Éthique et culture religieuse - Balle molle

Il y a des raccourcis faciles: par exemple cet alliage fragile entre l'endoctrinement des petits Québécois et le cours Éthique et culture religieuse. Le vrai débat est ailleurs, et il devrait mener à une Charte sur la laïcité.

Le cours Éthique et culture religieuse (ECR) apprend-il aux enfants, comme le prétend la dernière étude à la mode, à devenir de parfaits petits indulgents respectueux de la diversité des autres au point d'accepter l'inacceptable, noyant au passage dans une besace multiculturaliste leurs propres valeurs? Ce cours fut-il téléguidé par une clique d'adeptes du multiculturalisme version Trudeau, tous voués à la mutilation de l'identité québécoise? Ce cours, à défaut d'avoir suscité l'adhésion populaire adulte, a-t-il pris en otage les enfants pour les socialiser «avant qu'ils ne soient imprégnés d'une conscience nationale toxique»?

Diantre! Si toutes ces prémisses s'avèrent, qu'on le démontre et qu'on en parle! Il y aurait là en effet péril en la demeure. Après des années de catéchèse et de morale gomme balloune enseignées à l'école, alors qu'enfin le Québec termine avec l'arrivée de ce cours ECR un ambitieux et nécessaire processus de déconfessionnalisation, l'État aurait doublé l'Église? Abrité derrière le fourre-tout du «vivre-ensemble», il imposerait en douce un programme politique voué à la construction d'un peuple embrassant le multiculturalisme canadian pour rejeter son héritage collectif?

Hélas: l'étude de Mme Joëlle Quérin n'arrive pas à faire cette démonstration. Plus engagée que scientifique, cette analyse semble davantage échafaudée sur une conclusion trouvée à l'avance que sur un examen théorique appliqué, jumelé à un solide coup de sonde sur le terrain.

L'opinion de la chercheuse s'ajoute à celles d'autres détracteurs du cours, qu'ils soient parents catholiques clamant le droit d'exemption, ou encore ultralaïques, résolument contre la présence de contenu scolaire lié aux religions. Son opinion, comme celle des autres, mérite d'être exprimée et d'alimenter le débat.

On se serait attendu toutefois à un peu plus d'application de la part du Parti québécois, qui a saisi cette balle molle en plein vol pour réclamer d'abord l'abolition du cours, puis reculer d'un pas, revenant à son idée d'un bilan d'ECR. Une évaluation de ce programme inédit, en rupture complète avec les pratiques du passé, s'impose en effet. Mais fallait-il s'associer au premier pamphlet venu, minant du coup les travaux des Leroux, Proulx, Lucier, qu'on ne peut pas exactement associer à d'impétueux débutants?

La polémique n'est peut-être pas là où on la soupçonne. Pendant qu'on disserte sur fond de frilosité autour d'un cours qui, en somme, prétend outiller les enfants pour affronter la société de demain, faite d'infinies différences — n'a-t-on pas, oui ou non, augmenté les quotas d'immigration? —, le gouvernement Charest fait l'économie d'une discussion nécessaire, qui concerne la définition de la laïcité, sous forme de Charte.

Y seraient scellées les orientations découlant du modèle québécois. À la manière française, l'acceptable et l'inacceptable, sous les angles de liberté de religion et d'égalité hommes-femmes, y seraient établis. Cette peur de l'asservissement de la majorité québécoise y serait traitée prioritairement. Parions que cette discussion franche, qui rebute le pouvoir politique, a lieu dans nombre de classes... d'éthique et de culture religieuse.

***

machouinard@ledevoir.com

À voir en vidéo