Élections irakiennes - Le choc iranien

Vainqueur des élections législatives irakiennes tenues le mois dernier, Iyad Allaoui est ces jours-ci très remonté. Le sujet, le principal sujet de sa colère est un pays voisin. Il s'agit de l'Iran évidemment. Soit le royaume des ayatollahs qui tirent les ficelles du dernier scrutin, au vu et au su de tout le monde, afin que le prochain gouvernement lui obéisse au doigt et à l'œil. Mahmoud Ahmadinejad, président de l'Iran, s'emploie effectivement à barrer la route à Allaoui par l'intermédiaire des formations irakiennes inféodées à Téhéran.

Au cours de la dernière semaine, des délégations regroupant des membres de partis défendant exclusivement les intérêts des chiites ainsi, c'est à retenir, que des formations kurdes sont allées à la rencontre des dirigeants irakiens histoire d'enregistrer les diktats de ces derniers. En fait, le mot d'ordre signifié aux vassaux irakiens se résume comme suit: employer tous les moyens dont ceux-ci disposent pour empêcher que le seul parti laïque et nationaliste, soit le Bloc irakien d'Allaoui, grimpe les marches du pouvoir.

Dans sa manche, Ahmadinejad possède la carte maîtresse favorisant la formulation de chantages divers. Tous les partis chiites, y compris celui dont le premier ministre sortant, Nouri al-Maliki, est le patron, ont été formés lors des années d'exil en Iran. Ils ont été financés par l'Iran, armés par l'Iran. Ils sont à la botte d'un Iran qui digère d'autant moins la victoire d'Allaoui que celui-ci est parvenu à fédérer les chiites nationalistes et laïques avec les sunnites. Et qui dit sunnite dit quoi? Éternel ennemi religieux.

Conséquence nette de ces tractations, de ces bras de fer, il est plus que vraisemblable qu'Allaoui et ses proches soient écartés du gouvernement à moins qu'ils ne parviennent à séduire l'Alliance kurde, qui a remporté les trois provinces du nord. Dans ses pourparlers avec ces derniers, Allaoui martèle et rappelle qu'il ne se passe guère une semaine sans que les Forces iraniennes répriment les Kurdes iraniens. Quoi d'autre? Allaoui, le chiite laïque, a le soutien des nations arabes sunnites, soit l'Égypte, l'Arabie saoudite et la Syrie.

En manipulant le destin des Irakiens à coups de forceps, Téhéran prend le risque d'enflammer un pays que tout un chacun sait qu'il demeure fragile. S'il s'avère qu'Allaoui est cantonné en dehors de la scène gouvernementale alors qu'il est arrivé premier aux législatives, il est plausible que les sunnites se révoltent et que le cycle de la violence reprenne à vitesse grand V. Et ce faisant, qu'ils torpillent passablement le plan de retrait des Forces américaines.

En attendant une suite qui s'annonce aussi laborieuse que longue, Al-Maliki reste en poste. Après avoir déposé officiellement une plainte pour fraude électorale malgré le constat contraire portant l'empreinte des observateurs, Al-Maliki a tenu à rappeler haut et fort à l'attention de tout le monde et d'Allaoui en particulier qu'il demeurait... le chef des armées! Et qu'il n'hésiterait pas à y avoir recours. L'Irak fut un chaudron, il risque de le redevenir.

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1 commentaire
  • Alain Deloin - Inscrit 1 avril 2010 10 h 54

    Peut-etre

    >L'Irak fut un chaudron, il risque de le redevenir.

    Peut-etre, peut etre pas, en fait on n'en sait rien.
    Que sera l'Iran dans 10 ou 20 ans avec une jeunesse bouillonnante qui reve de liberte et les ayatollahs et revolutionnaires de 78 fatigues, retraites, qui auront bien du mal a contenir ces velleites de liberation? D'autant que l'Iran, sous dictature theocratique, n'est pas vraiment un modele economique.

    L'Irak a les bons parrains et une occasion unique de se developper economiquement surtout avec ses ressources. Voir ce qui se passe au Kurdistan depuis 5-6 ans.
    Ou alors ce sera la guerre civile et l'effondrement du pays.

    Rendez vous dans une generation, pour voir.