Crise entre les États-Unis et Israël - Le provocateur

Les relations d'Israël avec les États-Unis, son plus fidèle allié, sont empreintes d'acrimonie, voire de colère, comme jamais en trente ans. L'origine de ce froid? Benjamin Nétanyahou s'est excusé du bout des lèvres pour la mise en scène au cours de laquelle une autre colonisation a été annoncée, sans ordonner l'arrêt de celle-ci. Bref, le premier ministre israélien maintient son attitude de provocateur.

De deux choses l'une, soit Nétanyahou est un menteur, soit sa gestion des affaires de l'État est bancale. On s'explique. Dans la foulée de l'humiliation servie au vice-président Joe Biden, «Bibi», ainsi qu'on le surnomme, a affirmé qu'il ne savait pas que l'information concernant la construction de centaines de logements serait formulée à voix haute alors que Biden était dans les environs. Si tel est le cas, cela signifie qu'il ne maîtrise pas ou qu'il fait peu de cas d'un dossier très délicat, pour ne pas dire explosif. De cela, on peut évidemment douter.

D'autant que lorsqu'on s'attarde aux divers éléments inhérents à ce dossier, notamment ceux présentant un caractère historique, tout porte à penser que l'annonce en question fut préméditée dans le but de geler les pourparlers avec les Palestiniens que l'envoyé spécial d'Obama dans la région, George Mitchell, essaye de réanimer depuis des mois. Le coup fait ces jours-ci à Biden, les Israéliens l'ont fait aux secrétaires d'État James Baker lorsque Bush père était président, à Madeleine Allbright lorsque Bill Clinton était à la Maison-Blanche, à Condoleezza Rice lorsque Bush fils était en poste.

L'épisode dont Allbright fut le sujet a ceci de particulièrement intéressant que Nétanyahou était alors premier ministre. Pendant que la secrétaire d'État s'envolait pour Tel-Aviv, il annonça l'implantation d'une colonie en Cisjordanie. Et comme aujourd'hui, il communiqua cette intention à quelques mois des... législatives américaines! Son pari politique? S'employer à retarder la tenue de énièmes négociations devant déboucher sur la création d'un État palestinien, en espérant que le sursaut dont les républicains bénéficient actuellement aux États-Unis se traduise par des gains rabaissant le Parti démocrate au rang de formation minoritaire au Congrès.

En attendant, «Bibi» a gagné une première manche. À la suite de l'affront fait à Biden, le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, n'a pas eu d'autre choix que de signifier à Mitchell qu'il annulait, pour l'instant du moins, la première ronde de négociations. Par contre, il pourrait bien, comme cela fut observé au milieu de la décennie antérieure, perdre la deuxième manche si Obama décidait d'imiter Clinton en adoptant à l'endroit de «Bibi» une politique plus musclée.

Paradoxalement, Israël a davantage besoin des États-Unis aujourd'hui qu'il y a dix ou vingt ans. La raison est toute simple: les ambitions nucléaires de l'Iran. C'est Obama et non Nétanyahou qui mène une guerre sourde pour contrecarrer les plans iraniens. C'est le chef de l'exécutif américain qui est au front, alors que le chef du gouvernement israélien est dans l'arrière-cour.

Dans un commentaire qu'il vient de consacrer à la passe d'armes entre Washington et Tel-Aviv, Martin Indyk, directeur de Foreign Policy et ex-ambassadeur des États-Unis en Israël sous Clinton, rappelle que lors de l'affront fait à Allbright, cette dernière avait fait passer le message suivant: «Dites à "Bibi" de se préoccuper un peu moins de ses colons et un peu plus des États-Unis.» Obama devrait reprendre cet avertissement à son compte.

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1 commentaire
  • Jean-Pierre Audet - Abonné 18 mars 2010 10 h 15

    Le noeud de tous les problèmes


    On a beau ces jours-ci trouver dangereuses les visées islamistes en Occident, il reste que le noeud de tous les problèmes liés au terrorisme gît entre Israël et la Palestine.

    Le gouvernement de Netanyahou est d'une audace telle que seule sa conviction que le navire d'Obama et des démocrates américains prend l'eau peut permettre à un si petit pays de se moquer de façon éhontée du pays le plus puissant de la planète, comme il fait d’ailleurs avec l'ONU depuis des décennies.

    Un grand mystère plane sur les intentions du gouvernement israélien face à la Palestine et aux USA. Ces gens ne voient-ils pas que la croisade américaine contre l'Iran joue en leur faveur. Ne serait-il pas sage pour un gouvernement si menacé de tout faire pour ne pas indisposer son allié de toujours ? L'installation accélérée de colonies juives, maintenant à Jérusalem Est, pourrait-elle leur faire espérer que le temps finira par jouer en leur faveur et qu'un jour il sera trop tard pour les Palestiniens, quel qu'ait été leur rêve d'un pays bien à eux dans lequel il leur serait loisible de se déplacer en toute quiétude?

    À voir se multiplier depuis Bush fils les invasions occidentales au Moyen-Orient, il est facile d'imaginer la somme de rancune accumulée tant chez les Arabes en général que chez les musulmans en particulier. De sorte que se comprend sans se justifier pour autant tout ce boucan que fait en Europe et maintenant chez nous la frange intégriste et radicale de l'Islam : l'islamisme s'affichant partout grâce à la soumission acceptée de ses femmes voilées.

    On sait maintenant que le voile intégral est un reliquat d'un tribalisme ancien dans quelques pays dont l'Arabie Saoudite et l'Afghanistan. Le simple voile n'était peut-être pas clairement issu du Coran. Il reste que les femmes qui le portent chez nous font référence au voile de l'obéissance à Dieu. Et ce qu'elles ne mentionnent que poussées dans leurs derniers retranchements : obéissance aussi à leurs hommes.

    La position des intellectuels pour une laïcité stricte et pluraliste n'est donc pas une position contre l'Islam, mais bien pour un principe qui ne devrait plus faire question en ce 21e siècle : le principe de l'égalité entre les hommes et les femmes. Et que l'on s'entende bien : dans un État laïque, les femmes voilées de façon non intégrale garderaient toute liberté de circuler partout. Ce qui ne leur serait plus accessible, ce sont des postes dans nos services étatiques. Et cette interdiction devrait leur être clairement signifiée dès leur demande d'immigration chez nous. À bon entendeur salut !

    JPA