La dette grecque - L'euro en crise

Les pays de l'Union européenne (UE), et plus particulièrement ceux de la zone euro, sont confrontés à un énorme dilemme: soit ils collent au mandat de la Banque centrale européenne (BCE) et condamnent conséquemment la Grèce à une crise de grande envergure, soit ils ignorent les règles en question, autrement dit, ils soutiennent la Grèce et ouvrent de facto les vannes du crédit aux autres nations lourdement endettées en prenant le risque de favoriser la fièvre inflationniste. Bref, l'UE est prise entre l'arbre et l'écorce.

Reprenons. Après l'agence de notation Fitch, voilà que Standard and Poor's a ramené elle aussi la valeur de la maison Grèce à un niveau qui interdit tout secours portant l'empreinte de la BCE. Le problème, c'est que 85 % de la dette est détenue par les Européens, dont 40 % par les Allemands et les Français. On l'aura compris, les banques qui ont pignon sur rue à Berlin comme à Paris prient les dieux de l'Olympe pour que les gouvernements, de concert avec la BCE, inventent un mécanisme pouvant détourner la clause de non-renflouement.

Bien évidemment, les nations financièrement vertueuses, les nations observant la discipline budgétaire, et notamment celles qui n'ont pas adopté l'euro, grincent quelque peu des dents. Leur argumentation est bien simple: aider la Grèce, c'est encourager le laxisme. Qui plus est, aider la Grèce, c'est donner un coup de main à un pays dont on sait aujourd'hui qu'il a tronqué les chiffres pour être accepté dans le club euro.

À ces arguments, la Grèce, mais également l'Espagne, l'Irlande et le Portugal, nations percluses de dettes, rétorquent avec raison que la politique monétaire de la BCE est déterminée par l'état de santé des deux grandes puissances économiques du Vieux Continent: l'Allemagne et la France. Par exemple, en suivant une politique de monnaie robuste, on favorise l'essor des pays où la fabrication de produits à forte valeur ajoutée domine, mais on affaiblit du coup les pays où l'activité touristique occupe une place prépondérante.

Le cas grec, et les suites qu'il suppose ailleurs, vient de mettre en relief les fissures dans la zone euro. En fait, pour plus d'un économiste, cette crise, la plus grave depuis la création de la monnaie unique, pourrait se conclure, si jamais les autorités échouent, par l'éclatement de la zone. En écho au débat qui avait prévalu avant sa naissance, certains rappellent que, si les attaques strictement spéculatives qui avaient cours avant l'an 2000 contre le franc ou la lire italienne ne sont plus possibles, il n'en demeure pas moins qu'en abandonnant les monnaies nationales et le système des taux variables, on a remisé au placard un outil qui, aujourd'hui, pourrait permettre à la Grèce de mieux s'en sortir. En clair, si Athènes battait encore monnaie, elle pourrait ordonner une dévaluation.

En attendant la suite, il ne se passe guère de semaine sans que les Grecs manifestent leur colère. Avec une régularité métronomique, et ce, depuis un an, les fonctionnaires et des jeunes plus révoltés que jamais rappellent, souvent de manière musclée, qu'ils n'entendent pas faire les frais d'une crise découlant en partie du constant suivant: «La corruption a entièrement gangrené le pays.» Son auteur? Georges Papandréou, premier ministre de la Grèce.

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