Accès à l'information - Un cas après l'autre

On aura beau multiplier les versions pour expliquer le fait que le bureau du ministre conservateur Christian Paradis ait bloqué une demande d'accès à l'information, ce que la loi interdit, l'affaire se résume à peu de mots: l'obsession du secret du gouvernement Harper.

Au tout premier jour de la session parlementaire qui avait suivi l'élection des conservateurs en 2006, le président du Conseil du Trésor de l'époque, John Baird, avait clairement affiché son intention de restreindre l'accès à l'information, loi dont il avait la responsabilité. Cela allait directement à l'encontre des promesses de transparence que Stephen Harper avait martelées durant la campagne électorale, mais les nouveaux élus n'allaient pas se laisser arrêter par ce menu détail...

Depuis, le contrôle n'a cessé de se renforcer, ce qui a été dénoncé sur toutes les tribunes, notamment par les commissaires à l'information eux-mêmes.

Certes, depuis l'entrée en vigueur de la Loi sur l'accès à l'information en 1983, tous les gouvernements ont tenté de mettre des bâtons dans les roues de ceux qui s'intéressent aux dossiers chauds. Avec le gouvernement Harper, on atteint toutefois des sommets. Tous les médias font régulièrement état des problèmes qu'ils rencontrent. Encore en janvier, Le Devoir signalait qu'Ottawa met maintenant 300 jours à répondre aux demandes concernant la mission afghane; la semaine dernière, c'était au tour du Globe and Mail d'exposer, courriels à l'appui, qu'il lui a fallu 32 mois pour avoir une information. Selon la loi, le délai de réponse devrait être de 30 jours!

Cette fois-ci, c'est l'agence Presse canadienne qui a été victime de l'ingérence gouvernementale, faite directement par le bureau du ministre Christian Paradis. Erreur de jugement d'un employé, se défendait hier le ministre. La veille, sa directrice des communications évoquait plutôt le souci — surprenant! — de faire épargner 27,40 $ à l'agence de presse, en lui envoyant quelques pages gratuitement plutôt que l'ensemble du document demandé...

M. Paradis a dû par ailleurs indiquer s'il avait l'intention de congédier l'employé fautif. Pas du tout, a-t-il évidemment répondu. Et il a bien raison, le ministre: le problème n'est pas cet employé qui a réussi à faire intercepter le document au bureau de poste même! Le problème est global: c'est le déni de transparence du gouvernement. Un expert australien a déjà résumé le comportement des conservateurs concernant l'accès à l'information de la façon suivante: «une tentative digne du XIXe siècle de gérer le secret». On ne saurait mieux dire. On sait aussi que ce gouvernement ne changera pas d'attitude.

C'est pourquoi il faut saluer le courage de l'actuelle commissaire à l'information, Suzanne Legault, qui, même si elle n'occupe ses fonctions que par intérim, n'a pas craint d'ouvrir une enquête prioritaire sur l'ingérence du bureau de M. Paradis. Le ministre avait beau faire bonne figure hier, la procédure, rarement employée, n'a pas dû réjouir le cabinet Harper.

On attend également beaucoup du rapport annuel que Mme Legault doit déposer au Parlement en mars. Son attitude actuelle laisse croire qu'elle ne se laissera pas impressionner et que les critiques, méritées, pleuvront à l'égard du contrôle gouvernemental. Mais serait-ce alors son dernier tour de piste? Notre chroniqueuse Manon Cornellier le rappelait encore lundi: elle est longue, la liste des hauts fonctionnaires déterminés que le gouvernement Harper a réussi à éjecter.

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jboileau@ledevoir.com
4 commentaires
  • Denis Miron - Inscrit 10 février 2010 07 h 47

    Droit d'accès à l'information et pouvoirs discrétionnaires sans limite

    À quoi sert cette loi d’accès à l’information si les ministres au pouvoir ne la respectent pas, peu importe le parti au pouvoir et si les journaux n’utilisent pas le recours aux tribunaux pour faire valoir ce droit qui est validé par cette loi?
    En constatant les faits que vous nous révélez, ça me donne fortement l’impression que nous sommes dans une apparence d’état de droits. La place accordée au paraître serait-elle surdimentionné? Si l’information est l’oxygène de la démocratie, n’est-il pas paradoxal que ceux qui obtiennent ces postes de représentants du peuple par le suffrage universel, fassent tout en leur pouvoir pour empêcher cette oxygène de circuler. La représentativité serait-elle un leurre,un mirage, une illusion exploitable à des fins marchandes dans l’intérêt personnel du candidat, un emballage trompeur, un cirque de charlatans, une commédia del arte.
    Loi d’accès à l’information contrée par des pouvoirs discrétionnaires pluriels sans limite synonyme d’abus de pouvoir et d’arbitraire, voici comment les dictatures fascistes participent aux bals masqués des pseudo-démocraties qu’ils veulent imposer partout sur la petite planète bleu pour pouvoir donner l’assaut final aux biens commun et avoir un accès sans contrainte aux ressources restantes.
    Comme le club des ex à Radio-Canada je dis :«Non, c’est pas plate, la politique» quand on prend ça au premier degré et qu’on est trois néolibéraux à argumenter sur des détails mineurs…
    Par contre si on gratte un peu plus creux c’est juste un peu dégueulasse des fois ce que tente de nous faire avaler l’état prédateur et ses bailleurs de fonds transnationaux avec leurs capitaux étrangers aux droits humains dissimulés dans les paradis fiscaux.

  • Carole Dionne - Inscrite 10 février 2010 08 h 42

    LE PROBLÈME N'EST PAS TANT LÀ...

    C'est plutôt la façon en dictateur de Stephen Harper qui fait peur. Je me croyais dans une certaine démocratie. au contraire, comme Jean Charest, aussitôt qu'ils sont au pouvoir, ils se croit roi et maître de tout, jusqu'à la prochaine élection.



    Pourtant, notre système parlementaire descend du système anglais. HUM

  • Konstantin Kozlov - Inscrit 10 février 2010 12 h 36

    La chasse aux sorciers

    M. Josée Boileau. Continuez la chasse aux sorciers. Vous réussissez bien.

  • Liliane - Inscrite 10 février 2010 15 h 41

    Un recul historique

    La transparence n'est pas donnée à tout le monde. ce gouvernement confirme une foule de préjugés populaires vis-à-vis les politiciens et leurs activités. Il méprise les journalistes et les informations qu'ils veulent divulguer à la population. Personnellement, je trouve la situation actuelle dangereuse pour la démocratie... elle dévie vers la droite là où il y un précipice très profond.. quelques pas de plus dans cette direction et nous sombrerons dans une nouvelle noirceur, sous les yeux des pays, qu'hier encore, regardaient le Canada avec amitié. Leur étonnement actuel est une horreur car au plan international nous ne jouons plus les mêmes règles ... je crois même que nous sommes débarqués de la joute, disqualifiés par manque de crédibilité. le Canada est une grosse machine lourde, dirigé par une gang qui tire sur nos valeurs à coups de mensonges et de camouflages... avec un pouvoir abusant avant tout le peuple qui l'a élu. Le peuple est long à sortir de son inertie... sans informations, il est doublement handicapé. Harper et sa clique sait cela... il mise avec l'inertie comme d'autres l'ont déjà fait parmi les plus pernicieux. Journalistes du Québec et du Canada aidez-nous, je crie au secours... il faut comprendre la différence entre un bon gouvernement et un radin manipulateur.