La dette européenne - La fraude

C'est confirmé. Plusieurs pays européens ont fait ce que la Grèce a fait: enjoliver la comptabilité de l'État. Ces opérations de maquillage ont été conçues, exécutées, par les poids lourds américains de la finance ainsi que par certains britanniques. En un mot, la réalité des chiffres a été camouflée sous un lot de légendes mathématiques.

En Grèce, les sorciers de Goldman Sachs avaient adossé, en partie, le remboursement de la dette publique sur les profits à long terme de la Loterie nationale. En Belgique, les ramancheurs de JP Morgan ou de Barclay's ont titrisé les arriérés fiscaux. De l'Italie on dit que ces dirigeants étaient si alléchés par les menus concoctés par les chamans de Bear Stearns ou Lehman Brothers qu'ils s'en sont gavés à plusieurs reprises. Comme s'ils avaient voulu composer la version financière de La Grande bouffe. En Espagne et au Portugal, les malins de l'État ont nagé eux aussi dans la mer des swaps enrobés de taux fictifs.

En Allemagne, on dit qu'Angela Merkel est furieuse. Elle ne décolère pas. On la comprend, car apprendre qu'après la Grèce d'autres nations sont allées à la rencontre des sirènes de la «financiarisation» de l'économie signifie que le coefficient de difficulté inhérent à ce casse-tête vient de se démultiplier. Avec, en prime, des contrecoups politiques et sociaux complexes et possiblement brutaux.

Que l'on y songe, si Merkel ainsi d'ailleurs que Nicolas Sarkozy avaient écarté l'idée d'une aide à Athènes, ils auraient du coup fragilisé passablement les banques allemandes et françaises qui ont investi plus que d'autres dans ce pays. Mais voilà, la vaste majorité des citoyens allemands ainsi qu'un nombre imposant d'élus sont montés au créneau pour exprimer avec force leur opposition. Car aider la Grèce aujourd'hui, c'est être condamné à aider les autres demain. Rien ne résume mieux l'humeur berlinoise que ceci: nous ne voulons pas que l'État-providence allemand s'étende au littoral européen de la Méditerranée.

Cela étant, la fureur de Merkel et de Sarkozy découle en grande partie des détails permettant aujourd'hui de mieux cerner les agissements de Goldman Sachs. Dans un entretien accordé à un quotidien du Vieux Continent, le responsable de la dette d'une nation européenne non identifiée confie ceci: «Goldman ne s'intéresse pas au marché de la dette des grands pays comme l'Allemagne ou la France, il préfère celle des petits, comme la Grèce ou le Portugal, car elle est plus volatile et donc plus spéculative. C'est beaucoup plus facile de se faire de l'argent facile. Et discrètement.»

On sait aujourd'hui que, dans le cas de la Grèce, Goldman a empoché 300 millions en commissions de la main droite tout en spéculant de la gauche sur la dette du pays. On l'aura compris, cette banque a puisé à tous les râteliers de l'argent facile. Mais il y a pire. Bien renseigné sur la santé financière de la Grèce, mais aussi de l'Italie, du Portugal et de l'Espagne, cet établissement a attaqué l'euro de façon très agressive. Il a joué, sans vergogne, sur tous les tableaux. Et cela, Merkel ne le digère pas. Vraiment pas.

On sait également que cette perversité de la chose économique, perversité sur grande échelle, a été grandement favorisée par le culte de la déréglementation tous azimuts. Que Nicholas Brady, ancien secrétaire au Trésor de Bush père, réclame avec d'autres anciens de banquiers de Wall Street, un cadre réglementaire aussi strict que celui qui prévalait dans les années 70 en dit long sur la décadence actuelle du milieu financier.
4 commentaires
  • Jerome Letnu - Inscrit 23 février 2010 10 h 24

    L'État rejoint le privé

    Extrait:
    "En un mot, la réalité des chiffres a été camouflée sous un lot de légendes mathématiques."

    C'est exactement comme dans les états financiers des entreprises. Il n'y a rien d'accablant dans le corps du texte: tous les cadavres sont camouflés dans des notes de bas de page indéchiffrables.

    Qui sont les comptables les mieux payés ? Ceux qui sont capable d'en cacher le plus possible dans ces notes de bas de page, tout en pouvant prétendre avoir dit la vérité lorsque le pot aux roses sera découvert.

  • Carole Dionne - Inscrite 23 février 2010 10 h 35

    CE QUI ME PURGE...

    Oui je suis fonctionnaire, je l'avoue: COUPABLE. Mais ce ne sont pas des fonctionnaires qui ont joue avec le système monétaire pour mettre en péril la planète. Bin oui, on a vu à Toronto un fonctionnaire qui dormait sur la switch. Mais qui est le plus dangereux: un haut dirigeant de cette cher entreprise privée qui quand ça va bien, il chie sur le monde, ne veut rien savoir des GOUVERNEMENTS, se paie des salaires fabuleux, participe à des guerres,e etc , ou un haut dirigeants de l'entreprise privée qui se paie des salaires de fou mais quand ça va mal , appelle AU SECOURS le gouvernement ou un fonctionnaire, par manque de travail a dormi?


    BARRABAS, BARRABAS.

  • Eric Allard - Inscrit 23 février 2010 12 h 54

    Des criminels en cravate!!!

    Ces gens font tout pour mettre les pays et grosses compagnies dans le pétrin, encaissant du coup sur la spéculation et sur le sauvetage de ces dettes. Et quand elles menacent de tomber, c'est les gouvernements qui les sauve à grands frais.

  • Pierre Brosseau - Abonné 23 février 2010 16 h 36

    ET DIRE QUE TOUT ÇA EST "LÉGAL" !!

    Étant donné que toutes ces malversations sont commises dans des "États de droit", qu'est-ce donc qui cloche ?

    Les États de droit sont contaminés aux plus hauts niveaux des administrations publiques, à commencer aux État-Unis, par les faiseurs d'argent, les financiers qui ont réussi au fil du temps à déconnecter l'économie réelle de la finance. Il n'y a pratiquement plus aucun lien entre ajouter de la valeur à un produit ou service réel et "créer de l'argent" par des abstractions mathématiques.

    Il faut donner crédit à ces manipulateurs hors-pair. Ils réussissent à convaincre les gouvernements de déréglementer ou de ne pas réglementer. Ils travaillent fort et bien. Ils sont plus forts que les gouvernements. Ils les leurrent et nous font perdre confiance en la démocratie.

    Nous nous dirigeons probablement vers des années sombres.