Pierre Vadeboncoeur 1920-2010 - L'influence d'un intellectuel

Il arrive que l'on se demande ce qu'est un intellectuel, cherchant à comprendre tout à la fois son rôle et son apport à la société. Le portrait que l'on s'en fait se résume souvent à l'imaginer écrivant depuis une tour d'ivoire universitaire de graves essais qui ne seront lus que par quelques-uns. Cette image simpliste ne correspond surtout pas à ce que fut Pierre Vadeboncœur qui vient de mourir frappé inopinément d'une brève maladie.

Pierre Vadeboncoeur n'était pas un universitaire. Avocat, il délaisse sa profession dès sa sortie de l'université pour aller vers l'univers des arts qui l'attire. Il fréquente les milieux intellectuels, se lie notamment avec des peintres du mouvement automatiste. Il voit le Refus global de Paul-Émile Borduas comme la rupture avec une époque et la naissance du «Canada français moderne». Dans cet après-guerre, il est de tous les débats, artistiques comme politiques. Dans Cité libre et dans d'autres publications, il dénonce le nationalisme passéiste de l'époque. Rapidement, il rejoindra le mouvement ouvrier où il formera sa pensée.

Homme de gauche, il s'inspire de la liberté créatrice qui animait Borduas pour combattre l'aliénation collective de son peuple, autant celles venant de l'Église que du grand capital. C'est par cette voie qu'il viendra à rejoindre le mouvement indépendantiste.

S'il est des grandes luttes ouvrières que mène la CSN, où il sera jusqu'en 1975, on ne verra jamais Pierre Vadeboncoeur sur les tribunes. C'est de la pointe de sa plume qu'il préfère mener ses combats. Une plume fine qui pouvait être acérée, mais qui vous portait chaque fois là où il voulait. Toujours, il visait l'intelligence, ce coeur de la réflexion, pour nous forcer à remettre en cause nos certitudes. Par ses nombreux essais, notamment le premier, intitulé La Ligne du risque (1963), ce libre penseur aura ainsi marqué toute une génération.

Lui-même ne se voyait surtout pas comme un maître à penser, ce qu'il aura néanmoins été. Son influence se sera exercée doucement, de façon quasi souterraine, mais indubitablement certaine. C'est justement là le propre de l'intellectuel, qui est de nourrir par les idées sa société. Malgré tous les prix qu'il a reçus, l'homme demeurait discret. C'est presque timidement qu'il venait au Devoir nous proposer des textes, comme s'il n'avait pas de mérites plus qu'un autre. Ce n'étaient souvent que de courtes lettres ces dernières années où il commentait l'actualité, mais toujours à la manière du «superbe écrivain» qu'il fut, comme a déjà dit de lui le premier ministre René Lévesque.

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bdescoteaux@ledevoir.com

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1 commentaire
  • Marie-France Legault - Inscrit 12 février 2010 12 h 05

    L'urgence de l'indépendance?

    Monsieur Vadeboncoeur s'il ne faisait pas partie de la "chapelle intellectuelle" reste quand même un intellectuel.

    La preuve en est qu'il jugeait "urgent de faire l'indépendance"...mais le peuple n'a pas suivi, préoccupé qu'il a toujours été par le réel concret, la vie concrète, les besoins essentiels.

    Et l'indépendance n'étant pas un BESOIN essentiel tel que jugé par l'intellectuel Vadeboncoeur, les gens n'ont pas embarqué et n'embarquent pas même en 2010...