Omar Khadr - L'effronterie

Le Canada persiste et signe: son entêtement et sa fermeture obstinée dans le dossier d'Omar Khadr ont atteint cette semaine un nouveau sommet. Pour toute réponse à un jugement de la Cour suprême l'accusant d'avoir violé les droits de M. Khadr, le gouvernement Harper demande aux États-Unis de mettre de côté les éléments de preuve controversés devant le tribunal militaire.

Tout, dans le traitement de cette affaire, appelle à l'indignation. Le Canada n'a jamais admis qu'Omar Khadr était un enfant-soldat. Emprisonné à Guantánamo depuis qu'il a 15 ans, le jeune homme, âgé aujourd'hui de 23 ans, est le seul ressortissant occidental toujours détenu dans cette prison. Même si le plus haut tribunal du pays a clairement condamné le Canada pour avoir participé à la violation des droits de M. Khadr, notamment lors d'interrogatoires menés par des fonctionnaires canadiens sous la torture, les troupes conservatrices pratiquent l'effronterie sans vergogne.

La Cour suprême avait livré un blâme sévère. Mais dans une grandeur qu'elle regrette peut-être maintenant, elle avait laissé au gouvernement canadien, en tout respect de son pouvoir discrétionnaire en matière de relations étrangères, le soin de choisir la manière de réparer les torts commis, au passé comme au présent. Une erreur? Le gouvernement de Stephen Harper n'a jamais admis, même du bout des lèvres, que le Canada avait contribué à bafouer les droits du jeune Khadr. Puisque la Cour suprême ne l'a pas sommé nommément de «rapatrier» le détenu, il pratique l'art de l'effort minimal.

Cette «note diplomatique» expédiée aux autorités américaines mardi constitue en effet le strict minimum en matière de réparation: on y prie le gouvernement américain de bien vouloir s'il vous plaît prendre note du fait que les témoignages de Khadr obtenus sous la torture devraient être mis au rancart lors de son procès devant la justice militaire.

La belle affaire! Rien ne garantit que les États-Unis tiendront compte de cette mise en garde mollassonne. Et rien de tout cela ne «répare» les torts commis à la source: un Canadien a bel et bien subi des interrogatoires menés sous la torture. Une des pires marques d'indifférence du Canada envers Omar Khadr demeure en outre le fait que son statut d'enfant-soldat n'ait jamais même été pris en considération dans le traitement du dossier, ce qui pourrait complètement changer la donne.

Les avocats de Khadr n'ont d'autre choix que de tenter toutes les manoeuvres juridiques encore possibles pour obtenir le rapatriement qui s'impose. Leurs derniers espoirs se trouvent peut-être du côté des instances internationales, comme le Comité des droits de l'homme de l'ONU. La gloire canadienne, dans le champ de ces droits, pourtant présentés comme une de nos forces, a considérablement terni. Au monde entier d'en être pleinement informé.
11 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 18 février 2010 08 h 35

    Pendant ce temps

    Y'a toujours 5 Québécois, partis en vacances à Acapulco aux Fêtes, qui sont toujours poignés en prison suite à une simpe bataille dans un bar.
    Mais eux c'est juste 5 Québécois sans lobby...

  • Marie-Hélène Parant - Inscrite 18 février 2010 10 h 00

    Hypocrisie

    Voici la réponse que le gouvernement Harper m'avait envoyé en le 28 octobre 2008



    Madame,

    Le cabinet du très honorable Stephen Harper, premier ministre, m'a fait parvenir le 20 octobre 2008 copie de votre courriel au sujet du cas de M. Omar Khadr, citoyen canadien détenu à la prison militaire américaine de Guantanamo à Cuba.

    Je comprends vos préoccupations et je peux vous assurer que le gouvernement du Canada s'intéresse au cas de M. Khadr et au traitement qu'il reçoit. Des observateurs canadiens étaient présents aux audiences de M. Khadr devant la commission militaire à Guantanamo et le tribunal d'examen de la commission militaire à Washington D.C. De plus, des représentants d'Affaires étrangères et Commerce international Canada ont rendu visite plusieurs fois à M. Khadr et ils continueront de le faire. Les visites permettent d'avoir accès à M. Khadr ainsi que de procéder à une évaluation de son bien-être et des traitements reçus, en plus d'obtenir de l'information sur les conditions relatives à sa santé mentale et physique.

    Bien que M. Khadr ne soit plus mineur, il était âgé de 15 ans lorsqu'il aurait commis, selon des allégations, des crimes en Afghanistan. Le Canada veille donc à ce que le traitement reçu par M. Khadr soit conforme aux normes et principes internationalement reconnus pour le traitement des contrevenants mineurs et que son âge au moment où les événements qui lui sont reprochés se sont produits soit pris en considération dans tous les aspects du processus. De plus, le Canada s'est constamment assuré que M. Khadr bénéficie d'une application régulière de la loi, notamment du droit à l'accès à un avocat canadien de son choix. Les autorités américaines ont confirmé au gouvernement canadien que M. Khadr ne se verra pas infliger la peine de mort. En fait, la peine capitale n'a pas été demandée en rapport avec les accusations portées devant la commission militaire. Conformément à sa politique de longue date, le gouvernement du Canada croit fermement que la lutte contre le terrorisme doit être menée en conformité avec le droit international, notamment les normes établies en matière des droits de la personne et d'application régulière de la loi.

    Pour ce qui est du rapatriement de M. Khadr au Canada, il serait prématuré de discuter de cette question avant que les procédures et le processus d'appels ne soient épuisés.

    Je vous remercie d'avoir écrit et vous prie d'agréer, Madame, l'expression de mes sentiments les meilleurs.

    Le ministre des Affaires étrangères,


    L'honorable David L. Emerson, c.p., député

  • Jean-G. Lengellé - Inscrit 18 février 2010 10 h 06

    De la naïveté de gérante d'estrade!

    Que souhaitez-vous donc? que nous envahissions les États-Unis pour y récupérer votre protégé?
    Pensez-vous vraiment qu'il eût suffi de dire À George W de rapatrier M. Kadhr au plus sacrant pour qu'il obéisse? Oubliez-vous que les États-Unis sont quand même un pays souverain et que leur refus d'adhérer au Tribunal International est la preuve évidente qu'ils ne se soumettrons jamais à quelque interférence que ce soit dans leur politique étrangère? Avez-vous oublié que cet aphorisme d'"ennemi combattant" n'est reconnu que par les Américains? Avez-vous aussi oublié nos déboires pour le bois d'œuvre en tentant de faire valoir nos droits auprès de Washington?
    Soyons clair, cette guerre en Afghanistan me répugne au plus haut point, de son déclenchement à la non-fermeture de la prison de Guantanamo, jusques et y compris notre participation.
    Le maximum que le Canada pouvait faire est précisément ce qu'il a fait en limitant son intervention au domaine spécifique pour lequel les droits de M.Khadr ont été enfreints par des Canadiens. Lorsqu'il a été fait prisonnier les armes à la main, M.Khadr n'exerçait pas ses droits de Canadien, et en dépit de son jeune âge il était certainement conscient de ce qu'il faisait. Demander son rapatriement équivaudrait à de l'ingérence dans les affaires d'un état souverain.
    Il est plus que probable que toute autre intervention se heurterait à un "Mêlez-vous de vos affaires" bien net de la part des Américains et servirait bien plus à les encourager.
    Enfin, il est plus que probable que l'actuel Président devienne tout aussi belliqueux que son prédécesseur, ne serait-ce que pour des raisons de politique intérieure et de réélection, puisque la population américaine semble désenchantée de ce que fait M.Obama.

  • Le Voyageur - Inscrite 18 février 2010 10 h 54

    J'ai honte de mon pays!

    Je n'arrive pas à croire qu'après 8 ans, le Canada n'a rien fait pour le rapatrier. De plus, il y a des preuves qui dit que Khadr n'a pas du tout lancé la grenade. La version américaine est selon moi fausse, par conséquent, on nous a tous menti, à nous, les Canadiens. Je suis en colère contre sa famille, contre le gouvernement, qui au lieu de corriger l'affaire n'a fait que punir un enfant-soldat. Tant et aussi longtemps que les conservateurs resteront au pouvoir, il n y aura aucun espoir pour ce jeune homme.

  • Claude Archambault - Inscrit 18 février 2010 11 h 10

    M Noel

    Les 5 québécois en prison au Mexique pour une SIMPLE bataille mérite la prison, ils ont comis un crime. Que diriez vous si 5 mexicains iraient à Québec dans un bar et foutre une volée à quelque québécois? Si par surcrois le gouvernement les libere parce que le gouvernement du Mexique le demande?

    NON ils on comis un crimme, la prison et si le crime est au Mexique, prison mexicaine, au US prison US ce n'est pas parce que l'on est canadien ou de prétendance québécoise que l'on est au dessus des loi et surtoiut au dessus des pénalité locales. Incluant la prison infame et la peine de mort.