Calendrier scolaire - Confusion

Y a-t-il un plan malicieux qui se camoufle derrière la volonté du ministère de l'Éducation d'ajouter de la «flexibilité» au calendrier scolaire? Qu'il soit permis de poser la question, car l'absence totale de plan de communication entourant cette annonce laisse planer tous les doutes.

Autour d'un projet de règlement tenant en quelques paragraphes techniques, sans préambule, apparemment pas de consultation, certains ont brodé le pire. Quoi? Dès l'automne, les enfants du Québec iraient à l'école le samedi? Ils n'auraient d'autre choix que d'aller en classe le jour de Pâques? La révolution, pardi!

Parents et enseignants — et même les commissions scolaires! — ont avoué ne pas comprendre d'où émanait cette directive, ou plus précisément à quel besoin elle devait répondre. En guise d'explication, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a évoqué la lutte contre le décrochage.

Il n'y a rien de convaincant dans cet argument nébuleux, que l'on sert maintenant à toutes les sauces. En septembre dernier, au moment de lancer les «treize voies de réussite» dessinant son plan de lutte contre le décrochage, Québec n'a pas l'ombre d'une fois évoqué la possibilité d'aller farfouiller ainsi dans le régime pédagogique pour transformer les jours d'école en heures et sabrer un calendrier de congés scolaires. Pourquoi s'agirait-il désormais d'une «clé» de la réussite, jusqu'ici méconnue?

Les mauvais plans de communication, c'est connu, engendrent de vaines paniques. Mme Courchesne s'est faite rassurante, afin que soient remisés les scénarios d'épouvante: pas d'école le samedi pour les petits. Seulement une «adaptation aux besoins de la clientèle», l'école le soir ou la fin de semaine pour les inscrits en formation des adultes, en formation professionnelle, ou encore dans le cadre d'un projet particulier (sports-études par exemple).

Fort bien. Mais primo, tout ceci est déjà possible, par voie de dérogation, ce qui ne semble créer aucun problème de taille dans un réseau scolaire qui a par ailleurs bien d'autres difficultés au sommet d'une haute pile. Et deuzio, qu'on le dise clairement: si cette volonté ministérielle ne trouve pas d'écho dans les conventions collectives des enseignants, rien de tout cela ne sera possible! Le régime pédagogique encadre l'horaire des enfants, et la convention collective, elle, l'agenda des enseignants. Entre les deux, s'il n'y a pas réciprocité, rien ne bouge.

Il y a justement une négociation qui se joue entre les enseignants et les représentants patronaux de l'Éducation. Sauf erreur, aucune des parties n'a mis sur la table cette demande de modification de calendrier à la formation générale des jeunes.

Alors, quoi? Alors, laissée dans le doute, l'imagination s'affole et cabriole. À quelle «clientèle» s'adaptera-t-on au juste? On a supposé que ces insolites modifications camouflaient un «accommodement» destiné à permettre, pour les écoles juives dites «illégales», l'enseignement la fin de semaine (ou hors d'un calendrier collé aux congés catholiques), en contrepartie d'un nombre d'heures obligatoires pour les matières de base. On a imaginé que cela répondrait aux besoins de certaines écoles privées vantant les mérites de projets particuliers.

Farfelu? Peut-être. Mais cette sortie ministérielle ratée, pour une affaire en apparence importante mais néanmoins incompréhensible, invite à la conjecture. Pour éviter de diviser un réseau qui déjà se fissure, des précisions s'imposent. Il y a déjà bien assez de confusion autour de l'école.

*****

machouinard@ledevoir.com
4 commentaires
  • Yvon Roy - Inscrite 9 février 2010 07 h 30

    triple axel

    Le triple axel est toujours intéressant en politique, mais c'est raté il me semble. Pourquoi pas des cours intercultûrels de curling pour faire plaisir à Pauline?

  • Polux - Inscrit 9 février 2010 10 h 31

    Pluralisme... oblige!

    Quand rien de fondamental ne justifie le changement, on ne peut que s’interroger sur le motif. Et le motif fourni, est bien peu crédible en l’occurrence. Il faut croire que le ‘harperisme’ est à la mode. Toutes les excuses sont bonnes, ici pour ouvrir encore plus la porte aux accommodements pluralistes. Est-ce raisonnable?

  • Sylvia08 - Inscrit 9 février 2010 11 h 20

    Nouveau calendrier scolaire : une question...

    Quelqu'un a-t-il pensé à tous ces parents séparés qui ont déjà de la difficulté à voir leur(s) enfant(s) lorsque c'est enfin LEUR fin de semaine? Je m'interroge...

  • Frédéric Gosselin - Inscrit 9 février 2010 11 h 43

    Décrochage des politiciens?

    Se pourrait-il que certains politiciens soient décrochés de la réalité vécue sur le terrain? Il faudrait que nos politiciens s'accrochent à des solutions réalistes au lieu de tendre des perches d'incertitude. Peut-on faire et dire tout et n'importe quoi pendant des négociations?