Crise financière grecque - L'oeuf ou la poule

Heurts violents avec la police, transports publics en grève, transport aérien paralysé, des milliers de personnes exprimant leur colère dans les rues d'Athènes et de Salonique, telle est la liste, succincte, des conséquences socio-politiques du troisième plan d'austérité décidé par le gouvernement grec. De la journée d'hier, un épisode doit être relevé: la manifestation organisée par le KKK, parti communiste qualifié d'ultra-orthodoxe, a attiré 12 000 personnes.

Cette vague de protestations s'est poursuivie alors que simultanément, le flou qui fait paravent à des prêts de l'Union européenne (UE) ou du Fonds monétaire international (FMI) s'épaississait. Plus exactement lorsqu'il y avait précision ici, là s'ajoutait une ombre. La précision? Angela Merkel a souligné que l'Allemagne, premier argentier de l'UE, n'accorderait pas un sou.

Dans cette attitude, il y a tout d'abord un réflexe de politique intérieure. La grande majorité des Allemands veut le respect d'une décision prise, il y a vingt ans, par leur Cour suprême. En échange de l'abandon du mark, le sacrifice demandé aux Allemands par traité de Maastricht interposé, les juges stipulèrent que la charte de la Banque centrale européenne (BCE) devait inclure une clause interdisant toute aide de cette dernière à un pays en délicatesse financière. Cette clause fut introduite dans la charte en question. Tout comme fut interdit tout prêt d'un État à un autre.

De fait, en Allemagne, des experts ont prévenu ces jours-ci que si Berlin ou Bruxelles effectuaient des contorsions juridiques pour contourner le cahier des charges de la BCE, ils s'exposeraient à d'éventuelles poursuites. Le hic, c'est que Nicolas Sarkozy n'a jamais dit qu'il était farouchement opposé à des aides bilatérales ou de la BCE. Demain, le premier ministre grec Georges Papandréou rencontrera son homologue français avec une idée en tête qui va complexifier le casse-tête.

Sachant que les gouvernements du Vieux Continent se partageaient entre hésitations et refus malgré les effets de manche oraux sur la solidarité, le chef d'État grec a indiqué lors du Conseil des ministres au cours duquel la troisième mouture de son plan d'austérité a été exposée qu'il n'écartait pas du tout le recours FMI. Et alors? Président de la BCE, Jean-Claude Trichet, y est très hostile tout comme Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe qui rassemble les ministres des Finances des nations qui partagent l'euro.

En clair, la Grèce est membre d'une organisation, l'UE, qui ne veut pas la secourir et qui ne veut pas apercevoir le pied du FMI sur son territoire alors qu'elle est également membre de ce dernier. C'est à se demander comment l'UE peut éviter un examen de conscience pour rayer ce jeu se résumant à: je t'aime moi non plus.

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4 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 6 mars 2010 11 h 20

    L'appui des grands États, comme l'allemagne et la France, se fera par l'entremise des banques qui obtiendront l'appui des grands États

    La Grèce devait démontrer qu'elle était disposée à appliquer la discipline économique et monétaire requise de tous les États qui ont adopté l'euro. Ce qu'elle n'avait pas fait jusque là. En retour, l'Allemagne, la France et d'autres pays de la zône euro ont offert des garanties de soutien aux banques qui achèteraient des obligations émises par la Grèce. Ainsi, la Grèce a été soutenue par ses partenaires de la zône euro, et de l'Union européenne au complet. Mais cette solidarité a un prix: la discipline. Et cette discipline a un nom: L'union politique. Et cette crise contient des enseignements pour nous.

    Les difficultés financières de la Grèce et la réaction de ses partenaires européens. Une source de réflexion salutaire pour les Québécois. Une union monétaire Canada-Québec ne pourrait pas fonctionner sans une intime coordination économique et politique.
    Résumons. Au coeur du débat entre les pays qui partagent l'euro, on entend des experts soutenir avec femeté que "les États qui partagent une monnaie unique ne doivent plus s'accrocher à des apparences de souveraineté économique".

    Et des personnalités politiques affirment que "la participation à la zone euro ne peut se limiter à la gestion monétaire, elle doit aussi s'étendre à la gestion économique des États qui en sont membres".

    Imaginons maintenant comment se dérouleraient les négociations, entre un Québec éventuellement souverain, qui utiliserait le dollar canadien, et les autorités de la Banque centrale et les politiciens fédéraux. Pas faciles... Qu'on soit lucide ou solidaire. Les Européens nous rappellent aujourd'hui, et de façon non équivoque, que posséder une même monnaie implique nécessairement que les partenaires appliquent les mêmes règles budgétaires, la même discipline monétaire et la même rigueur dans la gestions de l'économie. En somme, qu'ils renoncent à s'accrocher à des "apparences de souveraineté économique". Et personne ne conteste que les taux d'intérèts et le niveau de la masse monétaire soient toujours décidés par la Banque centrale, compte tenu de la situation qui prévaut dans l'ensemble de la zône économique. Dison-nous qu'au au Canada, la Banque centrale n'ignorera pas l'intérèt des 25 millions de Canadiens.

    Donc, qu'un Québec éventuellement souverain choisisse le dollar canadien ou le dollar américain, la marge de souveraineté dans ses politiques financière, budgétaire et économiques sera toujours aussi mince qu'elle l'est maintenant, et elle pourrait même devenir plus mince. Faut-il faire l'indépendance pour revenir à celà

    Voyons comment se présente la situation vue par des observateurs européens. - La crise financière grecque, qui est loin d'être terminée, a déjà montré qu'une politique monétaire au niveau fédérale et des politiques économiques et budgétaires gérées de façon non cordonnées au niveaux nationales, cela ne peut pas fonctionner durablement. «Il y a une prise de conscience de ce problème chez les Vingt-Sept partenaires de l'Union européenne», a souligné jeudi après-midi, devant le Parlement européen, le président de la Commission, José Manuel Durão Barroso, approuvé par Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen des chefs d'État et de gouvernement.

    Le débat sur l'après-crise a donc commencé et chacun s'accorde à reconnaître que la zone euro ne pourra pas faire l'économie d'un véritable «gouvernement économique». «Les conditions pour un saut qualitatif dans l'intégration sont réunies», analyse un diplomate d'un grand pays. «La véritable mise sous tutelle de la Grèce, décidée par l'Eurogroupe le 15 février, aurait tout simplement été inimaginable il y a quelques mois, souligne un diplomate européen. On est au-delà d'une simple application des traités européens. Nous sommes en train de les modifier sans le dire pour faire entrer dans les faits un véritable gouvernement économique de la zone euro.»

    Depuis quelques jours, des experts de la Commission et de la Banque centrale européenne sont à Athènes pour éplucher les comptes grecs, assistés par le Fonds monétaire international (FMI) qui sait, mieux que bien d'autres, auditer les finances publiques. Leur but: s'assurer que le pays ne cache rien et prend les mesures d'austérité adéquates pour réduire son déficit public de 4 % du PIB, comme il s'y est engagé, et comme s'y sont engagés tous les pays qui partagent l'euro comme monnaie. C'est seulement à cette condition que ses partenaires de la zone euro lui viendront en aide si les marchés continuent à exiger des taux d'intérêt trop élevés pour lui prêter de l'argent.

    Les députés européens, lors du débat organisé jeudi dernier sur les leçons à tirer de la crise grecque, ont estimé qu'il fallait aller encore plus loin. Ainsi, le Français Joseph Daul, président du groupe des conservateurs, le plus important du Parlement européen, a repris à son compte les propositions de l'ancien premier ministre français Édouard Balladur. Dans une tribune publiée dans Le Figaro du 18 février, M. Balladur estimait que «la participation à la zone euro, appelé l'Eurogroupe, ne peut se limiter à la gestion monétaire, elle doit aussi s'étendre à la gestion économique des États qui en sont membres». De son côté, Jean-Claude Juncker, premier ministre luxembourgeois et président de cette enceinte qui réunit les ministres des Finances du groupe, soutient que l'Eurogroupe devrait «approuver les projets de budget élaborés par les gouvernements avant que ceux-ci ne soient soumis à leurs Parlements respectifs».

    Et Joseph Daul conclut que: "Les États ne doivent plus s'accrocher à des apparences de souveraineté économique" qui ne sont que "des faux-semblants". Guy Verhofstadt, le président du groupe libéral et démocrate, au Parlement européen, propose, lui, de créer un «fonds monétaire européen» capable d'émettre des emprunts. De fait, si l'Union dispose d'un fonds de 50 milliards d'euros pour aider les pays de l'UE hors zone euro, elle n'a aucun instrument équivalent pour la zone euro. José Manuel Barroso, président de la Commission, prudent, espère que "les petits intérêts nationaux n'empêcheront pas la mise en place d'une plus grande coordination et d'une vraie gouvernance européenne" -.
    Il ne faudrait donc pas oublier de demander à ceux qui proposent aux Québécois souveraineté ou indépendance de mener une réflexion sérieuse sur cet aspect de la question. Une union monétaire peut-elle subsister sans une union politique?

    Georges Paquet

  • pierre savard - Inscrit 8 mars 2010 07 h 04

    Communisme ???

    Ca existe encore des gens qui croient sérieusement au communisme ???? Le communisme n'a apporté que ruines, crimes, goulags, tueries, misères, famines, perte de libertés, etc. Le KKK est un dinosaure politique digne des années 1930.

  • Geoffroi - Inscrit 8 mars 2010 10 h 38

    Eurosceptique

    @ M. Paquet :

    Les pays de l'euro ne forment pas encore une union politique. Tant mieux pour les plus petits comme la Grèce. Ils ont beaucoup plus de marge de manoeuvre. Ainsi dans un Québec indépendant: on se fout de l'harmonisation TPS et TVQ et on a tout notre argent.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 8 mars 2010 11 h 17

    Corrigez-moi

    Il me semble que ledit parti communiste est le KKE et non le KKK (Ku Klux Klan) dont l'étymologie est grecque mais l'appartenance américaine. Il a été fondé en 1918.

    Les partis républicain américain et conservateur canadien furent fondés la même année, 1854, bien longtemps après l'extinction des dinosaures, mais tout de même bien avant le dinosaure communiste grec.