Budget fédéral - Pourvu qu'il fasse beau !

Contrairement aux craintes légitimes exprimées par tout un chacun après la lecture du discours du Trône, mercredi, le cinquième budget du gouvernement de Stephen Harper contient de mauvaises nouvelles pour les contribuables, mais aussi très peu de mesures structurantes pour l'économie. Prions pour que la croissance s'installe à demeure, sinon le château de cartes ne tiendra pas le coup.

Si les prévisions du ministre des Finances Jim Flaherty s'avèrent, le pays sortira de sa mauvaise posture financière sans avoir à consentir tellement d'efforts. En effet, si l'on se fie à ses calculs, seule l'administration fédérale serait appelée à se serrer la ceinture, et encore: aucun gel des salaires n'est envisagé, sauf pour les députés et les ministres. Malgré cela, le déficit fédéral qui atteint 53,8 milliards cette année aura fondu de moitié d'ici deux ans et ne sera plus qu'un vague souvenir en 2016.

Comment cela est-il possible? Il y a la réponse officielle et celle qu'il faut lire entre les lignes.

En ne renouvelant pas les dépenses temporaires de relance de l'économie comme le programme d'infrastructures et le crédit à la rénovation résidentielle, Ottawa coupe son déficit en deux dès 2011-12. Par la suite, tout repose sur la croissance, qui devrait, espère-t-on, renflouer les coffres au même moment où le gouvernement s'engage à ralentir l'augmentation de ses dépenses à 1,3 % par année tout au plus.

Parmi les postes les plus affectés par ce ralentissement, il y aura la Défense une fois la mission offensive terminée en Afghanistan, la diminution des coûts de la machine bureaucratique et le plafonnement de l'aide internationale à 5 milliards par année au lieu de la hausse récurrente de 8 % annoncée en 2002.

En lisant entre les lignes, on peut toutefois trouver autre chose. Rappelons d'abord que l'entente entre Ottawa et les provinces qui procure 6 % de plus chaque année à ces dernières pour la gestion des réseaux de santé doit être renégociée d'ici 2013: des milliards sont en jeu.

Puis il y a cette autre vache à lait du gouvernement fédéral qui a pour nom l'assurance-emploi. Ottawa prévoit que les recettes de ce programme grimperont de 60 % d'ici cinq ans, d'abord pour faire face aux dépenses courantes du régime, mais aussi pour rembourser le déficit accumulé pendant la récession. En somme, même si la caisse a accumulé au-delà de 60 milliards de dollars d'excédents au cours de la dernière décennie, c'est aux travailleurs de demain que l'on va demander d'éponger les coûts de la présente récession, à raison d'au moins 8,2 milliards par année d'excédents des cotisations sur les prestations! Dire que les conservateurs étaient parmi les critiques les plus durs de cette astuce toute libérale!

Si l'on excepte quelques mesures somme toute marginales, telles le dédouanement des équipements importés par l'industrie manufacturière et l'aide à la production d'énergie à partir de la biomasse dans l'industrie forestière, ce budget ne contient rien qui justifie l'accent mis sur l'innovation dans le discours inaugural. Maintenant que le pays est sorti de la récession, les conservateurs reviennent à leur credo qui veut que, moins un gouvernement en fait, moins il nuit au développement économique. On peut ne pas être d'accord avec ce credo, et nous ne le sommes pas, mais il a le mérite d'être d'une simplicité terrifiante!

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