Élection en Ukraine - La paralysie

Hier matin, le candidat à l'élection présidentielle Viktor Ianoukovitch était crédité d'une avance confortable sur Ioulia Timochenko, l'égérie de la «révolution orange» qui, en 2004, renvoya le premier à l'arrière-plan de la scène politique. Mais voilà, au fur et à mesure que le dépouillement des votes se poursuivait, dans la journée d'hier, l'écart entre les deux adversaires se réduisait comme une peau de chagrin. Il est pratiquement certain que Ianoukovitch va être confirmé président, mais il est tout aussi probable que Timochenko va être en mesure de mener une guérilla propre à renforcer la paralysie politique qui frappe l'Ukraine depuis plusieurs années maintenant.

Rien ne met mieux en relief cet immobilisme que la géographie électorale. Dans les provinces de l'est du pays, le sentiment pro-russe est si trempé que Ianoukovitch, dont la langue maternelle est le russe, a récolté un vote à la «soviétique». Son inclination pro-Moscou lui a permis en effet de rafler plus de 90 % des suffrages. À l'inverse, Timochenko, dont la fibre pro-occidentale est aussi réelle qu'affirmée ainsi qu'en témoignent ses prises de position en tant que premier ministre, l'a emporté à Kiev, la capitale, dans les principales villes du pays ainsi que dans les provinces situées à l'ouest. Pour faire court, disons que le patriotisme régional de Ianoukovitch s'oppose au désir d'intégration à l'Union européenne de Timochenko.

Cela étant, Ianoukovitch a pour lui un avantage: les militants et élus de sa formation, le Parti des régions, marchent en rangs serrés. Contrairement à la coalition orangiste de Timochenko où l'on se chamaille à qui mieux mieux avec une constance telle que le capital de sympathie observé au lendemain du renversement pacifique du président Léonid Koutchma a fondu comme neige au soleil.

Une fois l'inventaire des bulletins accompli et les résultats officialisés, la bataille va se transporter au Parlement où Timochenko, malgré les tiraillements constatés au sein de sa coalition, dispose d'un contingent de députés suffisamment imposant en nombre pour mener la vie dure à Ianoukovitch jusqu'aux prochaines législatives de 2011. Si l'on comprend bien les méandres de la politique ukrainienne, il serait même possible qu'elle conserve son poste de premier ministre.

Il est facile d'imaginer qu'à Moscou on doit se féliciter de la tournure des événements. Même si leur champion ne l'a pas emporté par une marge lui assurant la maîtrise de tous les leviers du pouvoir, force est de constater que le sentiment anti-russe de 2004 et des années antérieures, sans oublier les rapports de force qu'il suppose, s'est passablement émoussé. L'éventuelle intégration à l'UE va être ramenée à une diversion politique. Quant à la greffe de l'Ukraine à l'OTAN, la hantise du Kremlin, elle figure désormais dans la clause des rêves abandonnés. Au lendemain de ce scrutin, il est clair que la somme des déceptions l'emporte sur celles des enthousiasmes sauf à... Moscou!