Panne ukrainienne - La pagaille

Égérie de la révolution orange qui renversa il y a quatre ans le gouvernement pro-russe de l'Ukraine, Ioulia Timochenko a été renvoyée. Depuis hier, elle n'est plus première ministre. Sa révocation a été menée rondement par les élus qui soutiennent le président nouvellement élu Viktor Ianoukovitch, son adversaire lors du scrutin de février dernier, mais aussi voire surtout par les députés des courants qui composent sa coalition. Plus précisément, les parlementaires proches du président sortant, Viktor Iouchtchenko, l'autre héros de la révolution orange, ont scellé en fait le divorce avec Timochenko qu'ils jugeaient, avec raison d'ailleurs, aussi insaisissable qu'entêtée. Un jour, elle accusait Moscou; le lendemain, elle se contredisait.

Elle va donc rejoindre les rangs d'une opposition hétéroclite qu'elle aimerait bien diriger. Le hic, c'est qu'un contingent imposant en nombre de députés réclame déjà sa démission, son bilan de chef de gouvernement présentant les stigmates du populisme et de l'incompétence. En face, la situation n'est guère plus reluisante. En effet, les factions rassemblées au sein du Parti des régions qui a gagné l'élection présidentielle ne se sont pas parvenu à s'entendre pour former un cabinet de coalition.

L'Ukraine est donc aux prises avec une absence décisionnelle. Et alors? Si Ianoukovitch et ses alliés échouent à composer un gouvernement au cours des trente prochains jours, alors de nouvelles élections seront obligatoirement organisées. Bien évidemment, Timochenko entend avoir recours à tous les moyens que permet désormais le billard à trois bandes auquel ressemble le paysage politique du pays. Le pire, c'est que l'état de délabrement économique, et notamment des finances publiques, commande, exige des gestes immédiats.

En effet, plus les responsables tardent, plus la note qu'il faudra payer sera salée. Soyons terre-à-terre. Cela fait des semaines, voire des mois que l'on attend la publication du budget de l'exercice 2010. Et d'une. Et de deux, pour boucler l'année financière en cours, Kiev doit faire appel au Fonds monétaire international (FMI). Et alors? Si aucune coalition n'est portée au pouvoir, un taux d'intérêt élevé va se greffer à un loyer de l'argent déjà élevé.

C'est d'ailleurs à cause de cela, la gabegie constatée sur le front économique combinée à l'irresponsabilité des dirigeants, que les gros canons des États membres de l'Union européenne (UE), Angela Merkel et Nicolas Sarkozy au premier chef, ont clairement indiqué que l'adhésion de l'Ukraine n'est plus à l'ordre du jour de l'UE. Ni d'ailleurs à l'OTAN. Et ce, pour le plus grand plaisir du Kremlin, qui voit dans cette auberge espagnole qu'est l'Ukraine l'occasion d'atteindre l'objectif central à sa politique étrangère sur le Vieux Continent. Lequel? Épaissir son influence dans tous les anciens satellites de l'Union soviétique.

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