Attentats à Moscou - L'expansion

Une fois encore, le sang a coulé à Moscou, alors que deux femmes faisaient exploser autant de stations de métro. Cet épisode confirme, si besoin était, que la lutte entre Tchétchènes et Russes s'est étendue à tout le nord du Caucase.

À peine le souffle des attentats commis hier à Moscou était-il retombé qu'ici et là, on évoquait la Tchétchénie. Quand on sait combien le contentieux entre Moscou et les habitants de cette petite république du nord du Caucase est aussi ample que profond, quand on sait également que la grande majorité des actes effectués en sol russe depuis dix ans portaient la marque de Tchétchènes, l'hypothèse que les attentats d'hier aient été perpétrés par ces derniers est en soi logique. À cette dernière, pourrait s'en greffer une autre tout aussi logique: les auteurs pourraient être originaires de l'Ingouchie ou du Daguestan.

À celles-ci, il faut maintenant en ajouter une dernière: entre ceux qui ont préparé les explosions d'hier et ceux qui les ont exécutées, il serait possible de retrouver des citoyens de ces trois républiques. Ces pays étant si éloignés de nous et ayant une influence sur les affaires du monde réduite à l'épaisseur du papier à cigarettes, on sait peu que le conflit entre la Russie et la Tchétchénie a débordé, qu'il s'est élargi à tout le nord du Caucase.

Signe, parmi beaucoup d'autres, de cette expansion, le successeur de Chamil Bassaïev — il s'appelle Dokou Oumarov — ne s'est pas proclamé émir de Tchétchénie, mais bel et bien émir du Caucase. Son mandat, son ambition? Étendre le conflit à toutes les républiques de ce coin du monde où les musulmans sont majoritaires. Depuis qu'il est à la tête d'un certain nombre de contingents d'insurgés, soit depuis 2007, les affrontements dans les pays voisins de la Tchétchénie, et notamment au Daguestan, ont passablement augmenté.

Cela étant, les attentats d'hier présentent un dénominateur commun important avec la majorité des précédents: les exécutants étaient des femmes. Contrairement à ce qui se passe au Proche-Orient depuis des lunes, les femmes, les Tchétchènes plus que les autres, sont très souvent impliquées dans les coups de force contre les Russes. Peu avant qu'il trouve la mort, Bassaïev avait assuré qu'il disposait d'un bataillon de femmes prêtes à sacrifier leur vie. Qu'il disposait donc d'une force dont ne disposent pas d'autres chefs de guerre.

Comment se fait-il que, dans cette région montagneuse, Bassaïev hier, Oumarov aujourd'hui, commandent des dizaines de femmes, les instrumentalisent selon leur bon vouloir? Selon des experts des deux offensives d'envergure menées par l'armée russe au cours des quinze dernières années, l'explication la plus probable à cette présence a trait aux viols répétés qu'elles ont subis. Certaines d'entre elles ayant même été des esclaves sexuelles.

Conséquemment, ces victimes des Russes sont devenues aussi les victimes de leurs coreligionnaires. Comme leur corps a été pris d'assaut par des étrangers avant le mariage, elles sont impures. Il leur est donc interdit à vie de convoler en justes noces. En fait, tant de portes leur sont fermées qu'elles sont bannies de la société. Ajoutons à cela les cas des femmes dont les maris sont morts au combat et qui elles également ont été violées et...

Sur les hauteurs du Caucase, les femmes sont victimes des Russes, de leurs concitoyens ainsi que des légendes de la religion dont les fanatiques font leur miel pour ne pas dire leur fonds de commerce.
5 commentaires
  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 30 mars 2010 07 h 28

    Un complément aux motivations des femmes tchétchènes

    Hormis les viols qu'elles peuvent avoir subies, le décès de leurs époux par les commandos russes «à caractère fasciste», il y a une autre motivation de participer à des actes de terreur qui me semble avoir été oublié. Et elle est aussi importante que les deux autres ci-haut mentionnées, c'est celle de la perte de leur fils, rebelles. ou même trop souvent pas du tout, assassinés par les forces russes sans distinction aucune.

    Feu Anna Politkovskaïa , a déjà rapporté qu'entre l'intervention de l'armée russe et certains commandos privés sans scrupule sour le régime Elstine et la suivante sous le régime Poutine 70% de la population mâle tchétchène entre 18 et 35 ans a soit été assassiné ou mystérieusement disparu. Alors des mères tchétchènes qui ont perdu leur fils dans ces circonstances demeurent pour elles une raison supplémentaire de se venger.

    Ne perdons jamais de vue lors de l'arrivée de Poutine comme Président, sa fameuses citation:«Les Tchétchènes, nous allons les buter jusque dans les chiottes».

  • Chretien De Syrie - Inscrit 30 mars 2010 10 h 28

    Montréalistan

    À entendre le commentaire plus haut qui justifie cet acte barbare et inhumain, je ne puis que donner raison au qualificatif de Montréalistan Fabrice de Pierrebourg et de Québékistan de Barbara kay.

    Pour ma part, ce commentaire me donne froid dans le dos.

    Il me fait honte.

    Il me donne envie de vomir.

  • Jean-Pierre Audet - Abonné 30 mars 2010 10 h 32

    Raisons maternelles de se venger ?

    J'avoue que la pondération de Duchêne Denys Mehdi me surprend agréablement dans cette réaction à Serge Truffaut. Par contre là où il reste fidèle à sa tendance à la violence, c'est quand il parle sans esprit critique d'«une raison supplémentaire de se venger».

    Il peut arriver en effet qu'une population, tout comme un individu, éprouve le besoin de se venger. De là à passer aux actes d'une telle façon abominable pour les victimes innocentes, il y a une grande marge. Le problème de l'Islam radical, c'est sa tendance congénitale à la violence, tendance cultivée par des hommes et transmise à leurs femmes par des moyens mis en relief par M. Truffaut : domination de leurs femmes, viols, etc., de sorte que ces femmes « sont devenues aussi les victimes de leurs coreligionnaires. »

    Le conflit, selon M. Truffaut, s'étend à tout le Caucase maintenant. J'oserais faire un pas de plus et soutenir que le conflit que suscite l'Islam radical actuel est en train de s'étendre à tout l'Occident. Informez-vous de ce qu'est devenue la rue des Poissonniers à Paris : possession islamiste où les policiers n'osent plus aller débloquer cette rue fermée à la circulation par les islamistes qui s'y rencontrent par centaines pour «la prière». La prière ? Plutôt acte d'expansion, prise de possession, imposition de leurs exigences partout où un État n'ose pas légiférer de façon audacieuse contre leurs menées. Et quand un État comme la Russie le fait, c'est le carnage kamikase.

    Jusque ces derniers jours, je faisais une nette distinction entre l'Islam et l'Islamisme. Mais voilà qu'un Jésuite vivant en Égypte nous dit clairement que l'islamisme n'est pas différent de l'Islam ; il en est même la quintessence, le retour à la source, l'expression la plus pure. http://www.youtube.com/watch?v=-_iAUHMVIoU

    Je comprends maintenant pourquoi les musulmans que j'appelais «modérés» n'osent pas mettre leurs coreligionnaires en question : ils se feraient traiter de «déviants», sinon d'islamophobes. J'ai maintenant suffisamment d'informations sur l'Islam pour penser que le père Boulad a raison. Cette secte née en Arabie au septième siècle et devenue guerrière dès le déménagement de Mahomet à Médine, la voilà en train, comme l'a avoué candidement M. Mehdi dans l'une de ses réactions, de conquérir tout l'Occident, grâce à sa natalité et à son prosélytisme, mot très faible pour désigner l'esprit conquérant de ses adeptes.

    JPA

  • Minona Léveillé - Inscrite 30 mars 2010 11 h 36

    Le sang des innocents

    La souffrance n'est jamais une justification pour commettre des attentats. On ne peut jamais laver une injustice dans le sang, surtout celui des innocents, on ne fait que l'étendre davantage. On ne construit jamais un monde plus juste sur des cadavres, on ne fait que radicaliser les positions des uns et des autres en jetant de l'huile sur le feu. La force a-t-elle déjà réglé quelque chose? Non. La vengeance non plus.

    La vengeance est une bête qui se nourri d'elle-même. La loi du Talion ne peut mener qu'à une guerre sans fin, puisqu'il restera toujours des innocents à blâmer. La Terre serait un meilleur endoit ou vivre si les personnes qui souffrent cessaient de chercher des boucs-émissaires.

    Si j'avais écris un livre religieux, j'y aurais inclu cette maxime: si tu es en conflit avec une personne, n'étend par ta colère à son peuple. J'ajouterais "Rappelles-toi que la vengeance n'est pas la justice".