claires. Elle devrait pouvoir les assujettir à des normes de services pour les services prioritaires. Leurs directeurs généraux et leurs directeurs financiers devraient par ailleurs relever de l'administration centrale, qui de son côté devrait être dotée d'une fonction d'analyse sur le modèle des conseils du trésor que l'on trouve à Québec et Ottawa pour scruter toutes les grandes dépenses. Enfin, la ville centrale serait la responsable des processus de consultation publique des grands projets de développement urbain.

Ces recommandations, simples à première vue, correspondent à des principes de saine gestion. Elles permettraient de corriger des situations vécues à répétition ces cinq dernières années où les élus, laissés sans contrôle, gouvernaient à la petite semaine. Les adopter devrait aller de soi, mais encore faudrait-il que ceux qui ont profité de l'absence de règles formelles acceptent de sacrifier leurs intérêts personnels. À certains potentats locaux, ce sera demander beaucoup. L'administration Tremblay devra pour sa part faire preuve du courage qui ces dernières années lui a fait défaut pour les affronter. Si elle est clairvoyante, elle verra que ses meilleurs alliés pour réaliser ce redressement se trouvent dans les deux partis d'opposition. Restera à trouver une oreille favorable du côté du gouvernement Charest qui, dans le budget Bachand, a fait preuve d'une ouverture qu'il faut accueillir positivement. Il faut néanmoins lui rappeler qu'il a beaucoup à se faire pardonner de Montréal.

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1 commentaire
  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 8 avril 2010 18 h 34

    Et pourtant

    Il y a une solution simple et si efficace de cesser les sangsues de piger dans la caisse. Réduire les échevins de 50%. Ils seraient toujours trop mais les dépenses réduites et les abus moindre. La même solution devrait s`appliquer à Longueuil avec une représentation du double de Laval pour une population équivalente. Mais ça sa prend du courage politique que les Libéraux dont Gérald Tremblay et Charest ne possèdent pas. Ils préfèrent une structure bysantine sur l`île de Montréal.