Consultations budgétaires - Le piège

C'est à une «révolution culturelle» que le Comité consultatif sur les finances publiques, coprésidé par le ministre Raymond Bachand et l'économiste Robert Gagné, prétend convier le Québec pour rétablir l'équilibre des finances publiques. Le problème, c'est que le «pacte» proposé épargne encore les mieux nantis et n'exige rien de plus des entreprises qui sont pourtant les seules responsables du retard du Québec au chapitre de la productivité.

Si le gouvernement Charest suivait le scénario imaginé par les quatre économistes choisis par le ministre Bachand pour le conseiller, les Québécois devraient s'attendre à un feu d'artifice de taxes et de tarifs, tels que: 3500 $ de plus pour une année universitaire, 300 $ pour la facture d'électricité, 250 $ pour la garderie, 200 $ pour l'essence, 25 $ pour une visite chez le médecin, quelques centaines de dollars pour l'assurance médicaments publique et même privée, sans oublier l'augmentation de 2 % de la TVQ... Ce qui ferait grimper le fardeau de 900 $ par adulte en moyenne, mais de beaucoup plus pour certains, et les revenus autonomes du gouvernement de 5,6 milliards d'ici quatre ans.

Pour faire avaler la pilule, le comité propose un curieux «pacte»: comprimer les dépenses du même montant que la hausse des revenus. On imagine le travail gigantesque de révision des programmes qu'il faudrait entreprendre rapidement, y compris en santé et en éducation, surtout si les augmentations de tarifs proposées devaient d'abord servir à rehausser les salaires de médecins et les budgets des universités comme vient de le demander un groupe de personnalités dont fait partie M. Lucien Bouchard. Faudrait savoir: on comprime ou on augmente les dépenses? Et si on les comprime, qui sera le plus touché sinon les mêmes à qui on veut faire payer plus de taxes et de tarifs?

C'est bien de proposer un effort exceptionnel pour accroître sensiblement la productivité dans les ministères et les sociétés d'État, à commencer par Hydro-Québec, car cela permettrait de dégager des milliards sans nuire à la qualité des services. Le problème, c'est que cela n'est absolument pas crédible compte tenu de la culture qui règne depuis toujours au sein de ces sociétés d'État!

Voilà d'ailleurs où le bât blesse le plus dans ce projet de retour à l'équilibre auquel tout le monde adhère en principe: un gouvernement qui éliminerait le gaspillage, le copinage, la bureaucratie inutile et les privilèges n'aurait aucune difficulté à obtenir l'appui populaire à une augmentation du fardeau fiscal. Au Québec, les vraies vaches sacrées, ce ne sont pas les services de santé, les conditions de travail des employés d'hôpitaux et les tarifs d'électricité comme on veut nous faire croire, mais les privilèges des amis, des mieux nantis et des dirigeants de sociétés publiques et privées auxquels aucun gouvernement ne veut s'attaquer. Qu'attend-on, par exemple, pour hausser les redevances minières, éliminer les crédits d'impôt improductifs, ajouter un quatrième palier d'imposition pour les revenus de plus de 150 000 $, taxer les options sur titre, éliminer les primes et les indemnités de départ injustifiées, sans parler des avantages de retraite multimillionnaires consentis après seulement quelques années au service de l'État?

Parce qu'elle ne propose rien de positif et de mobilisateur à ceux qui ont vu leurs revenus stagner malgré la longue période de croissance, la «révolution culturelle» endossée par le ministre Bachand apparaît, tel un piège, la énième tentative pour convaincre une majorité de Québécois que leur pays sera mieux géré s'ils acceptent docilement de contribuer encore plus à des services qui ne cessent de se dégrader.

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j-rsansfacon@ledevoir.com
12 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 24 février 2010 05 h 38

    Superbe éditorial

    .

  • Lucette Lupien - Abonnée 24 février 2010 07 h 35

    Consultations budgétaires le piège

    Bravo monsieur Sansfaçon,
    Vous vous surpassez encore une fois. Vous réussissez à ramasser toutes ces propositions alléchantes que nous font nos élites ( j'allais dire du milieu des affaires mais non, s'y ajoutent maintenant le milieu des administrateurs des universités, des grands gestionnaires publics et privés) et d'illustrer clairement leur manque de vision et de compassion. Allez augmentez ceci! augmentez cela! mais pas les Mercedez et l'or des riches, sinon ils vont s'enfuir! Pas les entreprises, sinon elles vont fermer leur porte ou délocaliser les emplois! Le ministre Bachand pense bien nous en passer une en commandant toutes ces études qui vont dans le sens de ce qu'il désire et en invitant tout ce beau monde à prendre position publiquement. Merci de si bien dire ce que nous sommes si nombreux à penser et de si bien dévoiler la supercherie! On comprend pourquoi les Québécois et les Québécoises pensent que l'indépendance ne pourra se réaliser: avec de telles élites, on ne gagnerait pas grand chose au change.

  • Daniel Michelin - Abonné 24 février 2010 08 h 55

    Le matraquage

    Félicitations pour votre éditorial. Vous résumez l'essentiel du débat, selon un point de vue que l'on entend trop peu.

    Le matraquage auquel nous sommes soumis par le gouvernement et ses alliés est stupéfiant. Ces gens n'ont qu'une idée en tête, distiller sournoisement la peur pour nous faire avaler toutes leurs couleuvres. Ils vont finir par y arriver si des voix fortes ne se lèvent pas pour dénoncer ce lavage de cerveau programmé.

  • Maxime Gagné - Inscrit 24 février 2010 09 h 17

    Merci

    Merci de dire tout haut ce que trop pensent tout bas.

    En passant, on parle beaucoup de la facture universitaire. Regardons la mienne.

    Je viens d'effectuer un paiement de 1322$ pour ma session de 15 crédits à l'Universtié Laval. Cela veut dire que mon année m'aura coûté 2644$ (600$ de plus que ce que nos médias relaient, en raison des frais institutionnels obligatoires). À cela s'ajoute les livres. J'étudie en droit, donc c'est au moins 500$ par session, en plus du matériel, soit 1000$ par année en livres. À cela s'ajoute un appartement (je viens de la région). On dit donc 300$ par mois (la colocation permet d'épargner), donc 2400$ pour 8 mois (je ne compterai pas les 4 mois où je suis en "vacances").

    On est déjà rendu à 6044$ pour 8 mois. À cela s'ajoute le linge, la bouffe et les loisirs (une sortie aux 2-3 semaines, parfois un concert pas trop cher avec des tarifs étudiants, faut bien se changer les idées comme tout le monde).

    Mais ça, c'est quand on a le temps. Je travaille 20hrs par semaine pour payer tout ça.

    J'y arrive. Mais à 5-6000$ par année, oubliez ça. Compte tenu que j'ai des parents qui ont 3 autres enfants, dont une est déjà à l'Université (la comptabilité aussi coute cher), l'autre aime la physique et l'autre le théâtre et son au cégep.

    Vous me direz que j'aurai un gros salaire d'avocat plus tard? Vous avez sans doute raison. Et savez-vous ce que je vais faire avec mon gros salaire d'avocat? Je vais payer avec plaisir mes impôts afin de m'assurer que tous les autres jeunes du Québec aient la chance de profiter d'une société solidaire pour s'éduquer.

  • Bernard Dupuis - Abonné 24 février 2010 09 h 21

    Les vraies vaches sacrées

    Il est temps que quelqu'un mette en lumière les véritables vaches sacrées du Québec.

    Il me semble que le Québec revit une curieuse lutte entre notables, ex-politiciens, idéologues hyperlibéraux, et cette immense majorité de Québécois, employés de toutes sortes, salariés parmi les plus bas du Canada, qu'on veut tondre comme des moutons bien résignés.

    La lutte est bien inégale. Heureusement, Le Devoir est le seul journal a avoir le courage d'aller à contre-courant!

    Bernard Dupuis, Berthierville