Élections britanniques - La férocité

C'est décidé: les Britanniques voteront le 6 mai prochain au terme d'une campagne électorale qui devrait se caractériser par une férocité dans le ton tranchant avec les scrutins antérieurs. Les assauts d'agressivité auxquels les observateurs britanniques de la scène britannique s'attendent vont être dopés par l'écart actuellement trop mince entre le premier ministre travailliste Gordon Brown et son principal adversaire, le conservateur David Cameron. Si ce dernier bénéficie, selon les sondages, d'une avance variant entre 4 et 10 %, le premier jouit d'une répartition géographique l'avantageant. En fait, pour que Cameron devienne calife à la place du calife, il lui faut récolter un minimum de 7 % de votes de plus que Brown pour disposer de la majorité. Une faible majorité.

Preuve de cette férocité, avant même qu'il annonce la date des élections Brown avait emprunté à l'arsenal du guerrier les accents de l'offensive tous azimuts. En effet, au cours des dernières semaines il s'est plu à affirmer et répéter que le Parti conservateur était un ramassis d'individus «superficiels et élitistes» qui, conséquemment, ne sont pas pas aptes à satisfaire les aspirations de l'Angleterre qui travaille dur jour après jour. Par un tour de passe-passe empreint d'un opportunisme bien trempé, celui qui fut, à titre de ministre des Finances de Tony Blair, le chantre de la déréglementation a gauchi son discours pour mieux séduire une frange importante de l'électorat dégoûtée par les excès des happy few de la City. Et ça marche.

Depuis qu'il s'est posé en champion de la discipline des marchés et de la taxe sur les transactions financières, Brown a pratiquement gommé l'avance qu'avait Cameron l'hiver dernier. De 26 %, le travailliste a ramené l'avance en question à 8 %, parfois à 4 %. Or, on le répète, la répartition du vote travailliste étant géographiquement beaucoup moins concentrée que celle du conservateur, Cameron doit récolter 7 % et plus de bulletins que Brown.

Jusqu'à présent, les réactions de Cameron aux attaques du premier ministre ont mis en lumière ou confirmé son manque d'expérience, son déficit de confiance. En affichant son parti-pris pour un conservatisme «compassionnel», il a heurté ces millions de Britanniques pour qui l'expression rappelle celle adoptée par Bush. Et alors? On l'a peut-être oublié, mais lorsque Bush était à la Maison-Blanche, l'anti-américanisme était beaucoup plus prononcé au Royaume-Uni que sur le continent européen.

En fait, le meilleur allié de Cameron, du moins l'un des meilleurs, est le Parti travailliste lui-même. Cela fait maintenant des mois que cette formation est aux prises avec une guerre interne opposant les «blairistes» aux «brownistes.» Derrière les rideaux, ceux-ci se livrent à un combat qui n'a rien à voir avec celui du fleuret moucheté. L'enjeu? La succession de Brown. Rien de moins. Les prétendants au trône pariant sur une défaite de Brown, donc sur sa démission, sont plus enclins à la lutte interne qu'externe. C'est la chance de Cameron.