Mairie de Québec - Quel fat!

Le maire de Québec, Régis Labeaume, s'est offert hier en spectacle dans un stupéfiant condensé d'arrogance et de mépris. Il reproche aux médias de vouloir transformer une banale erreur de jugement en feuilleton d'humeur. Rageur, excédé, voire même hargneux, le maire renvoie le faiseur d'image Clotaire Rapaille peaufiner son CV, mais il accuse les journalistes de vouloir transformer une simple méprise en feuilleton d'humeur.

L'humeur, les journalistes présents hier à la conférence de presse du maire Labeaume n'avaient même pas à la provoquer à coups de questions! Elle était là, entière et palpable, dans l'emportement d'un élu choqué de sa propre bourde, sonné par sa propre chute, mais in-ca-pa-ble de s'en amender avec élégance.

Ce petit rappel: n'est-ce pas entre autres choses grâce à l'application d'un journaliste du Soleil que la fourberie de Rapaille, appelé avec grand bruit pour psychanalyser Québec, fut dévoilée? Le maire reconnaît qu'après avoir été mis au fait de la vraie nature du sauveur Rapaille, il a jugé «inadmissible pour les payeurs de taxes» que son contrat soit honoré.

Satisfait de ce bref constat, il s'impatiente l'instant d'après. Quoi? Encore des questions? Il assiste, irrité, à la fabrication médiatique — ouvrons les guillemets — d'«une grosse épisode». Il invective les reporters, repoussant leurs questions avec effronterie. La journaliste du Devoir, Isabelle Porter, s'est retrouvée hier la cible du courroux du maire, qui a associé en public son travail à «du journalisme de colonisée». Elle serait apparemment coupable d'être l'auteure d'un labeur non complaisant et critique. Un travail journalistique.

Nous le disons haut et fort: ce traitement était inacceptable et proche voisin d'une forme d'intimidation. Il est surtout digne d'un temps révolu. D'une sombre époque où les élus, avec une détestable fatuité, classaient les journalistes en deux camps, celui des bons et celui des méchants.

Le maire de Québec a bâti sa popularité autour d'un caractère qui n'est pas tiède. Opiniâtre, un brin «baveux», il est l'auteur de quelques célèbres envolées, sur lesquelles il fabrique son propre «marketing».

Mais tout n'est pas qu'affaire d'image, même si le théâtre joué hier repose en grande partie sur des représentations: image de Québec, que le maire a souhaité décortiquer en faisant appel à un soi-disant spécialiste qui l'a embobiné; image de Clotaire Rapaille, passé de rédempteur à imposteur; image de Régis Labeaume, qui se présentait hier comme un «gestionnaire d'affaires» alors qu'il est avant tout un élu!

Un élu responsable doit répondre de ses actes, même s'ils naissent d'un caprice et se terminent en monumental fiasco. Un élu responsable ne peut pas transformer un exercice de reddition de comptes en joute querelleuse avec les médias, maniant l'insulte comme si cela était anodin. Un élu responsable, sous prétexte de caractère bouillonnant et de franchise, ne peut franchir certaines limites. Hier, M. Labeaume a dépassé la ligne.
23 commentaires
  • Sophie Maheu - Abonné 30 mars 2010 00 h 15

    Pôvre Labeaume !

    Son égo lui fait bien mal. Pour la balance de la facture, Rapaille peut lui offrir une thérapie puisqu'il semble que ce soit la seule chose vraie dans son cv. D'autant plus que c'est peut-être lui plus que sa ville qui a un problème d'image et de comportement.

  • Martin Dufresne - Inscrit 30 mars 2010 03 h 06

    Bravo!

    Votre éditorial et la caricature de Garnotte... quelle combiné imparable!

  • Catherine Paquet - Abonnée 30 mars 2010 05 h 46

    Bravo. M. Labeaume s'est discrédité gravement lui-même.

    On croyait ces méthodes d'insultes et de moqueries à l'égard des journalistes, de la part d'un élu, disparues depuis Maurice Le Noblet Duplessis. Mais non, nous somme toujours à Québec. En 2010. Et l'exercice d'un certain pouvoir monte toujours à la tête de celui qui le détient. Les journalistes, les électeurs, les spectateurs devraient aller voir ailleurs, car ce cher "grand" élu, détenteur d'une majorité d'appui dans son entourage, vous rendra des comptes, s'il en a le temps, lors d'une prochaine campagne électorale, qui doit malheureusement avoir lieu un jour... Sérieusement. On devrait s'en passer de ces élections. Laissez nous gouverner en paix...

  • GRR - Inscrit 30 mars 2010 06 h 04

    Mairie de Québec - Quel fat !

    Régis Labeaume a raté toute une occasion de s'élever en admettant candidement une "erreur" mais nous a fait voir un côté noir de sa personnalité l'arrogance et le narcicisme à tout le moins.

    Je me suis personnellement déplacé à deux reprises pour voir et entendre en conférence celui qui avait commencé à me redonner le goût de la politique et des affaires publiques mais "l'empereur" ne s'est jamais montré.

    Il s'est énervé et a "bavé" les journalistes présents avec si peu de classe que cela me fait reviser mon opinion du Sire.

    GRR

  • epagneula@hotmail.com - Inscrite 30 mars 2010 07 h 33

    Le danger du potentat

    Les Québécois ont voulu donner carte blanche à Régis Labaume. Ce ne pouvait être sans conséquence. Il aura fallu à peine 4 mois pour que les journalistes jaugent l'arrogance de ce petit Napoléon. En s'en prenant aux médias et à ses représentants au lieu de faire mea culpa d'une gaffe, il nous rappelle pour ceux qui ont de la mémoire, une certaine époque qui sera curieusement reprise, dans une pièce présentée prochainement à Québec: Charbonneau et le chef avec le célèbre mais non moins dérangeant du "toé, tais-toé" adressé par Duplessis à Pierre Laporte. S'il se veut le seul légitimé comme représentant de la population de ville de Québec, j'aime autant que Québec garde secret ce code qui même inconnu, nous fait déjà si mal.