Les écoles passerelles - Oser le bon choix

Le Conseil de la langue française invite le gouvernement québécois à assujettir les écoles privées non subventionnées à la Charte de la langue française. Ce serait à son avis la voie la plus assurée pour mettre fin au recours à des écoles passerelles pour «acheter» un droit d'accès à l'école anglaise à des enfants qui autrement n'y seraient pas admissibles. C'est une voie dans laquelle il ne faut pas hésiter à s'engager.

Ce débat sur les écoles passerelles a été rouvert l'automne dernier par la Cour suprême. Invalidant le projet de loi 104, elle ordonnait à Québec de mettre en place, pour la rentrée de septembre prochain, un nouveau cadre réglementaire ou législatif. Selon elle, ce projet de loi adopté en 2002 péchait en rejetant d'emblée le parcours pédagogique d'un enfant en anglais sous le prétexte d'un recours à des subterfuges pour fréquenter une école anglophone. Il faut plutôt évaluer le parcours de chaque enfant qui, par sa durée ou autrement, pourrait être valable.

Le gouvernement Charest est l'objet de pressions de son électorat anglophone, qui l'invite à la prudence, voire à profiter de l'occasion pour assouplir l'accès à l'école anglaise. On le devine embêté, mais il n'y a pas lieu de craindre un retour en arrière. Lui et son parti ont concouru à l'adoption du projet de loi 104, qui fut voté à l'unanimité. Comme chef de gouvernement, il ne peut aujourd'hui, pas plus qu'hier, tolérer l'utilisation de subterfuges pour contourner la loi.

Le dilemme du premier ministre et de son gouvernement porte sur la méthode à suivre pour se conformer au jugement de la Cour suprême. Ne pouvant recourir à la clause nonobstant, qui ne s'applique pas en matière d'éducation, il n'a que deux options. Soit il suit les suggestions de la Cour et met en place, sur le plan administratif, un régime d'évaluation personnalisé des enfants qui s'engagent dans un parcours pédagogique à travers des écoles anglaises non subventionnées. Soit il soumet, comme le recommande le CLF, ces écoles à l'empire de la loi 101. En l'occurrence, cela signifierait que seuls les enfants anglophones québécois ou canadiens, ou encore les enfants de résidents temporaires ou bénéficiant d'une exemption spéciale, pourraient fréquenter les écoles anglophones non subventionnées.

L'analyse du Conseil de la langue est juste et bien pesée. La mise en place d'un régime d'évaluation à la pièce serait d'une grande complexité et ouvrirait la porte à des recours juridiques sans fin. Il demeurerait des incertitudes quant à la préservation du principe à la base de la loi 101, qui est de faire de l'école française le creuset d'intégration des immigrants à la société québécoise. Par ailleurs, en plaçant les écoles non subventionnées sous l'autorité de la loi 101, le gouvernement lèverait toute équivoque et enverrait un message clair à tous. Une approche, soulignons-le, qui ne va pas à l'encontre du jugement de la Cour suprême.

Ce gouvernement, à l'image de la société québécoise il faut le dire, se refuse souvent à faire des choix clairs, étant porté à la pratique d'aménagements raisonnables même lorsque ceux-ci deviennent, à leur face même, déraisonnables. Ce serait d'ailleurs aller en ce sens que de suivre la voie suggérée par la Cour suprême de juger à la pièce. Les débats récents sur la langue comme sur la laïcité devraient convaincre au contraire que le temps est venu d'affirmer clairement certaines choses à l'intention de ceux qui font le choix d'immigrer au Québec. D'affirmer que leur société d'accueil est française. D'affirmer que leurs enfants doivent fréquenter l'école française, en tout respect de la lettre et de l'esprit de la loi 101. Le gouvernement Charest n'a rien à craindre. Les Québécois l'appuieront s'il va dans cette voie.
17 commentaires
  • Suzanne Grenier - Abonnée 5 mars 2010 23 h 56

    pourquoi existaient-elles?

    Il me semblerait fondamental de savoir pourquoi on a un jour permis que ces écoles non subventionnées puissent se soustraire à la loi 101. Il devait bien avoir une raison et on peut se demander si cette raison est encore présente. Si oui, la solution proposée par le CLF n'est peut-être pas aussi magique.

  • arabe - Inscrit 6 mars 2010 05 h 38

    La disparition des écoles primaires et secondaires anglophones est-elle une priorité si brûlante?

    Entre disparition rapide de ces écoles et disparition plus lente, pourquoi ne pas avoir la grandeur d'âme de préférer la disparition lente?

    Sans écoles passerelles, les écoles élémentaires et secondaires publiques anglophones sont vouées à une lente disparition au Québec. C’est simple: toute communauté qui ne peut se ressourcer par l’immigration est vouée à la disparition, sauf si ses membres ont plus de 2,2 enfants par femme et ont un taux d’émigration (ou de mobilité hors-Québec) qui est nul. Or la communauté anglophone du Québec est très mobile. Donc l’attrition notée plus haut est plus rapide qu’il ne semble à première vue. Sans apport de l’immigration, il se peut que la communauté anglophone doive avoir plus de 3,2 enfants par femme pour que ses écoles primaires et secondaires publiques ne disparaissent pas.

    Avec les écoles passerelles, les écoles élémentaires et secondaires anglophones publiques sont vouées à une disparition un peu moins lente, mais une disparition quand même, car ces écoles ne suffisent pas à remplacer ce que la communauté anglophone perd par attrition.


    Une fois que les écoles élémentaires et secondaires anglophones publiques seront disparues, ce sera le début non pas de la fin, mais d’une sorte de mi-existence et de marginalisation pour la communauté anglophone.



    A défaut d'écoles passerelles, les immigrants en provenance de pays anglophones devraient avoir le droit d’envoyer leurs enfants à l’école de leur choix. Ainsi, il y aurait quand même disparition à terme des écoles élémentaires et secondaires anglophones publiques, mais de manière plus lente. Et la communauté pure-laine paraitrait un peu plus humaine, moins vindicative, et moins pleutre. Et elle ferait preuve d’un peu plus de confiance en elle-même.

  • arabe - Inscrit 6 mars 2010 05 h 44

    Arithmétique 101

    Evolution du nombre d’enfants dans les écoles anglophones du Québec :
    1971-1972 : 169 000.

    1994-1995 : 112 000

    2002-2003 : 105 000

    2006-2007 : 101 000

    2015-2016 : 88 000. Une diminution de 20 % en 20 ans. On peut prévoir que cette réduction de 20 % par 20 ans se poursuivra, à moins de changment imprévu dans le taux de natalité et dans le taux d’émigration de la commuanuté anlgophone. Donc :
    2055-2056 : 56 000 enfants dans les écoles primaires et secondaires anglophones.

    2095-2096 : 36 000

    2115-2116 : 29 000. Une réduction de 70 % par siècle.

    2215-2216 : 8 700

    2315-2316 : 2 600

    2415-2416 : 780 enfants dans les écoles primaires et secondaires anglophones publiques du Québec.

    Bingo et mission accomplie, dirait Camille Laurin : tout s’est fait en douceur.

  • notario - Inscrit 6 mars 2010 06 h 15

    osera-til ?



    Monsieur Charest osera-t-il ?....chacun de ses gestes visent à protéger sa clientèle électorale.pour lui la défense des intérets québécois passent après les siens et sa carrière.............la communauté anglophone est sa base électorale, il ne faut pas l'oubliée....

  • jacques noel - Inscrit 6 mars 2010 06 h 45

    La loi 101: une immense passoire

    La loi 101 a été votée en 1977: l'un des buts était de québéquiser les enfants des immigrants pour en faire des Québécois comme l'école canadian en fait des Canadians.
    Trente-trois ans plus tard:

    Sur 9,717 élèves qui ont l'italien comme langue maternelle, 8475 étudient en anglais! Belle réussite.

    Sur 3653 élèves grecques, 1794 étudient en anglais

    Sur 3434 élèves tamouls, 1414 étudient en anglais

    Sur 2918 élèves portugais, 1001 étudient en anglais

    Sur 2268 élèves ourdais, 601 étudient en anglais

    Sur 1826 élèves penjabis, 504 étudient en anglais

    Sur 1475 élèves yiddish, 1050 étudient en anglais

    Sur 920 élèves gujaratis, 408 étudient en anglais

    Sur 647 élèves coréens, 263 étudient en anglais


    http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/i