Réforme des banques - Le déni d'Obama

Il y a une semaine environ, le premier ministre Gordon Brown a annoncé que les primes accordées par les banques nationales et internationales présentes sur le territoire seraient taxées, amputées de 50 %. Deux jours plus tard, le président Nicolas Sarkozy indiquait que l'initiative britannique s'étendrait de Lille à Marseille. Quarante-huit heures après, en fait au début de la semaine, Barack Obama, président du pays à l'origine de la pire crise depuis 1929, rencontrait à son tour les patrons des établissements financiers. Et alors? Ils ont échangé des mots, des mots, des mots.

En fait, ils ont échangé les mots déjà échangés lors du sommet tenu peu après l'installation d'Obama à la Maison-Blanche. On se souviendra qu'au printemps dernier, les bonzes du G20 avaient formulé des mises en garde accompagnées de la sempiternelle expression «plus jamais ça». Mais voilà, les mandarins de la City comme d'ailleurs s'étant contenté de faire le service minimum, Brown a décidé d'agir sur un front où l'on attendait Obama plus que les autres en raison d'une mauvaise volonté des banquiers américains plus prononcée qu'à Berlin ou Londres.

À preuve, les annonces formulées par le Citigroup et consorts avant comme après leur rendez-vous avec Obama. De quoi s'agit-il? Ces mastodontes qui doivent leur survie aux deniers de l'État ont donné la priorité aux remboursements des prêts consentis par la Réserve fédérale (FED) afin que la mécanique inhérente à l'attribution des salaires et primes ne soit plus assujettie aux normes fixées par le gouvernement à la faveur justement du plan de secours élaboré il y un an tout juste. Autrement dit, en la matière, ils veulent reprendre les habitudes prises avant l'éclatement de la bulle immobilière.

Sur cet aspect du dossier, il faut rappeler, voire insister sur l'objectif fondamental poursuivi par les autorités lorsqu'elles ont sauvé les Bank of America de ce monde, soit décrisper la circulation de capitaux entre banques et entreprises, soit fendre en deux la méfiance des premiers à l'endroit des seconds. Aujourd'hui, on réalise que si les patrons de Wells Fargo et autres se sont attelés avec énergie à sortir du programme mis sur pied par l'État, ils ont montré peu d'empressement à l'exercice premier de leur fonction de prêteur.

Le pire c'est que désormais ces établissements sont beaucoup plus gros qu'ils l'étaient en 2008. Grâce à la crise, grâce surtout aux milliards de l'État, Bank of America a fait l'acquisition de Merrill Lynch, Wells Fargo de Wachovia et JP Morgan de Bear Stearns. Ironie de l'histoire, les chantres de la concurrence ont réduit la concurrence avec les sous de l'État qu'ils pourfendent ces jours-ci parce que celui-ci a proposé la création d'une agence de protection des consommateurs contre l'abus des banquiers. Au regard des gestes qu'ils ont faits, des paroles qu'ils ont prononcées, des positions qu'ils ont adoptées, c'est à se demander s'il leur reste un zeste, et juste un zeste, de sens commun. Peut-être qu'à force de jongler avec des véhicules financiers intoxiqués par des fables ils ont perdu toute notion de l'entendement.

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