1420, boulevard Mont-Royal - Baisser les bras

Les démissions s'additionnent autour du projet de conversion de l'ancien couvent Mont-Jésus-Marie en condos de prestige. Cette semaine, un de ces forfaits a pris une tournure heureuse, quoiqu'inattendue: ô surprise, dix conseillers du maire Gérald Tremblay manquaient à l'appel lors d'un vote crucial à propos d'un changement de zonage sur le mont Royal. Pour cause d'inhabilité politique, la résolution a été battue, offrant un sursis inespéré.

À la Ville de Montréal, l'opposition s'est saisie avec gourmandise de ce dossier. Il est un magnifique point de rencontre d'enjeux controversés: le développement sur le mont Royal, la préservation du patrimoine et les capacités des universités à s'improviser promoteurs immobiliers. Dans ce tumulte municipal, on risque d'oublier que si l'ancienne maison-mère des soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie subit une transformation extrême, c'est parce que son premier acheteur a baissé les bras.

L'Université de Montréal a acheté le couvent en 2003 d'une congrégation pour qui l'enseignement était le coeur de la vocation. En cédant cet édifice à un prix juste, les religieuses espéraient la protection d'un patrimoine bâti — construit en 1925, il abrite une impressionnante chapelle, réplique de la basilique romaine Sainte-Marie-Majeure, et un orgue Casavant — et la poursuite d'une mission d'éducation.

Pour justifier la revente, l'administration de l'UdeM a fait valoir que le contrat ne nommait pas cette obligation. Cela est assurément vrai. Et l'obligation morale, on le sait, n'ébranle pas les tribunaux, ce qui ne la rend néanmoins pas futile. L'Université, dont les murs grouillent d'expertise et d'excellence en architecture et en aménagement, a platement abandonné, évoquant des coûts de rénovation imprévus et de loin supérieurs à ses estimations. La vente, aujourd'hui soutenue par l'administration Tremblay, semble inévitable.

Cette démission est d'autant plus navrante qu'elle côtoie un plan directeur où trône pour l'UdeM l'espoir d'un nouveau campus sur le site de l'ancienne gare de triage d'Outremont. L'Université souffre, il est vrai, d'un important déficit d'espace et de la vétusté de certaines installations. Elle met le cap sur un Pavillon des sciences tout neuf, ne s'encombrant pas des rénovations à grands frais. L'administration n'est pas la seule à avoir «démissionné»: partout où elle a frappé pour chercher le soutien financier nécessaire, on a levé le nez. Le condo neuf a meilleure cote que la Faculté de théologie lorsqu'on sollicite les appuis!

Les universités cherchent à combler un sous-financement qui n'est pas virtuel. Cette détresse financière ne doit toutefois pas les mener à des décisions impulsives qu'on voudra nous présenter ensuite comme des choix «responsables». En vendant l'ancien couvent, l'UdeM donne l'impression de vouloir se débarrasser d'un fardeau encombrant. Il s'agit plutôt d'un joyau qu'elle s'était engagée à défendre.
1 commentaire
  • Frédéric Chiasson - Inscrit 26 février 2010 00 h 53

    Choix «responsable» ?

    La direction de l'Université dit que les rénovations du 1420 rue Mont-Royal coûteraient trop chers, et on dit que l'immeuble aurait des fenêtres barricadées dans quelques années. D'où l'intérêt de s'en débarasser au plus vite pour en faire des condos.
    Je suis étudiant en musique ayant souvent à faire au BRAMS (International Laboratory for BRAin, Music and Sound Research), qui a déjà ses bureaux au 1420 rue Notre-Dame. Avec les belles boiseries d'époque, les grands bureaux rénovés, l'équipement technologique de dernière pointe, on est loin de la vision d'horreur que nous propose la direction de l'Université ! Nous étions supposés avoir une nouvelle bibliothèque de musique dans cet édifice, à deux pas de la Faculté de musique. Est-ce que faire un nouvel édifice, qui risque d'être beaucoup plus laid que le 1420, en vaut vraiment la peine ? Coûte-il vraiment moins cher de construire du neuf que de rénover notre patrimoine ?
    Avec les nombreux scandales venant du monde de la construction, je commence à me demander si la direction de l'Université ne favorise pas plus les constructeurs que le bien-être de l'Université et de ses membres. Où sont les rapports qui prouvent ces coûts soi-disant exorbitants ? Peut-on faire confiance à ces rapports ?