La crise grecque - Le dilemme

Ces jours-ci, en Europe, les Bourses ont chuté, la valeur de l'euro a dégringolé. Et ce, à une vitesse si prononcée qu'un constat, et un seul, s'est imposé; la crise financière a fait tache d'huile. De fait, certains économistes et politiciens estiment que les tensions actuelles pourraient être fatales à la zone euro. Rien de moins.

Toutes proportions gardées, la dette de la Grèce est égale à celle du Royaume-Uni. En 2009, dans un cas comme dans l'autre, le déficit enregistré a été de loin supérieur à ce que les critères de la Commission européenne permettent. Pour remplir leurs devoirs contractés auprès d'investisseurs, pour payer l'épicerie et autres, ces nations doivent emprunter. Mais voilà, la Grèce étant le sujet d'une défiance largement partagée en Europe et au-delà, elle est confrontée à un taux d'intérêt deux fois supérieur à celui imposé à l'Allemagne, pays de référence en cette matière.

On le répète, Athènes doit débourser deux fois plus que bien des membres de l'Union européenne parce que la méfiance à son égard est généralisée. Le mauvais sort fait à ce pays est essentiellement attribuable à la corruption, à la magouille, au maquignonnage. Il y a deux jours à peine, le ministre des Finances confessait que toute l'administration de l'impôt était corrompue de haut jusqu'en bas de la hiérarchie. Ce n'est pas tout.

En 2004, un audit des finances publiques mettait en relief un vice énorme: le déficit réel des exercices allant de 2000 à 2004 était deux fois supérieur à celui communiqué à Bruxelles et aux autres capitales. En octobre dernier, le nouveau premier ministre, Georges Papandréou, révélait, après un autre examen comptable, que son prédécesseur avait divisé par deux le déficit de 2009. Qu'ils soient conservateurs ou socialistes, les responsables politiques avaient soustrait, là, les dépenses militaires, lorsqu'ils ne greffaient pas, là, au PIB leur évaluation financière de la prostitution. Bref, pendant presque une décennie, Athènes a maquillé les chiffres.

Comme c'est la coutume, si l'on peut dire, quand un pays est confronté à une crise, ses dirigeants conçoivent d'abord, présentent ensuite un plan d'austérité. Bien évidemment, la Grèce n'a pas fait exception sauf que, pour la première fois dans l'histoire de l'Union européenne, les finances de cet État souverain ont été placées sous la tutelle de la Commission européenne. Pour reprendre les mots de Joaquin Almunia, commissaire chargé des Affaires économiques et monétaires, «un système de surveillance aussi précis et strict n'a jamais été mis en place jusqu'ici».

Cette perte de souveraineté d'une nation au profit d'institutions européennes découle de la méfiance, mais également d'un ras-le-bol. On pense à celui, voire surtout, de l'Allemagne et, dans le cas qui nous occupe aujourd'hui, de la France. Il faut savoir que les poids lourds financiers de ces États détiennent à eux seuls 40 % de la dette grecque. Leurs intérêts bien compris, ils veulent éviter un éventuel effet domino pouvant ravager leurs établissements bancaires. Pour bien mesurer la volonté déjà manifestée par Berlin et Paris de voir la Grèce sous tutelle, il suffit d'écouter le ministre allemand de l'Économie: «Il ne devrait pas y avoir de secours collectif à un groupe de guignols.»

Cet accès de colère s'est nourri du cas grec, mais également des hantises que suscitent les cas espagnols et portugais dont la piètre santé financière vient d'ébranler toutes les places boursières de la planète. C'est bien simple, selon l'économiste Nouriel Roubini, qui fut le premier à prédire la crise de 2008, «si la Grèce est un problème, l'Espagne pourrait être un désastre parce qu'elle est la quatrième économie de la zone». L'Espagne fait peur, très, très peur. D'autant que la décentralisation qui a cours fait que l'État central contrôle seulement le tiers des dépenses publiques. Autrement dit, le premier ministre socialiste, José Zapatero, est condamné à négocier avec des gouvernements régionaux conservateurs. Bonjour l'ambiance!

De Madrid à Athènes, en passant par Lisbonne, Rome — l'Italie étant également très endettée —, Berlin, Bruxelles et Paris, le problème qui se pose revient à composer l'équation de la quadrature du cercle. Car il faut savoir que la clause de non-renflouement interdit à la Banque centrale européenne d'émettre des obligations destinées à sortir un pays de l'abysse. Si l'on aide l'un, il faudra aider les autres. Si l'on n'en aide aucun, alors la rue va gronder des hauteurs de l'Acropole au Prado.
1 commentaire
  • pierre savard - Inscrit 8 février 2010 15 h 06

    Socialisme

    Voilà où mène le socialisme, le syndicalisme militant, les dépenses sociales, la politicaillerie, la corruption,la lâcheté des politiciens, etc. L'Europe "social" est en crise. La social-démocratie est morte. Le tour du Québec approche. La dette du Québec ? Bientôt 217 milliards (voir site de l'IEDM). La solution était pourtant simple: couper dans les dépenses, mettre fin aux gaspillages. Les politiciens socialistes ne comprendront jamais.