Jeu en ligne - Bluffeurs

Le nébuleux concept de «jeu responsable» avait déjà de quoi faire tiquer. Ce n'est pas en enrobant son projet de jeu en ligne des mots «sécurité», «intégrité» et «responsabilité» que Loto-Québec nous convaincra qu'il n'y a pas là plus de risques pour la santé publique que de bénéfices — pécuniaires! — pour l'État.

Cette décision, dont le Québec se flatte puisque, semble-t-il, «tout le monde le fait», eut-elle été précédée d'un débat public portant sur l'impact social du jeu en ligne cautionné par l'État que l'on aurait peut-être été moins enclins à ne retenir qu'une donnée, financière celle-là. Ce sont 50 millions de dividendes annuels que Loto-Québec compte engranger au bout de trois ans grâce à ce projet. Le voilà le seul, l'unique, le véritable enjeu. Le jeu de la rhétorique et du bluff est vain: cette mise en ligne n'a rien d'un service social.

Loto-Québec a une bien louable intention: celle de contrer l'offre croissante de jeu en ligne et d'offrir un encadrement sécurisé pour ses adeptes, dont la popularité monte en flèche. Elle mise sur l'aspect alléchant de ses balises pour faire concurrence à une industrie illicite qui roule sur l'or. Elle ne peut rester «passive» devant l'agitation du marché noir — on ne sait pas en outre si elle aurait pu s'y attaquer férocement pour l'affaiblir plutôt que de créer son propre réseau parallèle.

Or, rien ne dit que la série de contrôles qu'elle présente comme des atouts rassurants ne va pas dissuader l'habitué plutôt que de le convaincre de passer en mode «étatique». Rien ne dit non plus que ce cadre sécuritaire ne va pas soudainement convaincre des inquiets de s'adonner au jeu en toute quiétude. L'État deviendrait alors le promoteur de cette nouvelle piste de jeu, stimulant le marché des joueurs?

Tout cela est source d'un immense malaise. Un malaise amplifié, par exemple, par de puissants indices: de récentes données publiées par l'Institut de la statistique du Québec montrent que 21 % des élèves du secondaire affirment avoir joué au poker, risquant au moins une petite somme. Les jeux en ligne, qui présentent des caractéristiques encourageant la dépendance, sont de plus en plus prisés. Même s'ils demeurent un divertissement pour la vaste majorité, certains — et ils alimentent le plus la cagnotte! — en deviennent malheureusement malades.

Loto-Québec promet un contrôle absolu de l'âge de ses futurs abonnés, jusqu'à proposer une vérification «en personne» de l'identité d'un candidat — qui s'astreindra à ce processus? L'expérience dira si en faisant la promotion de ce type de jeu contrôlé, le gouvernement, offrant sa caution morale, ne va pas inviter implicitement les moins de 18 ans à s'y adonner sur les sites illégaux, en attendant la majorité...

Beaucoup d'incertitude, en somme, puisque la société d'État a subtilement évité le débat, promettant plutôt de s'en remettre plus tard à un comité d'experts qui surveillera les impacts sociaux de son projet. C'est le ministre de la Santé qui en assurera d'ailleurs la gouverne. Voilà un siège plutôt inconfortable pour le représentant d'un gouvernement qui d'un côté se veut protecteur et de l'autre avide de profits. Qui dira vrai?

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machouinard@ledevoir.com
2 commentaires
  • Andre Vallee - Abonné 5 février 2010 04 h 24

    Horreur

    Je ne peux concevoir que nos représentants politiques puissent tenir un tel langage face à un problème social si grave. Plus de réflexion est indispensable et s'avère un devoir de conscience sociale.

  • Fernand Turbide - Inscrit 5 février 2010 09 h 36

    Le jeu en ligne...

    Que cela nous plaise ou non le jeu comme l'alcool, la drogue et la prostitution sont des réalités et c'est une erreur de les ignorer au nom d'une morale souvent discutable.C'est une question d'argent oui mais c'est plus que ça; c'est la protection financière et physique de ceux qui sont impliqués dans ces activités et qui sont a la merci du crime organisé ce qui est catastrophique. L'État peut par une gestion honnête et réaliste encadrer ces activités de façon a limiter les excès et les dégâts engendrés par ces passions. Avant l'arrivée des machines a poker gouvernemental et que le crime organisé gérait l'activité le retour aux parieurs était de 15 a 20% alors que maintenant il est de 70% ce qui est important. Un autre aspect: les sites casino internet permettent pour la plupart la possibilité de jouer pour le vrai ou pour le plaisir ce qui n'est pas le cas dans les bars. Je suggère a Loto-Québec d'instaurer cette pratique qui permet de s'amuser sainement a ces différents jeux de hasard sans qu'il en coute un sous.La priorité en tout temps doit être la protection du consommateur.

    Fernand Turbide