Discours du Trône conservateur - Du pareil au même

Le parlement canadien est de retour au travail après une absence de 62 jours. La prorogation surprise de la session le 30 décembre dernier avait suscité un tel niveau de critiques que les députés, tous partis confondus, n'ont désormais plus le choix de mettre les bouchées doubles. C'est l'intention que le gouvernement de Stephen Harper a cherché à exprimer hier dans le discours du trône, qui maintient pour l'essentiel la ligne directrice de ses politiques.

Cette prorogation devait permettre aux conservateurs d'avoir le temps de réfléchir aux orientations à donner aux pays. On nous avait promis une vision de l'avenir, mais cela n'était que paroles. On ne trouve dans cette longue litanie de projets et d'intentions rien qui pourrait nous donner une indication d'où en sera le Canada dans dix ans. Les partis d'opposition ont raison de le souligner, quoique rares sont les gouvernements qui ont su mettre de l'avant des projets qu'on pourrait qualifier d'actes fondateurs. Le dernier premier ministre à avoir défini et porté un des ces projets est Brian Mulroney avec l'accord de libre-échange signé avec les États-Unis.

La liste des projets inscrite à cette feuille de route du gouvernement qu'est le discours du Trône est infiniment longue. Pour tous les adopter, il faudra au Parlement plusieurs années de travail, ce que le statut minoritaire des conservateurs rend bien aléatoire. En matière de justice, ils reviennent avec plus de prison pour les crimes graves, y compris pour les adolescents. En matière d'énergie, ils proposent de faciliter l'exploitation des sables bitumineux en mettant en place des processus d'adoption des projets plus simples pour l'industrie; puis la renaissance canadienne de l'énergie nucléaire. Tous des projets qui relèvent d'une vision idéologique que l'on a appris à connaître depuis qu'ils sont au pouvoir. Tous des projets qui ne font pas consensus au Parlement, ni au sein de la population canadienne. Ils nourriront les affrontements partisans des prochains mois.

L'expression anglaise «more of the same» qualifie le mieux ce qu'est le programme du gouvernement, tant il est en continuité avec les précédents discours du Trône. À une exception près toutefois. En matière de gestion du déficit, le gouvernement apparaît déterminé à sabrer les dépenses comme l'illustre le gel des salaires des élus et des fonctionnaires ainsi que des budgets de fonctionnement des ministères. Cela frappera l'imagination, mais ce sera certainement insuffisant pour ramener graduellement à zéro le déficit de 56 milliards prévu pour l'année financière se terminant le 31 mars. S'ils maintiennent leur volonté de ne pas augmenter taxes et impôts et de protéger la santé et l'éducation, il leur faudra sabrer certains programmes. Le Québec s'inquiète de la péréquation. À raison.

Ce sera aussi du pareil au même quant à l'attitude qu'adoptera l'opposition au cours des prochains mois. Les trois partis sont encore plus batailleurs qu'ils l'étaient au moment de la prorogation. Par contre, ils ne sont nullement déterminés à défaire ce gouvernement, à qui ils accordent ainsi un sauf-conduit de plusieurs mois. On est destiné à assister à une guerre de tranchées peu productive qui repose sur des tactiques parlementaires plutôt que la défense d'un programme. Les libéraux tout particulièrement aiment bien faire les matamores, ce qui est bien utile pour cacher l'absence d'idées nouvelles et fortes. Leur défi sera de s'imposer comme une véritable solution de rechange aux conservateurs.

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