Après l'Afghanistan - Le pari onusien

On sait depuis maintenant deux ans que le Canada se retirera d'Afghanistan en 2011. Ce qui attend par la suite l'armée canadienne n'a toutefois jamais fait l'objet d'un débat. C'est à ce vide que répond une étude du Canadian Defence and Foreign Affairs Institute qui conclut de miser sur l'ONU, un constat des plus justifiés.

Le 13 mars 2008, une motion conservatrice appuyée des libéraux annonçait que le Canada se retirera d'Afghanistan en 2011. Quelles missions attendront désormais les Forces canadiennes? La réponse se fait toujours attendre et la réflexion se fait d'autant plus en catimini que le Canada a perdu l'habitude de s'interroger à ce sujet: depuis presque 10 ans, 95 % de nos militaires sont engagés en Afghanistan. Il y avait bien peu de marge de manoeuvre pour d'autres interventions.

C'est pourquoi l'étude Qu'est-il advenu du maintien de la paix? L'avenir d'une tradition, dont Le Devoir faisait état hier, est si importante. Le portrait global des opérations de paix qui y est dressé pourrait même inspirer le gouvernement, dont des représentants rencontraient hier Jocelyn Coulon, l'un des auteurs de l'étude.

Le document a pour force de remettre en perspective les écueils vécus par l'ONU en Somalie, en Bosnie, en Angola et au Rwanda, qui avaient entraîné le retrait des pays occidentaux des missions de maintien de la paix. Ces quatre échecs ont toutefois été suivis d'autres opérations de paix qui ont donné «des résultats positifs mesurables et quantifiables», écrivent les auteurs. En fait, il y a eu, disent-ils, quelque 80 opérations de paix depuis 1989 et le recul de 20 ans permet d'affirmer aujourd'hui que le processus fonctionne, même si les gouvernements et les autorités militaires d'Occident semblent encore en douter.

En fait, au vu des résultats, il faut poser brutalement la question, comme le fait l'étude: «Le véritable débat est celui de la solidarité et de l'universalité. Les pays riches, dotés des forces militaires adéquates, sont-ils prêts à mettre celles-ci à la disposition de l'ONU dans le cadre de missions de paix où leur intérêt national n'est pas en jeu?»

La solidarité, la nécessité du multilatéralisme imposent de répondre par l'affirmative. Et vu son histoire, vu sa réputation (même si celle-ci est fortement embellie, pour ne pas dire mythifiée quand il s'agit de sa contribution à l'international, qu'il s'agisse d'aide ou de soutien à l'ONU), le Canada devrait être aux premières loges d'un tel nouveau départ. Son expérience sur le terrain afghan lui aura au moins donné l'expertise pour affronter des situations complexes. Et il est grand temps, pour la population canadienne, que notre armée cesse d'être perçue comme l'agresseur ou l'envahisseur, comme c'est le cas en Afghanistan.

De son côté, l'ONU a besoin de s'appuyer sur une armée professionnelle, dûment formée, tenue de répondre à des normes de haut niveau. Cela n'exclut ni les scandales ni les dérapages (la Somalie hier, les détenus afghans aujourd'hui), mais au moins l'opposition et l'opinion publique sont à l'affût — ce qui n'existe ni au Pakistan, ni au Bangladesh, ni en Inde, les trois pays qui participent le plus présentement aux missions onusiennes.

Il est compréhensible que l'ONU reste, aux yeux des militaires, ce grand machin dont parlait de Gaulle, où ils estiment avoir moins de contrôle qu'au sein de l'OTAN, dont ils maîtrisent la culture et le fonctionnement. Il y a toutefois un devoir de la part du Canada de jouer son rôle dans ce monde complexe. Pour y faire face, l'ONU est le lieu privilégié et c'est aux politiciens de le rappeler.

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jboileau@ledevoir.com

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1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 3 mars 2010 10 h 33

    État d'esprit et vigilance nécessaire

    Comme le mentionnait l'article d'hier sur la question: «Le refus des Occidentaux en général, et du gouvernement canadien en particulier, de distinguer le maintien de la paix et l'imposition de la paix afin de qualifier leurs interventions militaires est certainement le résultat d'une stratégie politique ayant comme objectif de faire accepter des interventions plus robustes par une opinion publique réticente». Malheureusement, en juillet 2011 les conservateurs risquent d'être encore au pouvoir et il me semble que les orientations qu'ils prennent en plusieurs domaines ne concordent pas avec l'état d'esprit nécessaire à favoriser les missions de maintien de la paix. L'opinion publique devra être des plus vigilante pour faire en sorte que la population soit maintenant consultée sur le futur du rôle de l'armée.