Lieutenant-gouverneur - Le paon

La fonction de lieutenant-gouverneur du Québec est-elle de nature à bomber les ego? L'honorable Pierre Duchesne n'a pas le train de vie princier de sa prédécesseure, mais il semble n'avoir retenu de ses devoirs de sobriété que l'aspect pécuniaire. Cette fonction de prestige, même si l'on veut y voir autre chose qu'un symbole, appelle à un peu plus de réserve.

Les apparences sont peut-être trompeuses. Mais dans la sphère publique, et encore davantage lorsqu'on est chef d'État, celles-ci sont capitales. Lorsqu'on sait en outre que la fonction de représentant de Sa Majesté ne suscite au Québec aucun enthousiasme et provoque plutôt une certaine irritation, on peut même avancer que ces apparences sont primordiales. Un dernier argument en faveur de ce qui paraît: puisque les excès de l'ex-lieutenante-gouverneure, Lise Thibault, font actuellement l'objet d'une cause criminelle, la transparence absolue est fondamentale.

Pierre Duchesne était l'invité cette semaine de la Commission d'administration publique, mais les «privilèges» de sa fonction l'ont incité à jouer aux absents, déléguant plutôt son aide de camp principal devant les parlementaires venus discuter imputabilité. Le siège de vice-roi réduirait-il, par quelque opération divine liée aux commandements monarchiques, tout élan de modestie? En cette ère d'egomanie, ceux-ci sont d'autant plus précieux qu'ils se font rares. Qu'on en juge: en s'abaissant à cet exercice public, M. Duchesne a craint de créer un «précédent», une tempête dans les pays du Commonwealth. Même le premier ministre Jean Charest n'a pas apprécié cette apparente vanité royale.

Le lieutenant-gouverneur a peur d'un précédent qu'il a pourtant lui-même signé, le 30 octobre 2008, en se prêtant de bonne grâce à l'exercice de reddition de comptes demandé par la même Commission. «Il va sans dire que j'écris probablement une première page dans le monde du Commonwealth», concédait-il alors, avant de confier qu'il se soumettait à cette opération «par souci de transparence». Il devrait aujourd'hui avoir le même souci.

Histoire d'ajouter un vernis de complaisance à ce récit, on apprenait que le lieutenant-gouverneur avait décidé, par mesure d'économie, de faire renaître une tradition stoppée en 1966 en optant pour la remise de médailles à son effigie à des citoyens hors pair plutôt qu'un parchemin.

L'avait-on oublié? Pour accéder de manière efficace et rapide à sa résidence secondaire, située sur L'Isle-aux-Grues, M. Duchesne a déjà demandé et obtenu le privilège de passer devant le peuple qui attendait sagement le traversier, voguant au gré des marées. Le passe-droit de Son Honneur a tellement contrarié la population que le conseil municipal a annulé ce privilège, retournant le vice-roi dans la file, au milieu de la plèbe.

À cause des égarements de sa prédécesseure, l'actuel lieutenant-gouverneur du Québec, plus que d'autres avant lui, a un devoir de sobriété qui doit s'afficher non seulement dans une comptabilité exemplaire, mais également dans l'attitude, que l'on souhaiterait un peu plus humble. Dans la cour du roi, la roue du paon agace.

À voir en vidéo