Réforme hypothécaire - Jim au pays des merveilles

Les oracles du ministère fédéral des Finances ayant la certitude que la bulle immobilière est une légende, leur chef, Jim Flaherty, a décrété qu'une réformette suffirait à calmer les esprits chagrins. Lesquels? Ceux des banquiers qui réclamaient, paradoxe des paradoxes, un durcissement des règles afférentes au crédit hypothécaire.

L'essentiel de la prière formulée par les banquiers auprès du ministre et du gouverneur de la Banque du Canada était le suivant: fixer à 10 %, au lieu de 5 % actuellement, la mise de fonds préalable à l'obtention d'une hypothèque et ramener la période d'amortissement à 30 ans au lieu des 35 qui prévalent aujourd'hui. La réponse de Flaherty? Niet! L'argument évoqué hier par le grand argentier est celui martelé avant-hier: on n'aperçoit pas de bulle immobilière à l'horizon.

Certes, des modifications qui devraient réduire quelque peu la vapeur qui embrume l'évolution du marché et plus précisément la capacité financière des ménages à faire l'acquisition d'un bien ont été apportées. Par exemple, ces derniers devront disposer de revenus assurant qu'ils peuvent s'acquitter des obligations financières afférentes au prêt à taux fixe d'une durée de cinq ans. Autre exemple, la personne souhaitant acheter un bien immobilier qu'elle n'occuperait pas devra déposer 20 % de capital sur la table pour contracter une hypothèque.

Ces mesures vont probablement avoir un effet sur la demande, mais pas dans des proportions propres à comprimer les biais les plus spéculatifs qui soient et qui alimentent la surchauffe, pour ne pas dire la bulle. En 2009, faut-il le rappeler, la valeur d'un bien déjà existant a augmenté de 19 %, pour atteindre les 337 000 $. Comme s'il s'agit d'une moyenne, on tient à formuler une lapalissade: les prix qui ont cours à la campagne camouflent la réalité de ceux imposés en ville.

En 2009, faut-il le rappeler, l'endettement des ménages a pulvérisé les records enregistrés en la matière. Les chiffres? L'endettement en question totalise 96 000 $, ou 145 % (!) des revenus du ménage. Si le rythme se maintient, les économistes qui ont composé une étude sur le sujet à la demande de l'Institut Vanier prévoient qu'il avoisinera les 160 % en 2012, soit le niveau observé au Royaume-Uni, avec le retentissement que l'on sait. Ce n'est pas tout.

Toujours en 2009, les remboursements hypothécaires en retard de plus de 90 jours ont bondi de 50 %. En ce qui a trait au défaut de paiement d'achats effectués avec des cartes de crédit, là également le taux a été inscrit au livre des records. Ce cocktail s'est soldé, c'est le cas de le dire, par une explosion des faillites personnelles. Retournons à l'immobilier.

Au cours des dix dernières années, les prix ont grimpé à un rythme si prononcé que le coût d'une unité, toujours existante, à Calgary est de 120 % supérieur à ce qu'elle était en 1999, de 116 % à Vancouver, de 110 % à Montréal et de 66 % à Toronto. Question: est-ce que les salaires des résidants montréalais ont progressé de 110 %? Évidemment non.

On se souvient qu'en 1987, alors que Brian Mulroney était premier ministre, on n'avait pas voulu écouter les experts de l'époque qui avaient prédit une crise à cause d'une spéculation renforcée dans sa perversité par la mode de la déréglementation tous azimuts. On se rappellera que la crise a été si brutale qu'il a fallu une bonne dizaine d'années pour retrouver l'équilibre. C'est à se demander si Flaherty n'ausculte pas l'horizon du désert des Tartares plutôt que celui qui préoccupe tant bon nombre d'économistes.