Droits et Démocratie - La tutelle

Ce qu'il ne pouvait faire directement, le gouvernement Harper l'a fait indirectement. Par la nomination d'une majorité de membres idéologiquement en phase avec la politique conservatrice au conseil d'administration de Droits et Démocratie, il a mis en tutelle cet organisme dont on avait voulu, au moment de sa création par une loi du Parlement canadien, qu'il soit, comme on aime dire à Ottawa, à «arm's lenght» du pouvoir politique même si son financement est public.

La nomination de Gérard Latulippe proposée par le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, pour assurer la succession de Rémy Beauregard à la tête de cet organisme est un pas de plus en ce sens. La crise actuelle ne fera que s'envenimer si M. Cannon persiste à imposer cette candidature.

L'expérience de M. Latulippe au sein du National Democratic Institute, une ONG américaine vouée à la promotion de la gouvernance démocratique, pourrait justifier sa nomination. Il est présentement directeur du National Democratic Institute en Haïti. Il a été aussi délégué du Québec à Bruxelles après un bref passage dans le gouvernement libéral de Robert Bourassa. Puis, en 2000, il devenait membre de l'Alliance canadienne dont il porta les couleurs dans la circonscription de Charlesbourg.

Ce lien partisan de M. Latulippe avec le gouvernement inquiète. Encore plus ses opinions sur la peine de mort et sur l'homosexualité qui confirment sa proximité idéologique avec les conservateurs. Pour diriger un organisme voué à la promotion des droits, cela pose un problème qui semble ne préoccuper nullement le ministre.

Les partis d'opposition ne détiennent pas de veto formel sur la nomination du président de Droits et Démocratie, mais on a toujours par le passé recherché leur appui qu'ils refusent cette fois. Il faut craindre que le gouvernement veuille imposer son candidat malgré tout. Le ministre Cannon n'a pas caché être tout à fait d'accord avec la reprise en main de cet organisme par le conseil d'administration pour aligner ses interventions sur les politiques du gouvernement. Avec un Gérard Latulippe à la direction, la tutelle serait vraiment totale.

Le ministre proposerait-il une autre candidature plus acceptable que cela ne changerait pas vraiment les choses. Un candidat plus progressiste, confronté à l'actuel conseil, n'aurait aucune latitude pour diriger son organisme. Voudrait-on assurer à Droits et Démocratie l'indépendance nécessaire pour remplir son mandat qu'il faudrait commencer par remplacer Aurel Braun à la présidence du conseil par une personne approchant la promotion des droits de la personne dans un esprit universel et non idéologique. On a bien peu d'espoir à cet égard. Dommage! C'est l'une des plus belles réalisations du Canada en matière de droits, conçue dans un esprit d'ouverture. Le message est clair pour tous les organismes canadiens oeuvrant en matière de développement. Ils devront agir en conformité avec les valeurs du gouvernement conservateur.

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3 commentaires
  • Jean de Cuir - Abonné 1 mars 2010 10 h 56

    Curieux

    On ne se souvient pas que c' est Mme Eleanor Roosevelt qui a présidé, la première, la commission des droits de l'homme ( sic) après la pomulgation de la Déclaration en 1948 par les Nations-Unies. Il faudrait peut-être relire cette déclaration. Comment peut-on nier que la commision des droits et libertés doit apparaître non seulement indépendante de toute ingérence gouvernementale soit directement ou indirectement, mais aussi animée par des personnes qui s`inspirent d`une "conception commune de ces droits et libertés (ce qui )est de la plus haute importance pour remplir pleinement cet engagement,`" (un des considérants)
    Et l`article 30 est un avertissement on ne peut plus clair :
    Article 30
    Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant, pour un État, un groupement ou un individu, un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.`"
    Bien sûr, ce gouvernement protestera qu`il ne se livre pas à `"à une activité visant la destruction des droits et libertés". En effet. Mais quel argumentaire peut-il mettre de l`avant, si de fait les nominations sont non seulement partisannes, mais nettement inspirées d`une idéologie pilotée par un parti ayant des parti-pris aussi affiché pro Israël, de plus pro juif ( l`action de M. J. Gauthier) et pro B`nai Britt -- qui ne représente pas la judaïté, mais seulement sa conception de celle-ci. Faudrait-il citer toute la déclaration?
    Il serait souhaitable que ce type de nomination soit confié au Parlement et soumis à l`examen d`un comité parlementaire et qu`il y ait une liste établie par la communauté des juristes.

  • Jean C. Lemieux - Inscrit 1 mars 2010 21 h 28

    LA TÊTE À LA BONNE PLACE

    La démocratie et les droits qui en découlent -si on oublie les expériences des républiques d'Athènes et de Rome - ont été inventés par les philsophes européens du XVIIIième siècle et appliqués pour la première fois par les Founding Fathers aux USA, pour l'avancement du monde civilisé judéo-chrétien. Ces concepts n'ont aucune application dans les sociétés et cultures qui n'acceptent pas ou rejettent nos valeurs occidentales, en particulier la mouvance islamique.
    Comme canadiens nous devons nous féliciter que notre gouvernement garde la tête à la bonne place et nous préserve des subversions et extorsions auxquelles nos chartes et nos tribunaux moumounes pourraient prêter le flanc.

  • Germain Bilodeau - Inscrit 2 mars 2010 13 h 03

    Assassinat de Droits et Démocratie.

    M. Harper s'apprête à créer son propre organisme semblable à Droits et Démocratie, créé par Brian Mulroney; ne doit-il pas d'abord discréditer puis assassiner l'organisme de son prédécesseur et père: n'est-ce pas Mulroney qui a permis l'unification du nouveau parti conservateur et de ce fait de l'avènement de son successeur et fils.