Le nucléaire iranien - L'ambiguïté

C'est décidé: de nouvelles sanctions vont être prises contre l'Iran. À la différence des négociations inhérentes aux rondes antérieures, celles-ci s'annoncent ardues ou plus exactement complexes, très complexes. Car outre les calculs politiques et les intérêts commerciaux respectifs à chacun des membres du Conseil de sécurité, s'ajoute une nouvelle donne: l'opposition au régime des ayatollahs est plus profonde, plus constante. Aujourd'hui, elle a un visage. Avant, elle était dans l'ombre.

Cela rappelé, on ne sera pas étonné d'apprendre que l'objectif des sanctions envisagées notamment par les États-Unis et la France se formule comme suit: concevoir des punitions visant le coeur du régime, soit les Gardiens de la révolution qui, à la faveur des manifestations postérieures à l'élection de juin dernier, ont pris de l'ascendant sur les ayatollahs, le clergé. Bref, à Washington comme à Paris, on souhaite affaiblir l'empire industriel et financier des Gardiens.

Ailleurs? Là, ça se complique. À Moscou, depuis que Barack Obama a abandonné le projet d'un bouclier antimissile situé en Pologne et en République tchèque, les dirigeants ont durci le ton envers les responsables iraniens. On sait que le Kremlin est favorable à des mesures coercitives, mais peut-être pas aussi coercitives que celles sur lesquelles planchent certains de leurs homologues étrangers. Ses intérêts bien compris, le Kremlin veut rester le principal fournisseur d'armes de l'Iran, mais peine à cacher une de ses hantises: qu'une puissance nucléaire s'installe sur le littoral de la mer Caspienne. Autrement dit, dans son arrière-cour.

En Allemagne comme en Italie, les positions font écho à celle constatée sur les bords de la Moskova. C'est-à-dire? Ambiguës. À Berlin et à Rome, on est favorable à des sanctions, mais pas au point de réduire les échanges commerciaux avec l'Iran à néant. Il faut savoir que les entreprises allemandes et italiennes dominent sur ce front toutes les autres. En fait, elles contournent allégrement le chapelet de sanctions décidées depuis 2006. Et maintenant, la Chine.

Aujourd'hui comme hier, Pékin est opposée à une addition de punitions. Et ce, plus que jamais. Car il y a une semaine à peine, la Maison-Blanche a annoncé des ventes d'armes à Taïwan. Ce faisant, on s'en doute, Washington a irrité au plus haut point le gouvernement chinois. À Washington et dans d'autres capitales, on parie que Pékin va être tentée de rendre la monnaie de sa pièce dans le cadre du dossier iranien.

En ce qui concerne les autres membres du Conseil, leur attitude se résume simplement: opposition aux sanctions. Le Brésil parce qu'il considère, non sans raison d'ailleurs, que celles commandées pendant quatre ans ont été contre-productives. La Turquie parce qu'elle se verrait bien endosser le costume du médiateur entre Téhéran et la communauté internationale. Le Nigeria parce qu'il est musulman.

Lorsqu'on s'attarde aux conséquences des sanctions passées, on retient qu'elles ont renforcé la fibre nationaliste des Iraniens et de facto le régime. À méditer.