Caisse de dépôt - Le bon père de famille

Surprise: la Caisse de dépôt et placement a réalisé un rendement de 10 % en 2009, soit plus que la rumeur le laissait prévoir. La Caisse accuse toujours un retard important par rapport à ses pairs, mais l'hémorragie semble endiguée et la nouvelle direction assure qu'elle ne tentera plus de jouer au casino avec l'argent des autres. C'est au moins ça de gagné!

Comme ses prédécesseurs, le président de la Caisse de dépôt, Michael Sabia, répète à qui veut l'entendre que c'est à long terme qu'on pourra juger de la qualité de son travail. On veut bien, mais après le résultat catastrophique de -25 % en 2008 et un premier semestre 2009 à rendement nul, ces 10 % ne suffiront pas à convaincre tout le monde.

Avouons tout de même que ce début n'est pas si mal, compte tenu du désert laissé par l'équipe précédente. Pour 10 de ses 17 portefeuilles, les résultats ont été meilleurs que les indices de référence. Ce fut le cas notamment du portefeuille d'actions, dont le rendement de 31,4 % a surpassé de quelques dixièmes de points l'indice, et de celui des obligations, qui a aussi fait mieux que son indice de référence. D'ailleurs, ce sont là deux des secteurs où la Caisse fait généralement bien parce que ses employés connaissent les produits comme le fond de leur poche.

Ce constat a suffi pour convaincre M. Sabia, qui n'est pas lui-même un expert de la finance, de concentrer les efforts de la Caisse sur ce qu'elle sait faire de mieux au lieu de jouer à l'apprenti sorcier, comme ce fut le cas sous la présidence d'Henri-Paul Rousseau.

Cela dit, ce rendement de 10 % n'efface pas un cent des 40 milliards évaporés en 2008. Il constitue tout juste le rendement attendu lors d'une bonne année. Il reste donc beaucoup de chemin à parcourir pour revenir à la situation d'avant la crise.

En 2009, la Caisse a commencé à rebâtir son portefeuille d'actions dégarni par la liquidation effectuée pour faire face à un manque de liquidités au plus bas du marché. Elle s'est aussi débarrassée d'une forte proportion des produits dérivés et elle a réduit de plusieurs milliards ses emprunts destinés à jouer l'effet de levier.

Finis, donc, les placements dans des produits si nébuleux que personne ne peut dire ce qu'ils contiennent et encore moins prédire leur comportement en cas de crise; finis, les gadgets destinés à améliorer le rendement à la marge, mais dont on n'est plus capable de se défaire par la suite; finis aussi, les prêts immobiliers à haut rendement... qui tournent au rouge lorsque le marché décroche. En somme, la Caisse revient sur terre après quelques années de haute voltige dans ce merveilleux monde de la finance patentée.

Sur le plan juridique, disons que la nouvelle direction s'engage à agir en «bon père de famille», prudent et responsable. Ce faisant, Michael Sabbia fait aussi le pari que l'institution fournira les rendements moyens raisonnables attendus par ses déposants.

Le temps dira si le pari était le bon. Pour le moment, rappelons que la plupart des études sur la gestion du risque, y compris une toute récente commandée par le Fonds du patrimoine norvégien, qui gère quatre fois plus d'argent que notre Caisse, arrivent à la conclusion qu'il est peu probable de faire globalement mieux que les marchés sur une longue période quand on gère plusieurs portefeuilles à la fois. Cela devrait suffire à convaincre quiconque que le meilleur risque que peut prendre la Caisse de dépôt, c'est celui de la prudence.
4 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 26 février 2010 08 h 00

    QUI EST LE VRAI COUPABLE? SABIA OU CHAREST ?

    QUI A DEMANDÉ À CE QUE LA CAISSE DE DÉPÔT SOIT PLUS PERFORMANTE?

    Si je me rappelle bien, il y avait un certain Jean Charest dans l'opposition qui gueulait à tout vent que la CDP investissait trop au Québec et pas assez ailleurs. Comme il voulait montrer au québécois qu'il était très intelligent et que les québécois perdaient beaucoup d'argent, il a donc changer la mission de la CDP. LUI YÉ FIN. C'est alors que Rousseau commença a investir dans n'importe quoi pour donner raison à Charest. Puis le CRASh. BABOUM Charets décide de faire des élections. On envoie Rousseau avec un salaire de $1,000,000/an chez un bon ami du parti avec comme instruction: "FARME TA YEULE" Puis après avoir berner encore une fois (colons mais pas à peu près: rappelez-vous: 5 milliards de $ en réduction d'impôt) les québécois "ses deux mains sur le volants", il place Sabia pour essayer de rétablir les avoir.

    Donc, ce n'est pas Sabia qu'il faut juger mais Charest.

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 26 février 2010 09 h 07

    Soyons juste

    Sabia faisait face à une situation catastrophique il y a moins d`un an. La bande d`irresponsables sous Rousseau avait ruiné la Caisse avec une attitude de casse cou. Sabia a rétabli une crédibilité en changeant l`équipe en place et assuré un rendement positif de 10%. 2010 sera le vrai test et il semble que l`attitude de la nouvelle équipe assure les québécois d`une saine gestion. Le tsunami Lehman Brothers de Rousseau est passé et Power Corporation devrait le surveiller de très près.

  • Geoffroi - Inscrit 26 février 2010 13 h 31

    Procès

    Qu`attend-t-on pour poursuivre devant les tribunaux les anciens administrateurs de la CDPQ ?

  • Nicole-Patricia Roy - Abonnée 26 février 2010 16 h 54

    Oui au bon père de famille

    Malgré les titres négatifs "La Caisse de dépôts dans les dernières de classe" de la UNE du Devoir, je trouve votre éditorial plus nuancé. Je ne comprends pas ceux qui trouvent qu'un rendement de 10% est mauvais, surtout après l'année désastreuse de l'an dernier. Je me réjouirais d'avoir un rendement de 10% dans mes placements.

    Comme vous l'avez bien souligné,"pour 10 de ses 17 portefeuilles, les résultats ont été meilleurs que les indices de référence", donc, ce n'est pas si mal, alors quoi ? La réaction politique la plus sensée a été celle d'Amir Khadir qui a jugé qu'un rendement de 10% était appréciable et la pire a été celle de Pauline Marois qui a reproché au président de ne pas prendre suffisamment de risques avec notre argent. Heureusement, M. Sabia semble avoir une gestion de"bon père de famille" comme vous le dites.

    Les résultats de la Caisse démontrent aussi que le gouvernement a eu raison de ne rien changer dans la divulgation des États financiers. Si on avait connu les résultats six mois après, les critiques auraient recommencé, alors que des résultats annuels sont plus équilibrés.