Olympiques de Vancouver - Loin des promesses

La cérémonie d'ouverture des Jeux de Vancouver aura confirmé ce que plusieurs appréhendaient: le français est une figure imposée des Olympiques, et il n'y a aucune envie de le mettre autrement en valeur que ce que le service minimum prévoit. Quoi, il aurait fallu des quotas? a d'ailleurs fait valoir avec impatience le concepteur du spectacle, David Atkins, au Globe and Mail.

Et pourtant, même le Un peu plus haut de Jean-Pierre Ferland chanté par Garou a été obtenu de haute lutte, a raconté le chanteur au Journal de Montréal, vantant l'appui de M. Atkins, un producteur australien, qui tenait à la conserver coûte que coûte dans le spectacle. D'autres craignaient que le français fasse baisser les cotes d'écoute.

C'est précisément ce genre de bataille qui fait frémir, qui devait ne pas avoir lieu et que l'on a pourtant vu à répétition depuis des mois.

Ainsi, il y a un an, le spectacle qui avait lancé le compte à rebours en vue des Jeux de Vancouver ne comptait pas d'artiste francophone. Un départ raté que l'on promettait de corriger. À la députée libérale Raymonde Folco qui, en avril, s'inquiétait de la quasi-absence du français des Jeux olympiques de Vancouver, le ministre du Patrimoine, James Moore, avait répondu que tout, y compris les cérémonies d'ouverture et de clôture, se déroulerait «dans le respect des deux langues officielles du Canada». «Nous prenons les mesures qui s'imposent. Nous dépassons les normes établies par le CIO», avait même ajouté le ministre.

À l'issue de la cérémonie de vendredi, le commentaire du ministre a été cinglant: «Il aurait dû y avoir plus de français, point à la ligne. [...] Il n'y en a pas eu autant [...] que ce que l'on nous avait dit.» Le gouvernement fédéral n'était pas l'organisateur des Jeux, mais puisqu'il a versé 20 millions de dollars pour la cérémonie d'ouverture, ses attentes — légitimes — auraient dû être respectées, tout comme les nombreuses demandes faites par le commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, tout comme la sensibilité pour les gens d'ici.

Ce que l'on comprend, c'est qu'à force de pressions, on règle la mécanique (le français est la langue de l'olympisme, alors les présentations officielles sont faites en français d'abord), mais le coeur n'y est pas pour tout ce qui relève de l'intangible: donner un visage et une langue aux habitants de souche française de ce pays par exemple. Que les mécontents se séparent! répond-on à ceux qui critiquent. Qu'il est loin le fameux «Love In» qui implorait plutôt les Québécois francophones de ne pas quitter le si accueillant Canada à la veille du référendum de 1995. On dit bien des bêtises quand on est désespéré...

Depuis, l'indifférence s'est installée à demeure, et les Québécois ont de moins en moins de poids dans la fédération. La présence française au Canada a donc pu se traduire vendredi soir par un poème de François-Xavier Garneau lu en anglais, la présence silencieuse d'acrobates montréalais et une chanson maintenue contre vents et marées. Cela n'a-t-il pas, pour reprendre le mot d'un de nos lecteurs, des airs de Louisiane?
 
5 commentaires
  • Pierre Schneider - Abonné 16 février 2010 05 h 12

    Que les mécontents se séparent


    Eh oui, pour ceux qui sont en retard dans les nouvelles, le Canada est un pays anglophone où les francophones sont des empêcheurs de tourner en rond. C'est-y si difficile à comprendre pour ceux qui se prosternent devant l'unifolié ?
    Les Québécois francophones sont mécontents. Eh bien, qu'ils arrêtent donc de chialer et qu'ils construisent donc une république à leur image.

  • Normand Carrier - Inscrit 16 février 2010 07 h 34

    Un autre triste spectacle ......

    Il fallait voir les organisateurs , le réalisateur , les concepteurs et aller sur les blogues et lire les éditoriaux et les chroniques pour re-constater toute la hargne et l'incompréhension du Canada anglais a l'égard du fait francais et de notre culture ! J'écoutait monsieur Gauthier seul francophone dans le covan qui ne semblait pas rien controler et surtout ne comprenait pas trop les réactions au Québec !
    Il y avait toute la frange des fédéralistes nationalistes sincères qui exprimaient leurs douleurs et leurs déceptions envers ce fiasco et quelques autres qui disait leur déception en trouvant beaucoup de circonstances atténuantes pour expliquer ou excuser dont notre vailant premier ministre ......
    Pour tous ceux qui se souviennent , ce manque flagrant de démontrer que ce pays est bilingue , est un autre fiasco made-in Canada . Nous subissons a l'année longue leur Québec bashing et ils n'ont aucun respect pour la langue et la culture francaise ....Au lieu d'y voir un enrichissement , ils n'y voient qu'emmerdements et cela dure depuis toujours car nous sommes deux nations cheminant en parrallèle et cela depuis toujours ! Pour cinquante pour cent de francophones , nous sommes a l'étape de pays et ils faudra convaincre les nationalistes sincères et les amants du Québec pour franchir la dernière étape et sortir de ce bourbier qui nous amenuise et nous paralyse .....

  • Pierre Bernier - Abonné 16 février 2010 09 h 28

    Vaccin définitif contre le « syndrome des Rocheuses » !


    Les Québécois d'aujourd'hui, jeunes ou vieux, sont dorénavant immunisés contre cette maladie propagée par le reste du Canada dans le but de faire perdre la tête lors des scrutins cruciaux.

    Les nouveaux arrivants, comme les observateurs étrangers, n'auront plus à bouquiner longtemps les livres d'histoire pour comprendre pourquoi cette Nation veut que ses élus de l'Assemblée nationale soient les seuls à adopter les lois, prélever les impôts et signer les traités qui s'appliquent sur son territoire.

    Prochaine étape : le plein contrôle sur les impôts prélevés sur le territoire pour financer les besoins collectifs.

  • France Marcotte - Abonnée 16 février 2010 11 h 58

    Les sans-pays

    Quand j'entends l'hymne national du Canada, je ne ressens rien ou plutôt je me dis que j'entends l'hymne d'un autre pays. Quand je vois Alexandre Bilideau drapé dans l'unifolié, cela me blesse. Quand il dit qu'il a gagné avec toute l'équipe canadienne, je me sens mal à l'aise. Tout cela ne me concerne pas. C'est ainsi depuis que je suis née et mon fils me demande quel est son pays. Ne pas avoir de pays, c'est comme de vivre sur des sables mouvants et on interroge toujours ses racines, on se regarde les pieds en permanence. Combien de générations cela va-t'il durer?

  • France Marcotte - Abonnée 16 février 2010 12 h 09

    L'autre bout de la lorgnette

    On nous a dit que le français est une des deux langues des Jeux olympiques et qu'en cas de litige c'est le français qui fait foi. Cela n'a rien à voir avec le Québec. C'est une obligation. Quels sont les sanctions en cas de non-respect de cette obligation? Il me semble que nous nous montrerions autrement qu'en victimes en prenant ce problème par ce bout-là de la lorgnette. Faire appliquer les sanctions avec rigueur...et sévérité.