Crise financière en Grèce - Europe fragile

Plus les comptables de l'Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI) explorent les méandres financiers de la Grèce, plus les pires inquiétudes, envisagées il y a seulement une quinzaine de jours, s'avèrent. À tel point que certains acteurs de la scène économique craignent une implosion de la zone euro, les politiciens européens n'étant toujours pas sur la même longueur d'onde.

La semaine qui vient de s'écouler aura été pour la Grèce celle de la double peine. Un, les banques allemandes, surveillées plus que jamais par l'État depuis que celui-ci les a secourues à l'automne 2008, ont indiqué les unes après les autres qu'il n'était pas question d'acheter les bons du Trésor émis par Athènes dans le but de respecter ses obligations financières. Deux, des gouvernements comme des établissements financiers ont dit qu'il était toujours dans leur intention d'aider la Grèce, à condition que le premier ministre, Georges Papandréou, impose des mesures plus draconiennes que celles avec lesquelles il a jonglé jusqu'à présent et qui ont convaincu des milliers et des milliers de citoyens de descendre dans la rue. Entre ces deux actes, c'est à noter, l'intérêt sur l'emprunt grec a augmenté.

Au terme de cette semaine damnée, Papandréou est intervenu sur la place publique pour décliner le propos suivant: «L'histoire a confirmé nos pires craintes. Les dommages sont incalculables, ce n'est pas seulement financier ou budgétaire, mais cela fragilise aussi la position de l'État.» Fragilise la position de l'État... On savait que cette déstabilisation découlait du maquillage que les gouvernements grecs successifs avaient effectué avec la collaboration très intéressée de Goldman Sachs, on savait moins ou plutôt on mesurait moins combien l'offensive orchestrée début décembre par les fonds d'investissement avait été violente, brutale.

En fait, c'est tout simple, ces derniers ont infligé à la Grèce la correction imposée il y a deux ans aux établissements qui s'étaient gavés de Credit Default Swap (CDS), soit ce produit financier qui, entre autres qualités, possède celle-ci: ce type d'assurance qui ne porte pas son nom échappe à toute réglementation. On se souviendra qu'en 2008, le gouvernement allemand avait secouru les grandes banques du pays qui croulaient sous les subprimes, CDS et consorts. Ces fonds, sachant pertinemment que ces banques étaient par ailleurs les plus grosses détentrices de la dette grecque, ont ciblé le maillon faible des pays dits du Club Med. Ils ont misé des millions et des millions contre la Grèce, mais également contre les établissements allemands et contre l'euro. Après, l'on s'étonnera que Georges Soros, un financier, un banquier et non un hurluberlu marxiste de stricte obédience albanaise, ait qualifié le CDS «d'arme de destruction massive.»

Le dossier est loin d'être clos que l'on évoque déjà, et avec fermeté, au sein de l'Eurogroupe qui rassemble les ministres des Finances de la zone euro, la nécessité pour les États de plancher à court terme sur un autre chapitre de la construction européenne. De quoi s'agit-il? Les gouvernements des États qui partagent cette monnaie doivent mieux coordonner leurs politiques économiques. On propose même que le budget de telle nation soit approuvé par les autres gouvernements avant qu'il soit présenté au Parlement, donc aux élus. À l'évidence, on a oublié que les électeurs néerlandais et français avaient rejeté la constitution parce que l'économie avait justement pris l'ascendant sur la politique. Ça va tanguer!

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1 commentaire
  • Catherine Paquet - Abonnée 1 mars 2010 07 h 47

    Il y a de quoi faire réfléchir les Québécois.

    Voyez ce que partager une même monnaie veut dire. Que le budget de chaque État soit approuvé par les autres gouvernements avant qu'il ne soit présenté au Parlement, donc aux élus de cet État.

    Et on a entendu ces derniers jours des personnalités politiques affirmer que "la participation à la zone euro ne peut se limiter à la gestion monétaire, elle doit aussi s'étendre à la gestion économique des États qui en sont membres".

    Imaginons maintenant comment se dérouleraient les négociations, entre un Québec éventuellement souverain, qui utiliserait le dollar canadien, et les autorités de la Banque centrale et les politiciens fédéraux. Pas faciles... Qu'on soit lucide ou solidaire.

    Les Européens nous rappellent aujourd'hui, et de façon non équivoque, que posséder une même monnaie implique nécessairement que les partenaires appliquent les mêmes règles budgétaires, la même discipline monétaire et la même rigueur dans la gestions de l'économie. En somme, qu'ils renoncent à s'accrocher à des "apparences de souveraineté économique". Et personne ne conteste que les taux d'intérèts et le niveau de la masse monétaire soient toujours décidés par la Banque centrale, compte tenu de la situation qui prévaut dans l'ensemble de la zône économique. Disons-nous donc qu'au au Canada, la Banque centrale n'ignorera pas l'intérèt des 25 millions de Canadiens.

    Donc, qu'un Québec éventuellement souverain choisisse le dollar canadien ou le dollar américain, la marge de souveraineté dans ses politiques financière, budgétaire et économiques sera toujours aussi mince qu'elle l'est maintenant, et elle pourrait même devenir plus mince. Faut-il faire l'indépendance pour revenir à celà?