100 ans du Devoir - Lettre aux lecteurs

Les lecteurs ont été nombreux dimanche à venir rencontrer les artisans du Devoir.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les lecteurs ont été nombreux dimanche à venir rencontrer les artisans du Devoir.

Rares, trop rares, sont les occasions où les artisans d'un journal prennent la mesure de tout ce qui les engage envers leurs lecteurs. À la faveur d'un centième anniversaire qu'elle célèbre avec honneur, l'équipe du Devoir s'est offert le plus beau cadeau: la chance de croiser son public, un public riche, allumé, attaché et attachant, tout à la fois reconnaissant et exigeant.

Cette rencontre, qui eut lieu dimanche au Marché Bonsecours 100 ans après le premier souffle du Devoir, nous a touchés, au-delà peut-être de ce que les mots peuvent dire. Elle nous conforte, et nous réconforte. Elle nous rappelle que ce travail résultant d'une chaîne d'actes isolés est bel et bien reçu par des adeptes attentifs, intéressants, critiques, fervents défenseurs de ce journal singulier. Notre lectorat nous honore.

Nous vous savions intelligents, exigeants, parfois impitoyables, excessifs, un brin râleurs. Nous vous avons trouvés généreux. Généreux de vous être ainsi déplacés jusqu'à nous à la faveur de cet appel à tous inhabituel. De plusieurs régions du Québec, et même de plus loin, vous avez parcouru, le temps d'un aller-retour et uniquement pour nous saluer, cette distance physique qui généralement nous sépare. Il faisait bon vous avoir là, tout près.

Nous avons aimé entendre votre attachement à ce journal avec lequel nous-mêmes, chacun à notre manière, nous sommes en affection. Certains d'entre vous perpétuent, en lisant le Devoir chaque jour, une tradition familiale s'échelonnant sur plusieurs générations. D'autres ont découvert ce journal en mettant le pied au Québec, pour en faire leur point d'attache. Vous avez raconté de mille et une manières vos habitudes de lecture, livré vos coups de coeur, souligné vos exigences. Vous avez brandi des articles découpés, affectueusement gardés comme des pièces uniques. Attendant sagement en ligne, vous avez timidement demandé des autographes! Il fallait se pincer pour y croire. Vous avez avec ferveur communiqué votre joie d'être lecteurs de ce journal, comme s'il s'agissait d'un privilège. Ce n'est pas un hasard: le même sentiment nous habite.

Nous avons été ravis de connaître vos histoires, de savoir qui vous êtes, ce que vous faites, pourquoi vous nous lisez, ce que vous espérez de ce journal. Habitués surtout à des échos «officiels» et vivant au rythme effréné de l'actualité, les artisans d'un quotidien ont trop rarement la chance de rencontrer ceux qui chaque matin, dans l'intimité du foyer ou l'effervescence du lieu de travail, apprécient le fruit du labeur de la veille. Vous étiez tous, autant que vous étiez, de vrais lecteurs, en chair et os, venus nous témoigner votre gratitude avec une ardeur qui a fait chaud au coeur.

Ce grand coup d'émotion nous flatte, bien sûr. Il nous transporte, aussi, et nous incite à poursuivre, forts de votre soutien, cette folle et belle histoire journalistique. Merci.

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L'équipe éditoriale, au nom de tous les artisans du Devoir
3 commentaires
  • Claude Desjardins - Abonné 12 janvier 2010 08 h 57

    Vive l'indépendance journalistique

    Je ne pouvais pas être présent à la rencontre mais j’y étais avec mon cœur. Cela était ahurissant de voir autant de monde se déplacé pour cette rencontre mais pas surprenant quand on y pense un peu. «Le Devoir» fait partie de notre patrimoine, de notre mémoire collective grâce à la qualité et l’indépendance de ses artisans. Je me permets de reproduire ici un commentaire que j’ai envoyé hier soir sur le «blogue de l’édito» de «Cyberpresse» sous la plume de Nathalie Collard qui n’a pas passé la rampe de sa modératrice – on se demande bien pourquoi….-, et qui illustre très bien le fossé entre les grands médias inféodés au mercantilisme de l’entreprise privé et ce journal.

    «A lire les commentaires on dirait que «La Presse» est devenu un défouloir contre la pratique journalistique contemporaine. N'en déplaise à André Pratte qui en a assez de se faire regarder de haut par «Le Devoir», l'indépendance journalistique est le meilleur remède contre le cynisme de la population envers les grands médias. La ferveur des lecteurs du «Devoir» pour souligner son centième anniversaire en est la preuve.»

    Longue vie au «Devoir»!

  • Fabienne Desbiens - Abonnée 12 janvier 2010 13 h 38

    Comment ne pas vous aimer?

    Tant pis pour le sens critique, moi j'aime à peu près tout de ce journal, que j'épluche pratiquement à tous les jours. Et n'en déplaise à Mme. Bombardier, je ne fais certainement pas partie de l'élite intellectuelle... J'aime ce journal pour ce qu'il est et ce qu'il fait, je suis même éperdument reconnaissante de son existence! ;)
    Merci pour cette belle lettre.

  • Marc O. Rainville - Abonné 12 janvier 2010 14 h 11

    Leadership

    Je n’ai pas pu me rendre au Marché Bonsecours dimanche. Cependant, mes sources (photographiques) m’informent que votre directeur, M. Bernard Descoteaux, arborait en ce lieu un total de deux cravates, consécutivement et non conjointement, ce qui dans mon livre à moi est deux de trop de toutes façons. J’espère que ce n’est pas là le début d’une tendance lourde au Devoir.
    Bien à vous,
    Marc O. Rainville