Arrestation d'un chef de l'ETA - Le déni

Présumé grand chef militaire de l'ETA, Ibon Arronategui a été arrêté en Normandie, soit à des centaines de kilomètres de la frontière franco-espagnole. S'il s'avère qu'il était bien l'architecte clandestin des coups fourrés menés la baïonnette au fusil, alors, ce sera la troisième fois en deux ans que l'état-major de cette organisation se retrouvera derrière les barreaux.

C'est également la troisième fois que ces opérations sont effectuées conjointement par les polices espagnole et française. Autrement dit, il se confirme, si besoin était, que la frange jusqu'au-boutiste du nationalisme basque a fait de la France sa base arrière, son territoire de repli. Quoi d'autre? Les arrestations réalisées en fin de semaine présentent une singularité: contrairement à ce que croyaient les limiers franco-espagnols, la direction du mouvement n'est pas dans une phase de rajeunissement accéléré. Ibon Arronategui a la cinquantaine bien entamée.

Cette persistance qui se moque des lignes démographiques s'explique en partie par le fait suivant: l'énorme difficulté qu'ont les Espagnols en général, les élus en particulier, à exhumer les tares du franquisme, à observer le devoir de mémoire sur une dictature ayant plongé le pays dans la noirceur pendant une quarantaine d'années. On se souviendra que, lors des premières heures de la démocratie, les courants politiques ont fait un pacte.

Lequel? Dans le contexte constitutionnel négocié en 1977 par les héritiers de Franco et les partis du centre de la droite et de la gauche naissante, on a convenu que ceux qui avaient jeté des milliers de personnes en prison, qui en avaient exécuté autant, sans compter ces autres milliers qui s'étaient exilées en majorité en France, ne seraient pas inquiétés, pas jugés. Bref, on a mis l'histoire sous une banquise de glace et, ce faisant, interdit aux victimes tout accès au territoire de la dignité. On s'est complu dans le déni de réalité.

Cette attitude a eu pour conséquence de renforcer le nationalisme, ce machisme anthropologique, au sein d'une frange importante de la population basque. Pour cette dernière, la démocratie telle qu'elle a été définie par les autorités espagnoles à l'aube des années 80 perpétue en fait la dictature franquiste. Les gouvernements de gauche comme de droite ont beau avoir été portés au pouvoir et défaits, rien n'y fait: les indépendantistes les perçoivent encore et toujours comme des suppôts du phalangisme. Il faut dire qu'ils ont en partie raison.

En effet, il est exact que, sous la houlette de José Aznar, le Parti populaire a intégré dans ses rangs des anciens dignitaires fascistes, et bien évidemment leurs idées. Ce faisant, on permet à certains Basques d'utiliser l'histoire comme procureur du temps présent. Et cela est terrible.

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