Avortement et contraception - Maternité selon Harper

Chaque année, quelque 70 000 femmes meurent sur la planète des suites d'un avortement bâclé, réalisé dans des conditions parfois dignes du Moyen-Âge. Mais cela, doit-on apparemment comprendre des signaux qu'envoie le gouvernement conservateur de Stephen Harper, n'a rien à voir avec le combat qu'il entend mener pour améliorer la santé des femmes dans les régions les plus démunies du monde.

Une femme meurt en couches, dans de pitoyables conditions médicales? Elle méritera tous les égards de ce gouvernement. Elle décède des suites d'une interruption volontaire de grossesse pratiquée par un boucher charlatan? On ne daignera pas s'épancher un instant sur son sort misérable.

Ce constat est celui auquel on arrive platement après avoir vu se dérouler la semaine dernière un fil d'événements laissant croire que la contraception et l'avortement seront possiblement exclus du programme canadien pour la santé maternelle. Lors du prochain Sommet du G8 de juin, en Ontario, le premier ministre du Canada souhaite mobiliser ses homologues autour de la santé maternelle et infantile.

Hélas, ce gouvernement n'est pas très convaincant dans un rôle de sauveur de la cause des femmes. Depuis qu'il fut porté au pouvoir, il a plutôt maintes fois montré un déplorable manque d'égards pour des groupes voués à la défense des droits des femmes, notamment en paralysant leur financement. Cette manière de faire, devenue une agaçante habitude, pourrait viser des organismes faisant la promotion de la contraception et de l'avortement.

Interpellé par le chef libéral, Michael Ignatieff, sur cette question délicate, le gouvernement conservateur évite — officiellement — d'alimenter ce débat. Officieusement, certaines tribunes se délectent. Les groupes pro-vie ultracatholiques ont immédiatement interprété l'absence d'explications du gouvernement comme une adhésion à leur idéologie et un engagement politique à exclure l'avortement du plan d'aide des femmes à l'étranger.

Les groupes visés sont interloqués, un brin dérangés par la sortie de M. Ignatieff, qui a pour effet de remettre apparemment en question le soutien financier dont ils dépendent. Le seul fait qu'on laisse planer ce doute insupportable est odieux. Ces organismes plaident pourtant le gros bon sens, auprès d'un gouvernement qui n'a oreille — et argent — que pour les arguments soutenant SA conception de la santé maternelle.

Dix-neuf millions d'avortements dangereux sont pratiqués chaque année dans le monde, et mettent en péril la vie des femmes, hypothéquant au passage leur santé. Il nous semble que ce constat fait partie intégrante d'un tableau montrant la vulnérabilité des femmes dans certaines parties du monde, avec la contraception, le suivi de grossesse et l'accès à l'avortement. Il ne doit pas être traité à part, ni non plus méprisé.
4 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 15 février 2010 10 h 22

    Être plus démunies que démunies

    L'avortement est un sujet difficile mais vital sur lequel on aimerait bien mieux ne pas avoir à se prononcer. Pourtant, être neutre signifie la mort de milliers de femmes dans les pays pauvres. Et il n'y a aucune excuse à ne pas au moins y soutenir la contraception, moyen de prévention tout désigné de l'avortement. Si l'avortement est un sujet tabou pour S.Harper, sa réalité, elle, ne fait pas de doute. En louvoyant comme il le fait entre compassion intéressée envers les femmes et refus de regarder leurs réalités les plus sordides en face, il ne fait que convaincre un peu plus qu'il n'est pas digne du poste qu'il occupe.

  • Sylvain Auclair - Abonné 15 février 2010 14 h 16

    Un jugement moral

    Comme la charité privée d'autrefois, l'aide du plus très nouveau gouvernement du Canada ne profite qu'aux moralement correctes. Que les autres meurent par où elles ont péché, semble-t-il dire.

  • Henri-Bernard Boivin - Abonné 15 février 2010 17 h 13

    Combien de femmes avortées?

    Mettons de côté la politique un instant et parlons des vrais choses. Il se pratique combien d'avortements dans le monde ? La moitié des embryons ou foetus que l'on fait avorter sont de sexe féminin. Un embryon ce n'est pas une tumeur. Faire avorter un embryon c'est le tuer. Bien sûr il est plus facile de sympathiser avec un être parvenu à maturité qu'avec un être au tout début de son développement. Une femme qui meurt en voulant se faire avorter c'est une tragédie, mais n'oublions pas que le fait d'éliminer des millions d'êtres humains dans le ventre de leur mère c'est un massacre.
    Henri-B. Boivin

  • Nelson - Inscrit 5 mai 2010 00 h 23

    DES CROYANCES RELIGIEUSES NE JUSTIFIENT JAMAIS REFUSER AIDE MÉDICALE AUX FEMMES QU'AVORTENT.

    70 MILLE FEMMES MORTES ET DES MILLIONS TRAUMATISÉS DANS LE MONDE, PARCE QU'AVORTENT SANS AIDE MÉDICALE. LE DÉBAT DE L'AVORTEMENT N'EST JAMAIS SUR L'AVORTEMENT, PARCE QUE CELUI-CI EST INEVITABLE, AVEC OU SANS AIDE MÉDICALE. LE DÉBAT EST TOUJOURS SUR L'AIDE MÉDICALE, POUR ÉVITER DES MORTS ET DES TRAUMATISMES GRAVES.