Les espions israéliens - Comédie d'erreurs

Dans l'histoire des guerres de l'ombre que se livrent les maîtres-espions, les barbouzes et leurs acolytes, les certitudes sont rares. C'est le cas du sujet qui nous occupe aujourd'hui, sauf que tout porte à croire, tout permet d'avancer que les services secrets israéliens, le Mossad, a éliminé Mahmoud Abou al-Mabhouh, considéré comme le responsable des approvisionnements d'armes pour le Hamas. À ce titre, il était donc l'interlocuteur habituel des représentants iraniens chargés de fournir le Hamas.

Si les auteurs de cet assassinat ont atteint leur objectif, il reste que le modus operandi employé, les traces qu'ils ont laissées derrière eux, ont d'ores et déjà eu des conséquences diplomatiques et politiques difficiles, voire néfastes pour le gouvernement du premier ministre Benjamin Nétanyahou, ainsi que pour le chef du Mossad. En Israël, plus d'une voix s'est élevée pour réclamer la démission de ce dernier, jugeant que l'opération s'est avérée une comédie d'erreurs à laquelle le Mossad est normalement étranger.

Il y a tout d'abord le lieu choisi pour commettre le forfait: Dubaï. Il se trouve qu'avec ce pays qui est aux relations internationales d'aujourd'hui ce que Vienne fut tout au long de la guerre froide, soit une ville où la promiscuité se conjugue avec espions, il se trouve donc qu'avec Dubaï, Israël entretient de bonnes relations. Après le guet-apens réalisé récemment, il va sans dire que ces relations se sont embrumées. Passablement d'ailleurs.

Ensuite, il y a une bizarrerie, voire une énormité: comment se fait-il que 17 «professionnels» se soient laissés filmer alors qu'ils savaient pertinemment que l'hôtel où ils se trouvaient était truffé de caméras, comme tous les hôtels des environs? Comment se fait-il que les photos de leurs passeports aient fait le tour de la planète «ouaibe» quand on sait que le b-a-ba du métier commande le contraire?

En ce qui concerne ces passeports, les services sont allés jusqu'à usurper l'identité de six personnes n'ayant jamais fréquenté de près ou de loin le labyrinthe des secrets et qui ont la double citoyenneté: israélienne et britannique. Au Royaume-Uni, ce vol identitaire a suscité un tollé ayant convaincu le premier ministre Gordon Brown d'ouvrir une enquête. En Allemagne, en Irlande et en France également, mais dans une moindre mesure, le nombre de falsifications y étant inférieur.

Pour le chef du gouvernement israélien, le manque de souci pour les détails de la part des organisateurs de l'opération va l'obliger à prendre des mesures draconiennes, la crédibilité du Mossad auprès des services alliés ayant été altérée. D'autant plus que l'opération semble avoir été menée sous le signe de l'improvisation.