Obama et la bombe - Petit pas

Au printemps 2009, à Prague, Barack Obama s'était posé comme l'ardent avocat d'un monde débarrassé de la bombe nucléaire. À la faveur de ce discours qui avait suscité une vague d'espoirs et favorisé l'attribution du Nobel de la paix, le chef de l'exécutif s'était engagé à donner l'exemple tout en exhortant les propriétaires de l'arme suprême de l'imiter. À huit semaines du sommet international consacré à ce sujet et qu'il présidera, Obama a dévoilé l'essentiel de son programme en la matière. Et alors? Il est à inscrire à la rubrique mi-figue, mi-raisin.

S'il promet la destruction de milliers d'ogives ou têtes atomiques, il refuse l'abandon de la première frappe. Et comme il n'a pas fixé, du moins pour l'instant, les balises régentant le recours au nucléaire, beaucoup, y compris au sein du Parti démocrate, peinent à cacher une énorme inquiétude. La voici: en l'état, sa réforme n'interdirait pas l'usage de l'atome contre un pays ayant orchestré une attaque chimique ou biologique sans être en possession de la bombe.

S'il assure que le développement de nouvelles armes nucléaires sera interrompu, il ordonne du même coup la conception, la fabrication d'engins capables de produire autant de dommages que l'atome. Par exemple, il veut que les petits génies en explosifs et autres dessinent un missile pouvant toucher sa cible n'importe où dans le monde en une heure et à partir des États-Unis.

Au sein de sa propre formation, le moins que l'on puisse dire c'est que certains des leaders de celle-ci grincent des dents, quand ils ne grognent pas. Un, contrairement au président, ils jugent que l'arsenal nucléaire américain est là pour contrer exclusivement l'arsenal nucléaire d'un éventuel ennemi. Deux, ils reprochent à la Maison-Blanche d'envisager la conservation de l'option dite de la frappe préventive introduite par Bush fils, alors qu'ils attendaient de leur chef une coupure radicale d'avec la stratégie de ce dernier.

Ce qu'il faut bien nommer une «réformette» a été dévoilé alors qu'une étude, toute récente, de l'état des lieux en guerre milite pour le contraire de ce qui a été avancé. Dans le numéro de janvier de la sérieuse, donc instructive, revue Current History, Bruce Russett, professeur à Yale et auteur d'ouvrages sur les relations internationales, rappelle et insiste sur le fait que le progrès le plus remarquable des 60 dernières années s'avère en fait le moins remarqué: le monde d'aujourd'hui est beaucoup plus pacifié qu'il ne le fut de la fin de la Deuxième Guerre mondiale à la chute du Mur.

Après avoir dressé un inventaire chiffré des guerres et du nombre de morts, Russett constate que la somme des conflits, et donc des décès, des dix dernières années a énormément diminué. Il observe également que si le nombre de dictatures au lendemain de la Deuxième Guerre était de loin supérieur au nombre de démocraties, ce n'est plus du tout le cas. Autrement dit, le contexte qui prévaut actuellement, contexte sans guerre froide, commanderait une réforme logeant à l'enseigne de cette «réalité-vérité.»

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