Mohawks de Kahnawake - D'un autre temps

Le ministre des Affaires indiennes, Chuck Strahl, se dit «mal à l'aise» avec la décision du conseil de bande de Kahnawake d'expulser de la réserve toute personne n'étant pas mohawk. Ceci devrait l'embêter également: c'est la Loi sur les Indiens, dont il est le premier intendant, qui dans toute sa désuétude autorise l'expression d'une souveraineté bafouant les droits des individus.

L'absurde et l'insensé qui choquent dans l'exclusion décrétée par le conseil de bande de Kahnawake ont une source ancestrale: la Loi sur les Indiens, qui date du XIXe siècle. Elle a été à peine retouchée depuis sa première version de 1869 intitulée... «Acte pourvoyant à l'émancipation des Sauvages et à la meilleure administration des affaires des Sauvages». Son premier socle était l'assimilation. Elle chapeaute l'administration des affaires autochtones, à la manière d'une tutelle. C'est dans cette loi qu'est inscrite la notion de pureté du sang, avancée par les Mohawks pour juger du droit de résidence dans la réserve.

Aucun gouvernement n'a eu le courage de mettre à jour cette loi désuète, ne serait-ce que pour aborder de front le véritable visage de la souveraineté autochtone, qui a tout à voir avec les territoires. Le ministre Strahl peut bien exprimer son plus grand malaise devant ces inacceptables règles sociales, il ne peut que s'en remettre à lui-même, et à son gouvernement. L'esprit de cette loi archaïque, qui permet des comportements d'un autre temps, pourrait être changé. Il faudrait non seulement des moyens, mais une forte dose de bravoure politique.

On dit souvent que les autochtones, fichés dans ce système de réserves, sont confinés à de petits tiers-mondes parsemés dans des zones d'abondance. D'insupportables poches de pauvreté sociale et de détresse ne déclenchant encore que de l'indifférence. En somme, un monde parallèle.

Dans la société d'aujourd'hui, où les débats sur la tolérance et l'identité occupent une large place, la décision «parallèle» du conseil de Kahnawake discorde, fût-elle exprimée au nom de la «survie culturelle». Elle est carrément inadmissible. Oserait-on, hors des frontières de la réserve, expulser un individu de sa demeure sur la base de la race, puisque c'est de cela qu'il est question?

L'histoire juridique dira comment cette affaire peut se conclure. Il y a des précédents peu encourageants: la mesure édictée par le conseil de bande de Kahnawake en 1981, permettant la vie dans la réserve aux Mohawks exclusivement, a été contestée déjà par Mary Deer à l'époque. Mais l'affaire n'est toujours pas réglée...

Un aspect de la législation a toutefois changé depuis. Aussi incroyable que cela puisse paraître, jusqu'à 2008, les autochtones vivant sous la Loi sur les Indiens n'étaient pas couverts par la Loi canadienne sur les droits de la personne. La modification législative, qui permettra la contestation devant la Commission canadienne des droits de la personne d'une discrimination au sein d'une réserve, ne sera toutefois en vigueur qu'en 2011, car le délai de grâce est de trois ans.

C'est donc un vaste chantier de droits à respecter d'un côté, et à redéfinir de l'autre, qui reste entièrement ouvert dans le champ des affaires autochtones. Le Canada, qui n'a toujours pas adopté la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, doit s'interroger sur la nature même de sa propre Loi sur les Indiens, une étrange créature qui contrevient aux principes des droits de la personne et accrédite les errements de Kahnawake.

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machouinard@ledevoir.com
8 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 11 février 2010 08 h 23

    pendant ce temps, en Colombie-Britannique

    En CB, on donnet une subvention spéciale aux écoles pour permettre de mettre sur pied des programmes spéciaux pour les élèves qui ont quelques gouttes de sang indien dans les veines

    http://julesverne.csf.bc.ca/ecole_francophone/auto

    «Études autochotones
    Élèves autochtones dans le milieu scolaire
    Les parents des enfants ayant un héritage autochtone peuvent s'auto-identifier sur les formulaires d'inscription des écoles du CSF.

    Pour chaque élève identifié le Ministère d'Éducation de la C.-B. octroi du financement supplémentaire ciblé aux écoles. Il suffit que le parent déclare un héritage autochtone et l'école recevra les fonds. Ceci s'applique aux Premières nations, aux Métis, aux Inuits et aux autochtones sans statut. Tout enfant identifié comme ayant un héritage autochtone est éligible. L'ancêtre autochtone peut être un parent, un grand-parent, un arrière-grand-parent, etc.

    Les fonds supplémentaires sont utilisés pour rehausser les programmes académiques, linguistiques et culturels pour les enfants identifiés. On encourage les parents à s'engager dans le processus d'élaboration d'un programme d'études pour leurs enfants»

  • Carole Dionne - Inscrite 11 février 2010 09 h 31

    JE VAIS DIRE COMME MON BRILLANT BEAU-FRÈRE...


    "Vous ne savez pas ce que l'on a fait aux indiens...". Ça parait bien dans une conversation, entre frère, beau-frères, etc. Ça lui remonte son ÉGO. Il se croit intellectuel. Il a un diplôme universitaire. Seul lui et quelques autres intellos connaissent le vrai fonds de l'histoire...

  • Michel Gaudette - Inscrit 11 février 2010 10 h 05

    Tant qu'il y aura des réserves, les autochtones demeureront sous-développés

    L'ethnicité et le développement ne font pas bon ménage.

    Le modèle ethnique de développement est une catastrophe historique !

    Mettre tous des gens de même ethnie ensemble dans un même lieu en espérant un réel dévloppement, l'histoire nous montre que c'est impossible, surtout en cette ère de mondialisation...

  • Catherine Paquet - Abonnée 11 février 2010 10 h 28

    Et qu'en pense M. Louis Bernard et le PQ?

    Et M. Louis Bernard - Ex-candidat à la direction du Parti québécois et secrétaire général du Conseil exécutif sous René Lévesque écrit: "Tout Québécois francophone soucieux de préserver son identité culturelle et celle de sa nation devrait comprendre instinctivement le geste fait récemment par le Conseil mohawk de Kahnawake d'exiger que les personnes qui ne sont pas membres de la communauté mohawk quittent le territoire de la réserve."

    Je me demande ce que le PQ adopterait comme position si M. Bernard en était devenu le chef? On peut se demander également ce qu'en pense le PQ de Pauline Marois.

  • Sylvain Auclair - Abonné 11 février 2010 10 h 47

    Moi, je serais d'accord....

    À la condition que le rejet des non-Mohawks s'étende aussi à la clientèle des revendeurs de cigarettes ou de casinos...