Le défi du Japon - Pile ou face

De 1991 à aujourd'hui, le Japon a été confronté à une crise économique d'une ampleur jamais vue depuis la fin de la guerre. S'il est vrai que, au cours de cette période, la deuxième puissance économique du monde a enregistré certains sursauts de croissance, ils furent de courte durée. On s'attend d'ailleurs à ce que le dernier de ces sursauts laisse place à une autre récession au début de l'année. Avec, cette fois-ci, des conséquences politiques différentes.

La semaine dernière, le gouvernement du premier ministre Yukio Hatoyama a présenté un plan de stimulation de l'économie. On devrait écrire «le énième plan», quand on sait que, pour la seule année 2009, les autorités en ont composé deux. Jusqu'à présent, les médecines concoctées par les élus ont obtenu peu, très peu, de succès, parce que conçues à l'aune d'objectifs divers pour ne pas dire, dans certains cas, contradictoires. Le dernier de la série ne devrait pas faire exception, mais il se distingue des précédents par ceci: à l'étranger, il fait grincer des dents.

Lorsqu'il a dévoilé sa politique économique, le chef du gouvernement a dit tabler sur une croissance annuelle du PIB de 2 % pendant dix ans. Il a dévoilé son intention de négocier un traité de libre-échange avec ses partenaires asiatiques, en insistant sur la nécessité qu'il y avait d'être moins captif, moins prisonnier, de la progression économique américaine. Pour reprendre ses mots, Hatoyama estime que, en la matière, l'Asie doit être la nouvelle frontière du Japon. Pour des raisons culturelles et géographiques, son plan est, à cet égard, d'une logique implacable, mais...

Mais il inquiète notamment Washington, qui craint que ce rapprochement souhaité avec la Chine au premier chef ne mine quelque peu son poids économique. Pourtant, Dieu sait si, sur le front monétaire, Hatoyama et la Banque du Japon font preuve d'une pudeur d'ailleurs contraire aux intérêts de ce pays. Voilà, il y a peu, le yen a atteint un sommet, après quatorze ans d'une évolution parfois cahotique.

Et alors? Lorsqu'on prend en considération toutes les variables permettant de dresser son état de santé économique, il devrait normalement suivre une politique d'affaiblissement du yen, au risque de provoquer l'ire des États-Unis et du Royaume-Uni. Deux pays où les élus, lorsqu'ils posent un regard sur ce qui se passe chez eux, craignent comme la peste d'être confrontés à leur tour à ce que les Japonais appellent la décennie perdue. Une décennie faite de stagnation, de déflation.

Dans cette histoire, il faut souligner que l'une des causes de la crise survenue au Japon à l'aube des années 90 s'appelle «la politique économique suivie par Ronald Reagan et George Bush», qui ont commandé en leur temps une diminution de la valeur du dollar ou plutôt une augmentation de celle du yen, pour mieux plomber les exportations du pays du Soleil levant. On connaît la suite.

Mises à part les conséquences extérieures de ce plan, il faut maintenant évoquer les échos qu'il a eus à l'intérieur du Japon. Depuis l'automne dernier, celui-ci est dirigé par une coalition qui a ceci d'hétéroclite qu'elle rassemble des formations ayant des buts divergents. Des formations qui ont hérité d'un pouvoir d'influence démesuré par rapport au nombre de voix récoltées lors des dernières élections législatives. Résultat net de ce paradoxe: le chef de l'État est soumis au chantage perpétuel des ministres membres de partis ayant raflé 3 % à peine des suffrages.

Ainsi, au cours du dernier mois, le ministre responsable de la réforme de la poste a boycotté une réunion au sommet parce qu'il jugeait insuffisant le plan de stimulation économique. Un autre a suspendu les négociations en cours avec des représentants américains sur une dossier particulièrement délicat, soit le départ des troupes américaines basées sur l'île d'Okinawa. En fait, le problème auquel est confronté le premier ministre est simple à mettre en relief: des membres de son cabinet sont déterminés à miner son ordre du jour politique, alors que lui est déterminé à maintenir la coalition en place pour éviter l'implosion de celle-ci.

L'ennui, c'est que tout ce micmac détourne l'énergie qui devrait être consacrée à l'un des défis majeurs: le vieillissement accéléré de la population, qui freine des quatre fers la croissance d'une nation endettée jusqu'au cou. À l'étranger, on envisage avec effroi la possibilité que ce vieillissement se traduise par l'incapacité du Japon de rembourser la dette détenue par des investisseurs américains, britanniques, allemands et autres.

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1 commentaire
  • Geoffroi - Inscrit 5 janvier 2010 13 h 54

    A qui le tour ?

    Le Japon a été mis à genoux par les Américiains. A qui le tour ?