Émissions de GES - Une politique made in USA

Le gouvernement conservateur de Stephen Harper a annoncé en catimini, en plein week-end, que le Canada allait se coller aux États-Unis dans la lutte contre les gaz à effet de serre. L'alignement sur la politique de l'administration du président Obama sera total. Si celles-ci devaient évoluer, le Canada adapterait ses politiques à l'avenant. Pour l'instant, c'est à la baisse. Curieux mimétisme de la part d'un pays souverain.

e ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice, justifie cette approche par la nécessité d'harmoniser au plan continental les méthodes et les objectifs de réduction des GES. Il est vrai que le Canada et les États-Unis partagent un même territoire et une même économie. Un certain degré d'harmonisation est inévitable, de la même façon qu'il est souhaitable que tous les pays du monde agissent de concert. On ne peut être contre la vertu.

Le problème ici tient au fait que le Canada se met à la remorque des politiques américaines. Il renonce même à tenter de les influencer. Dans le cas présent, l'objectif de réduction des GES que s'apprêtent à déterminer les États-Unis est de 17 % d'ici 2020 par rapport à leur niveau de 2005. Le Canada, qui avait déjà établi que son objectif allait être de 20 %, le ramène à 17 %. Et le ministre indique que si la position finale des États-Unis devait être différente, il s'ajusterait en conséquence. Or, la loi dite de Waxman-Markey qui fixe cibles et méthodes de réduction des GES est toujours à l'étude au Sénat américain. Si elle n'était pas adoptée, le Canada se retrouverait techniquement sans objectif de réduction de ses GES.

Cette abdication de son pouvoir souverain comme gouvernement du Canada est faite délibérément par les conservateurs de Stephen Harper, qui ont trouvé là une justification à un énième recul sur le plan de la lutte contre les GES. Recul qui pourra être suivi d'autres, puisque l'administration Obama se heurte à une résistance encore plus grande qu'au Canada à l'adoption de réductions le moindrement importantes des GES.

L'effet direct de cette nouvelle politique sera d'obliger les groupes de pression, qu'il s'agisse d'industries ou de groupes environnementaux, à tenter d'influencer la politique américaine et de faire leur lobby directement à Washington. Chose qu'avait d'ailleurs bien compris le gouvernement Charest en adoptant il y a quelques semaines un règlement sur le contrôle des émissions de GES du parc automobile, que le ministre Prentice a qualifié il y a deux jours de «sottise».

Québec n'est pas si sot que cela. Il a compris que s'il voulait contrer les politiques timides d'Ottawa, il lui fallait s'aligner sur le mouvement pro-Kyoto américain. Ce règlement est calqué sur un règlement similaire de la Californie, que 14 autres États américains ont aussi adopté. Au Canada, deux autres provinces au moins, la Colombie-Britannique et le Manitoba, songent à suivre ce mouvement. Par la force du nombre et du poids économique que représentent ces États, l'industrie automobile n'aura d'autre choix que d'adopter les normes les plus sévères. Ce n'est pas sans raison que Jim Prentice a ainsi cherché à se moquer du règlement québécois. Pour empêcher que d'autres provinces suivent le Québec sur cette voie, il n'y a pas de meilleur moyen que de discréditer ses politiques.

Le gouvernement fédéral ayant défini les choses clairement, ce dont il lui faut accorder le mérite, l'on sait maintenant où doit avoir lieu la bataille. Washington devient encore un peu plus la vraie capitale du Canada.

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