Aide aux athlètes - Ça le vaut bien!

Les Jeux olympiques achèvent, la controverse quant au nombre de médailles remportées par le Canada s'est apaisée, mais le fond de l'affaire reste entier, soit l'avenir du programme d'aide aux athlètes olympiques.

Rebaptiser ce programme, dont la prétentieuse appellation «À nous le podium/Own the Podium» a maintenant fait l'objet de tous les sarcasmes, est une décision qui s'impose. Mais maintenir la totalité de son financement est encore plus important.

Le ministre d'État aux Sports, Gary Lunn, a indiqué cette semaine que le fédéral s'en tiendra à sa contribution de 11 millions par année et qu'il ne compensera pas le retrait des gouvernements provinciaux et des entreprises, qui versaient à leur tour 11 millions depuis la création du programme en 2005 en vue de Vancouver. Le déficit fédéral ne le permet pas, point à la ligne.

Disons plutôt que le gouvernement conservateur ne fait pas le choix politique du sport amateur. Après tout, la présence du Canada en Afghanistan nous coûte présentement 200 millions... par mois. Concrètement, cela signifie qu'en sept heures de présence militaire là-bas, l'entièreté des 22 millions dont «À nous le podium» a besoin pour une année est dépensée! La disproportion des sommes en cause est en soi un éditorial.

Il est vrai que le programme olympique avait été mis en place par un gouvernement libéral, dont les intérêts étaient moins monolithiques que ceux des conservateurs, tout entiers tournés vers la loi, l'ordre et la force. Néanmoins, le premier ministre Stephen Harper ne se prive pas de s'afficher aux côtés des médaillés à Vancouver et de souligner les «remarquables performances» auxquelles nous assistons.

Ces remarquables performances ont toutefois besoin d'un soutien que tous les pays auxquels le Canada peut se comparer (l'Australie ou les pays européens) offrent à leur élite sportive, et d'une manière beaucoup plus importante, soutenue et cohérente qu'ici. Le gouvernement conservateur préfère laisser cet appui au secteur privé, à la mode états-unienne. Mais la grosseur du marché, au sud de la frontière, permet de croire à un retour sur l'investissement qui n'a aucun équivalent pour les entreprises privées d'ici. L'appât de la tenue des Jeux à Vancouver étant disparu, la logique d'affaires du rapport coûts-bénéfices reprend ses droits.

Un gouvernement, lui, n'a pas à emprunter d'aussi courtes vues. Il faut des années pour développer des champions et le soutien peut aller dans le plus fin détail. En saut à ski, par exemple, l'équipe autrichienne a à sa disposition différentes combinaisons, adaptées au temps qu'il fait. Un luxe que le Canada ne peut s'offrir! «À nous le podium» dégage toutefois des sommes pour payer l'entraînement, des voyages, de l'équipement... En le coupant, on renvoie les athlètes, déjà abonnés aux sacrifices, à l'épuisante quête d'argent pour être à la hauteur de compétiteurs qui ont le même potentiel qu'eux, mais bien plus d'aide de leur pays.

Et puis exploits et médailles ravissent les foules et les politiciens. Tout cela vaut bien deux millions par mois!