Gouvernement Charest - Le doute éthique

Le député libéral de Rivière-du-Loup, Jean D'Amour, a reçu un pardon pour toutes ses fautes. Le premier ministre Jean Charest a jugé que les questions relatives à ses manquements éthiques avaient été résolues de façon satisfaisante et qu'il pouvait à nouveau siéger à la commission de l'administration publique. Pourtant, un doute sérieux demeure sur le jugement de ce député.

Jean D'Amour a été l'objet l'automne dernier de deux enquêtes. La première portait sur une affaire de financement électoral illégal. Il s'était alors retiré du caucus libéral. Dès que le directeur des élections eut conclu qu'il n'y avait pas matière à poursuites, ses collègues le réintégrèrent sans attendre la conclusion de l'autre enquête menée par le commissaire au lobbyisme. À la fin de janvier, celui-ci a recommandé des poursuites pénales à son encontre pour pratique illégale de lobbyisme. La semaine dernière, il plaida coupable et fut condamné à une amende de 500 $.

Dans la première affaire, M. D'Amour a probablement agi naïvement de bonne foi en servant de courroie de transmission entre deux connaissances. Dans la deuxième affaire, un doute sérieux demeure toutefois. Venant de quitter la mairie de Rivière-du-Loup, il était assujetti à la loi sur le lobbyisme, qui lui interdisait de faire des représentations auprès de titulaires de charges publiques pendant deux ans. Nul n'est censé ignorer la loi, dit-on, ce qui était d'autant plus vrai que le commissariat au lobbyisme a par le passé sensibilisé les élus municipaux à leurs obligations. Mais, a-t-il plaidé, il ne faisait pas de lobbyisme, mais de la vente des services de son employeur, la firme de génie-conseil BPR.

Jean D'Amour s'est caché derrière ce sophisme lors de l'élection partielle de Rivière-du-Loup, espérant que les électeurs n'y verraient que du feu. On se serait plutôt attendu à ce qu'il reconnaisse son erreur et se range du côté du respect de la loi. Élu, il a persisté dans l'erreur pour finalement se rendre compte, une fois l'objet d'accusations formelles, qu'il n'avait d'autre choix que de plaider coupable. Autrement, il aurait dû s'engager dans un processus de contestation de la loi que son statut de député ministériel lui interdisait.

Plaider coupable permettait au député de clore le dossier sans avoir à exprimer de remords sincères. On aurait aimé l'entendre dire toute l'importance qu'il faut accorder à la loi sur le lobbyisme. Il en sent d'autant moins le besoin que son premier ministre l'absout inconditionnellement en lui permettant de siéger à la commission de l'administration publique, là où sont examinés appels d'offres et contrats gouvernementaux. «Le loup dans la bergerie», a dit l'opposition péquiste. L'image exprime bien que là n'est pas la place de Jean D'Amour, dont on sait qu'il n'est pas doté d'un sens critique très élevé lorsqu'il s'agit de contrats publics. Le premier ministre Charest n'est pas, c'est le moins qu'on puisse dire, un préfet de discipline très sévère. Le message est clair: un député libéral n'a pas à trop s'en faire avec les questions éthiques. Pas étonnant que l'étude du Code de déontologie et d'éthique qu'il avait promis en 2003 traîne toujours au feuilleton de l'Assemblée nationale.
11 commentaires
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 11 février 2010 01 h 21

    quel doute???

    encore un autre exemple qui fait fondre le peu de doute qu'il me restait sur l(e manque d)'éthique de la gang libérale ; "Le message est clair: un député libéral n'a pas à trop s'en faire avec les questions éthiques", que dire de plus...

    le doute qu'il me reste est plus par rapport à la capacité des citoyens de changer la situation ; que vas-tu faire, toi qui lit ce commentaire, pour changer ça?

  • Alain Larouche - Inscrit 11 février 2010 07 h 46

    Ravages

    Je suis tellement ulcéré de ce qui se passe dans ce gouvernement avec leur moralité d'une élasticité extrême que je me demande à quoi sert la démocratie. Le premier ministre fait ce qu'il veut sans retenue, sans aucune conséquence immédiate. Le seul verdict ce sera lors des prochaines élections. Mais d'ici ce temps il fera des ravages sur le désabusement de la population. Le Québec se croyait à l'abris suite aux abus de Duplessis. Mais non! Nous en sommes encore là. M. Charest passera à l'histoire comme l'un des plus grands fossoyeurs de la démocratie Québécoise

  • Bernard Gervais - Inscrit 11 février 2010 08 h 00

    Le deux poids deux mesures de Jean Charest

    Quand il était chef de l'opposition, Jean Charest ne ratait pas une seule occasion pour jouer l'offensé ou crier au scandale à la moindre erreur du gouvernement péquiste.

    Et son attitude à l'égard de ses principaux adversaires n'a pas changé d'un iota même s'il est lui-même premier ministre depuis avril 2003.

    Suivez les débats à l'Assemblée nationale et vous verrez. Chaque fois, par exemple, que Mme Marois l'interroge sur la question de la santé, il sort sa cassette et radote que nous les problèmes que nous connaissons dans ce domaine sont encore et toujours attribuables uniquement aux politiques de ses prédécesseurs ! Faut quand même le faire !

    Par contre, quand son propre gouvernement se trompe ou que certains des ses ministres ou députés agissent de façon douteuse (par exemple, les D'Amour, Whissell et Tomassi), M. Charest ne s'en formalise pas trop et ose même déclarer que lui et son équipe n'ont absolument rien à se reprocher ! Décidément, notre premier ministre ne manque pas de culot !

  • pierre savard - Inscrit 11 février 2010 08 h 36

    PAUVRE QUEBEC

    Voilà notre gouvernement ! Charest gouverne comme bon lui semble. Et l'opposition péquiste est très faible. Dire que certains intellos trouvaient l'opposition adéquiste faiblarde. Les péquistes sont pires. Ces derniers n'ont aucun député qui se démarque du lot. PQ et PLQ ? C'est le système du parti unique, une sorte de duopole. Le PQ c'est Coca-Cola et le PLQ c'est Pepsi. Pas surprenant que le prochain taux de participation avoisinera peut-être les 50 %. Et que continue la corruption !

  • Pierre Bernier - Abonné 11 février 2010 08 h 58

    Respect du droit, de la déontologie et de l'éthique publique

    En régime démocratique, cette triade exigeante doit être au coeur des valeurs (croyances et convictions) des personnes qui sollicitent volontairement un mandat électoral pour prendre charge, provisoirement, des affaires collectives.

    Tout manquement avéré ou tout apparence de manquement à ces hauts standards disqualifie.

    Monsieur Charest en sait quelque chose, lui qui avait dû quitter sa charge de quasi-ministre fédéral pour un simple « coup de téléphone » !

    Manifestement, la leçon ne lui a pas permis de maîtriser la « compétence transversale » que celle-ci visait.

    Pas étonnant non plus que son gouvernement soit incapable de produire un projet de loi sur l'éthique et la déontologie des membres de l'Assemblée nationale (et autres élus sous son contrôle) qui repose sur un énoncé clair des valeurs, digne de la société de droit qu'ils doivent servir.

    La mollesse et l'ambiguïté de l'article 6 du projet de loi 48 en est la démonstration.