Cancer du sein - Affaire étouffée

Au ministère de la Santé, on pavoisait cette semaine, se félicitant des «excellents» résultats obtenus après la reprise des analyses sur le cancer du sein. Tant de questions restent en suspens, concernant par exemple la base scientifique déterminant la décision de traiter les patientes, qu'il n'y a pas là de quoi jubiler.

Après révision des tests liés au traitement du cancer du sein, il appert que 39 des quelque 2800 femmes concernées auront d'autres soins convenant mieux à leur pathologie. Un taux «remarquable», ont déclaré avec fierté les autorités publiques, préoccupées davantage, semble-t-il, par leur réputation ternie que par le tort causé à ces femmes.

La gestion de cette crise fut marquée au printemps par la confusion, les spécialistes se renvoyant la responsabilité des variations mises au jour par une étude du pathologiste Louis Gaboury sur les tests déterminant le traitement du cancer du sein. La sortie de crise n'est guère mieux ordonnée. Sous plusieurs angles, elle présente des relents de désordre étouffé. Voici pourquoi:

- il n'est jamais de bon ton, dans une affaire concernant la santé et la vie de citoyennes, de passer le plus clair d'une conférence de presse à vanter le calibre exceptionnel de la pathologie au Québec quand la raison d'être de cette sortie publique est, précisément, de rendre compte des conséquences d'un contrôle de qualité défaillant dans nos laboratoires.

Or le ministre de la Santé, Yves Bolduc, et le Dr André Robidoux, chirurgien oncologue au CHUM, ont davantage multiplié les éloges, mercredi, à l'intention du personnel de santé responsable de l'opération de révision qu'ils n'ont été capables de compassion envers les malades, les victimes d'un test erroné et les familles des femmes décédées — il y en a cinq. Triste maladresse.

- Même si le ministre Bolduc a promis que les familles des patientes décédées seraient finalement contactées, les révélations de Radio-Canada sur la directive officielle commandant le silence sont troublantes. N'eût été la sortie médiatique, ces proches auraient-ils été informés? Après avoir promis la transparence, le ministère a commis là une erreur qui laisse croire au camouflage.

- La réévaluation des tests est chose du passé, mais une autre guerre de chiffres demeure. À quel seuil de détection de cellules cancéreuses positives un médecin décide-t-il d'administrer un traitement à sa patiente? Apparemment, en deçà de 10 %, les décisions médicales varient!

Certains groupes, comme la Fédération des médecins spécialistes et la Coalition priorité cancer, s'offusquent de ce flou artistique, qui laisse nombre de femmes flottant entre 1 et 10 % dans un régime d'option pour le moins aléatoire. Ils plaident pour l'établissement de la norme la plus sévère qui soit, englobant le plus de patientes possible. Cette crise aura mis au jour une absence totale d'uniformité au Québec dans le traitement du cancer du sein.

- Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a réglé cet automne un recours collectif de 17,5 millions de dollars versés aux femmes ayant, elles aussi, reçu de faux résultats et, conséquemment, un traitement non opportun. Contrairement au Québec, qui a choisi d'étirer la période de sa réévaluation sur seulement 14 mois, là-bas on a reculé plus loin dans le temps, portant la révision sur la période de 1997 à 2005. Au Québec, il est encore incompréhensible que, sous prétexte d'efficacité, la reprise des analyses ait été aussi ciblée dans le temps.

Ces zones d'ombre jettent un certain discrédit sur la gestion de la crise. Elles laissent nombre de femmes, malades, traitées, guéries, dans l'incertitude et une angoisse destructrice. Avec, tout juste derrière, une population entière qui est peu rassurée.

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machouinard@ledevoir.com

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5 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 18 décembre 2009 07 h 37

    Quel est le fond de l,histoire?

    Est-ce qu'on va nous expliquer le fond de l,histoire? Pourquoi une telle charge de Barrette contre Bolduc?
    Pourquoi cherche-t-on à faire baisser le critère de 10% à 1%? Une histoire de lobbying?
    Est-ce qu'il y a un lien entre la cie qui offre le traitement hormonal pour la bagatelle de 50,000$ par femme, et la charge du Dr Barette?
    Bref, à quand le fond cette histoire?

  • R. N. Proulx - Abonné 18 décembre 2009 09 h 22

    J'aimerais voir l'autre côté de la médaille

    Extrait tiré d'un autre article du Devoir d'aujourd'hui :

    «Interrogé hier sur la pertinence d'adopter une norme nationale à 1 %, le ministre Bolduc a fait valoir que cela était impossible en l'absence d'un consensus solide au sein de la communauté scientifique.»

    Mon questionnement va dans le même sens que le commentaire de M. Noël : quels sont les arguments des scientifiques qui réfutent l'application systématique et uniforme de la norme de 1 %. Tout à coup ils auraient de bonnes explications.

  • Andrew Savage - Inscrit 18 décembre 2009 11 h 46

    Obscurantisme.


    Vous vouliez sans doute dire : une AUTRE affaire étouffée.

    L'obcurantisme s'étend à diverses sphères de notre petite société.
    On l'a vu avec la Caisse de dépôt ; et on le devine bien dans d'autres domaines tels : la santé, l'éducation, le judiciaire, et la construction, POUR NE CITER QUE CES EXEMPLES.

    Vous devriez ouvrir un dossier plus général sur la montée de ce phénomène au Québec.

    Avant qu'il ne soit trop tard.

    L'obscuraantisme est aussi un cancer.

  • Geoffroi - Inscrit 18 décembre 2009 13 h 15

    Un taux « remarquable »

    Bonnes fêtes

    De la part de Bolduc face de bois carriériste aux quelques victimes inconnues d'une bureaucratie politicienne «remarquable».

  • subela - Inscrit 7 février 2010 10 h 58

    Obscurantisme? Non. Incompréhension et mésinformation.

    Tamoxifen vs Herceptin
    Voici une vulgarisation des faits concernant les médicaments non administrés (ou administrés par erreur) et l'incidence sur la santé des victimes.
    Il y a en gros, 2 sortes de cancers de sein. Le cancer hormono dépendant, c'est-à-dire que la tumeur est nourrie par un surplus d'oestrogènes, soit une hormone féminine et d'autre part, le cancer qui se nourrit d'une protéine (HER) qui est en surproduction dans le système (corps).
    Le «Tamoxifen» est un médicament qui bloque les récepteurs d'oestrogènes et empêche la croissance de la tumeur cancéreuse et le «Herceptin» est un médicament qui réduit la production de la protéine HER et qui empêche la tumeur de croître.
    Toutes les patientes concernées par la défaillance des tests de laboratoire ont reçu les soins appropriés de chirurgie, de radiothérapie et de chimiothérapie. Jusque-là, elles ont reçu les soins les plus essentiels à leur rétablissement, soit le summum.
    Le seul élément qui manque (ou qui a été administré par erreur), et ce, pour une PORTION de ces femmes visées par l'incident , c'est le traitement anti-hormonal (Tamoxifen) ou anti-protéiné (Herceptin).
    La prise de Tamoxifen pendant 3-5ans, réduit le risque de rechute SEULEMENT de 4-5% sur une période de 5 ans.
    Il est courant que des femmes en rémission décident d'arrêter tout simplement le traitement à cause des effets secondaires trop perturbants. Elles se privent ainsi d'une protection par 4-5% contre une rechute, et non de décès, pour les 5 années qui suivent.
    Concernant l'impact du herceptin sur les gains de survie, faut voir.
    Je sais que le cancer causé par la protéine HER est plus aggressif et beaucoup moins fréquent que le cancer hormono dépendant.
    Conclusion: La médecine est constamment en évolution. On corrige au fur et à mesure ce qui ne fonctionne pas et c'est le progrès perpétuel.
    Technologue en mammographie et femme atteinte.